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THE REVENANT

 

GENRE : L'instinct de survie

REALISATEUR : Alejandro González Iñárritu

ANNEE : 2015

PAYS : USA

BUDGET : 135 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Leonardo Di Caprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson...

 

RESUME : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi.

 

MON HUMBLE AVIS

Alejandro González Iñárritu revient un an après son très conceptuel Birdman avec une adaptation d'un livre de Michael Punke relatant l'odyssée vengeresse d'un trappeur laissé pour mort. Si son livre est un roman, il se base apparemment sur une histoire vraie dont la véracité laisse assez pantois au vu des épreuves endurées par ce pauvre Hugh Glass. Une autre histoire similaire a été filmée en 1971 dans le Convoi Sauvage de Richard C. Sarafian.

Comme toujours chez le réalisateur mexicain, la mise en image est superbe. Tourné en lumière naturelle, la photographie du chef opérateur de Terrence Malick (on retrouve des accointances esthétiques avec Le nouveau monde), permet de magnifier les paysages sauvages et enneigés de l'Amérique du XIXe siècle. Il faut y ajouter la caméra virtuose d'Iñárritu notamment dans la séquence du début de l'attaque des Indiens. Filmé au plus près des personnages un peu comme dans Il faut sauver le soldat Ryan, cette scène littéralement de guerre est d'une beauté et d'une maîtrise technique de haute volée. Au milieu des flèches qui volent et transpercent les trappeurs, le spectateur est balloté d'un personnage à un autre grâce à une caméra fluide au gré des actions et à de longs plans séquences ébouriffants comme si le film passait tout à coup au relief. Cette scène inaugurale est le grand moment de bravoure du film avec celle de l'ours qui sera à l'origine des blessures de Glass. Une attaque animale sans fioriture ni musique, à la violence palpable et communicative.

Abandonné et presque ad patres, Glass se relève comme Lazare et entame son chemin de croix qui doit le ramener vers le monde des vivants. Une analogie christique qui parcourt le film comme si Glass devait surmonter ces épreuves pour renaître à nouveau en rampant, glissant et claudiquant sur la neige. D'ailleurs, il n'hésite pas à dormir à l'intérieur d'un cheval pour se protéger du froid et en ressortir tout neuf comme un insecte de sa chrysalide. Après ce début trépidant nous permettant de suivre le reste des trappeurs dans leur quête de survie, le film bascule alors dans le Survival presque mutique, où survivre devient la première priorité avant de pouvoir accomplir sa vengeance. On pense alors à beaucoup de référence du genre et notamment Essential Killing de Jerzy Skolimowski avec un Vincent Gallo halluciné et sans parole.

La performance d'acteur de Gallo renvoie à celle d'un Leonardo Di Caprio (Le loup de Wall Street) totalement investi dans son rôle. Il réalise ici une prestation qui lui vaudra certainement un Oscar. Collant à son personnage au passé lourd et devenu un éclaireur Pawnee, Di Caprio est totalement crédible dans ce rôle où il endure les pires avanies du climat, dans l'eau comme sur terre. A ses côtés, on retrouve Tom Hardy (Legend) en méchant de service, toujours excellent dans son humanité primaire ou encore Domhnall Gleeson (Ex-Machina) qui dirige la cohorte des trappeurs. Un casting au diapason donnant une image peu reluisante de la conquête de l'Amérique et surtout de ces colons venus dépouillés les autochtones de leurs richesses. D'ailleurs, les trappeurs français sont encore pires et The Revenant esquisse alors une revendication politique sans qu'elle ne soit vraiment développée.

Cette 2e partie du film est finalement assez longue (le film fait 2h26) et moins forte émotionnellement que le début. Certes, il faut du temps pour traverser en rampant ces territoires, mais le scénario semble un peu à bout de souffle pour donner de la consistance au récit. Il multiplie pourtant les péripéties et les rencontres de façon peut-être artificielle jusqu'à celle trop irréaliste du cheval tombant dans le précipice. On est même très surpris par la capacité de Glass à récupérer ses forces si rapidement après l'attaque ursine qu'il subit (quand vous verrez, vous comprendrez). Si le film n'est jamais ennuyeux, il manque néanmoins de surprise, du fait d'un scénario finalement assez linéaire et au service de Di Caprio.

Autre problème, mais qui me semble inhérent au cinéma d'Iñárritu, c'est l'absence d'émotion du film et d'empathie pour les personnages. Le spectateur est bluffé par les images mais paradoxalement a du mal à s’investir avec les acteurs malgré leur qualité intrinsèque. A l'inverse du merveilleux Le Territoire des loups qui tiraient les larmes naturellement, le réalisateur mexicain insère des séquences de rêves censées générer l'émotion mais s'avèrent artificielles au final. The Revenant est donc un film réussi dans les grandes largeurs, surtout dans sa 1ère partie grâce à la maestria technique de son réalisateur, la performance des acteurs et évidemment celle de Leonardo Di Caprio. Dommage que la suite soit plus formatée et dépourvue d'un côté épique voire mortifère plus prégnants, malgré un final attendu sanglant et rédempteur.

 

NOTE : 4 /6

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Commentaires: 14
  • #1

    Alice In Oliver (mercredi, 27 janvier 2016 14:58)

    Le film de ce début d'année, en tout cas, celui qui fait le buzz puisque je ne l'ai pas vu. La note est assez surprenante puisqu'on relève une certaine déception dans la chronique

  • #2

    Roggy (mercredi, 27 janvier 2016 15:01)

    Je suis d'accord et je me suis posé la question. Néanmoins, malgré la déception, il y a de telles séquences et de telles images que je ne pouvais pas lui mettre moins de 4/6, car le film est quand même de grande qualité. Mais ce n'est pas un chef-d’œuvre non plus.

  • #3

    Rigs Mordo (mercredi, 27 janvier 2016 20:37)

    Déception, même petite, ou non, tu m'as bien donné envie de le voir et m'a appris de quoi il s'agissait. Je voyais le nom du film ou des images passer mais je ne savais pas de quoi ça traitait au juste. Et je vois que ça devrait me parler, d'autant qu'on y verra une belle dame nature. Vendu donc! Et bravo pour la chro!

  • #4

    2flicsamiami (jeudi, 28 janvier 2016 10:58)

    Ni bon, ni excellent, un survival qui semble, à te lire, jouer la carte de la technique au détriment de l'émotion. J'irais tout de même le découvrir en salle, ce genre de bestiau ne pouvant s'apprécier pleinement que sur grand écran.

  • #5

    Roggy (jeudi, 28 janvier 2016 12:28)

    A Rigs Mordo,
    Le film pourra t'intéresser à bien des égards, au-delà du côté nature du film. Et, merci pour ton commentaire.

  • #6

    Roggy (jeudi, 28 janvier 2016 12:30)

    A 2flicsamiami,
    Tu as raison, le film s'apprécie mieux en salle à l'évidence. Les paysages et la mise en scène sont magnifiés sur grand écran. J'ai trouvé le film sans réelle émotion mais peut-être seras-tu plus touché que moi ?

  • #7

    princécranoir (samedi, 30 janvier 2016 09:02)

    Je reviendrai lire ta chronique en détail dès que j'aurais vu le film (car je compte bien m'y rendre même si je suis en froid avec le cinéma d'Inarritu). Il faut dire que j'ai récemment vu "le convoi sauvage" de Sarafian, un film porté par un fort sentiment de rébellion (tourné dans la foulée de "Vanishing point"), et je suis curieux de voir ce que le Mexicain va m'apporter de différent (en dehors évidemment de la performance technique).

  • #8

    Roggy (samedi, 30 janvier 2016 09:04)

    Pas de problème Prince. Je comprends très bien et j'espère que je pourrai lire ton retour sur ton site.

  • #9

    ChonchonAelezig (lundi, 01 février 2016 10:57)

    J'ai bien envie de le voir celui-là. Pour Leo, pas sûr qu'il ait l'oscar... il semble que l'Académie ait décidé de le boycotter ad vitam eternam.

  • #10

    Roggy (lundi, 01 février 2016 14:56)

    Il réalise effectivement une très grande performance et, par rapport à ça, le film devrait te plaire. Je peux me tromper mais je pense bien qu'il l'aura...

  • #11

    princécranoir (dimanche, 28 février 2016 17:39)

    Comme promis, je reviens échouer ma prose sur les rivages gelés de cette critique qui me sied parfaitement. J'avoue ne pas avoir souffert de la longueur du film qui ne me semble pas être tant alourdi par son scénario que par ces multiples visions oniriques à la poésie un peu lourde. Sur le reste, je suis pleinement d'accord, tant sur la photo (impossible de ne pas voir Lubezki repartir sans statuette), que sur la musique de Sakamoto, et bien sûr l'interprétation (Hardy et Gleeson talonnent sans problème celle de DiCaprio). J'ai également pensé au soldat Ryan lors de la magistrale attaque inaugurale, voire à Iwo Jima grâce à cet élan du plan-séquence qui nous emporte des deux côtés de la bataille. Me voilà réconcilié avec le Mexicain.

  • #12

    Roggy (mercredi, 09 mars 2016 11:03)

    J'avais vu que tu avais les mêmes griefs et satisfactions dans ta chronique (je n'ai pas vu Iwo Jima). On est globalement d'accord même si, pour ma part, je vais commencer à me méfier du réalisateur... Et merci pour ta nouvelle visite :)

  • #13

    Sweet Judas (mardi, 05 juillet 2016 21:41)

    C'est beau, c'est sûr, mais comme tu le signales bien : il n'y a absolument aucune émotion ni empathie. Glass pourrait mourir gelé, seul et abandonné, que ça m'aurait pas bouleversé plus que ça. Même la mort de Hawk n'est pas spécialement marquante...

    Tom Hardy m'a plus touché que tout le reste, peut-être parce que j'ai l'impression que c'est le seul dont le comportement est pas entièrement pétri de clichés (l'ambiance manichéenne du Leo-l'Immaculé alors qu'il veut quand même tuer quelqu'un, ça marche pas)(surtout quand il s'achète une fausse rédemption en deux secondes chrono en le livrant aux Arikaras de passage)(trop, c'est trop).

    J'ai eu beaucoup de mal avec les "visions" qu'il a de sa femme, atrocement cheaps et gratuites, elles sortent de nul part et je cherche encore ce qu'elles étaient censées apporter au film, à l'histoire, à notre compréhension de Glass. J'ai toujours pas trouvé, mais je perds pas espoir de comprendre.

    Bref, ma déception de l'année 2016. Probablement parce que les bandes-annonces m'avaient laissé espéré une vengeance sauvage et tendue et que j'ai eu l'impression de me retrouver devant un Dicaprio-Show dans la neige. C'est bien joli mais ça émeut pas des masses.

  • #14

    Roggy (mardi, 05 juillet 2016 23:04)

    Le film manque clairement d'émotion mais je retiens néanmoins, comme je l'ai écrit, les premiers scènes qui, visuellement et en terme de mise en scène, sont magnifiques. Pour le reste, je suis d'accord avec toi même si je ne trouve pas que Tom Hardy ait trouvé là son meilleur rôle.