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BIRDMAN


GENRE : Vol au-dessus d’un nid de gripsous

REALISATEUR : Alejandro González Iñárritu

ANNEE : 2014

PAYS : USA

BUDGET : 22 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone...


RESUME : À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…

MON HUMBLE AVIS

Auréolé de son récent succès aux Oscars avec notamment, le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur, Birdman est une œuvre ambitieuse, conceptuelle qui divisera forcément les spectateurs. Un peu comme le cinéma d’Iñárritu, capable de séduire les critiques et le public avec 21 grammes ou Babel et d’horripiler les mêmes personnes avec Biutiful. Parce que c’est vrai que son cinéma est virtuose visuellement, mais peut s’avérer assez pompier avec les sujets qu’il traite.

Contrairement à ses films précédents, Iñárritu casse les codes puisqu’il choisit une narration presque exclusivement en plan séquence. En fait, le film n’est pas tourné en temps réel et on voit bien les raccords artificiels lorsqu’un personnage traverse le champ ou passe dans un vestibule sombre. Un parti pris osé et une prouesse technique qui n’affadit jamais l’histoire, la caméra se faufilant telle une petite souris dans tous les interstices du théâtre au gré des allers et venues de la troupe. Avec maestria, on passe d’un personnage à un autre comme dans une comédie dramatique à la Robert Altman, et même du jour à la nuit grâce à des fondus très fluide. Si, certains trouveront que le film est sans enjeux réels, il a au moins le mérite de montrer l’univers moins connu du théâtre dans un Broadway rutilants et rempli de paillettes superficielles.

Au-delà de la performance technique, Birdman est avant tout un film d’acteurs et une réflexion sur l’entertainment et la culture en général. Une dichotomie que l’on retrouve dans ce théâtre où se produit Riggan Thomson (Michael Keaton), ancienne gloire du cinéma populaire dans le rôle du super-héros Birdman, cherchant à retrouver une légitimité d’acteur en jouant une pièce de Raymond Carver. Le film est presque un huis-clos, où les rivalités, les coucheries se font et se défont au milieu de l’égo démesuré de certains acteurs. Il est d’ailleurs intéressant que le réalisateur ait choisi Michael Keaton, connu pour Beatlejuice mais aussi dans la peau de Batman de Tim Burton. Il livre ici une performance remarquable, apparaissant vieux, faible et quasi malade mental. Face à lui, Edward Norton (American History X, mais aussi Hulk dans un blockbuster !) est parfait en acteur tête à claque, imbu de sa personne, cherchant à coucher avec son ex, Naomi Watts (King Kong) ou la fille de Riggan (Emma Stone, vue dans Crazy, stupid love).

En insérant son récit dans le milieu du théâtre haut de gamme, Iñárritu montre l’ambivalence qu’il peut y avoir entre ces pièces estampillées « culture » et les films commerciaux de super-héros qui se déversent sur les écrans mondiaux. La porosité entre les deux mondes est claire, à l’image du système hollywoodien, paradoxal et schizophrénique, capable de se fouetter jusqu’au sang en produisant des films comme Birdman ou Le Congrès, et de sortir des blockbusters à la chaîne à l’image des Marvel. Riggan représente cette double facette du métier. L’élément fantastique latent n’est là que pour mettre en exergue sa dualité permanente. Son double virtuel et harceleur, revêtu de son costume de Birdman, est un peu son mauvais côté lui demandant de revenir à un type de cinéma plus commercial. Une charge contre le système et les blockbusters certes un peu lourdingue (même si la scène est magnifique) mais qui traduit bien une ambiance particulière à Hollywood, cristallisée il y a quelque temps par les propos de Steven Spielberg.

Par son film, le réalisateur dénonce aussi le star-system qui crée lui-même ses propres stars. D’ailleurs, la réplique cinglante d’une critique à Riggan lui disant qu’il n’est pas un acteur mais une célébrité, montre le hiatus qui peut exister dans une industrie valorisant plus la médiatisation que la qualité des personnes (la scène en slip dans les rues est à la fois drôle et cruelle). Des problématiques certes assenées frontalement et, dirons certains, sans subtilité, mais qui sont contre-balancées par une dernière bobine plus poétique et touchante, quand Riggan sort du théâtre et traverse la ville en volant. Une séquence réussie entre rêve et réalité, où Michael Keaton se confronte à ses propres réflexions et ses choix de carrière (son rôle de Batman n’a pas fait de lui une star), tiraillé entre le théâtre auteurisant et les productions commerciales.

Alors, que faut-il retenir de ce film ? Une proposition de cinéma techniquement réussie et gonflé car le film n’est jamais ennuyeux, servi par un discours provocateur et rentre-dedans au sein même d’une institution qui finance le film (pas si cher d’ailleurs) et le récompense. Peut-être que Birdman symbolise aussi la révolte d’un certain cinéma américain périclitant qui ne se reconnaît plus dans les films souvent insipides et pré-mâchés qu’on lui sert quotidiennement.


NOTE : 4+/6

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Commentaires : 20
  • #1

    Rigs Mordo (vendredi, 06 mars 2015 19:27)

    Ce film me tentait à son annonce et puis quand j'avais vu le trailer ça me branchait moins. Le propos semble intéressant, mais au fond ai-je envie de me faire un film pour tout ça ? Ta superbe chronique me suffit bien, je pense! Reste que je suis content que Keaton revient un peu en grâce, je kiffe ce mec!

  • #2

    laseancearoggy (vendredi, 06 mars 2015 19:48)

    Si ma chronique te suffit, tu économiseras de l'argent :) C'est vrai que Michael Keaton est très bon dans le film et montre qu'il manque au cinéma. Merci pour ton commentaire.

  • #3

    titi70 (samedi, 07 mars 2015 11:29)

    Le film s'est fait démonter par une partie de l'équipe de Mad Movies qui lui reprochaient une analyse peu fine du cinéma genre : "les supers héros, c'est pas bien et les acteurs sont trop payés". Tu semble, en tout cas, beaucoup plus positif. De toute manière, même si j'adore Michael Keaton et que je suis content qu'il rebondisse dans le cinéma, je préfère garder mes sous pour The Voices qui semble beaucoup plus original.

  • #4

    Princécranoir (samedi, 07 mars 2015 12:16)

    Superbe chronique qui me réconcilie presque avec ce film ! Pour la première fois j'entrevois l'intérêt d'un plan-séquence virtuose, manière de faire du théâtre dans le théâtre le tout sur un écran de cinéma. ça reste néanmoins un procédé limité, qui à la longue énerve plus qu'il n'épate. Tout ce que tu dis sur le fond du film et juste, réserves comprises. J'ai sans doute été trop dur avec ce film.

  • #5

    laseancearoggy (samedi, 07 mars 2015 12:25)

    A Titi70,
    J'ai vu les remarques dans Mad Movies. Certes, le film est assez manichéen, mais il dénonce aussi les excès des films de super-héros qui ne sont pas non plus toujours de qualité. Et, je suis d'accord avec toi sur le retour de Michael Keaton qui fait vraiment plaisir.

  • #6

    laseancearoggy (samedi, 07 mars 2015 12:35)

    A Princécranoir,
    Je te remercie pour ton commentaire. J'avais bien lu chez toi que tu n'étais pas emballé par le film, ce que je peux comprendre. Je ne trouve pas que tu aies été trop dur avec le film, notamment sur la forme. En revanche, le fond m'a intéressé car il me semble qu'il en dit beaucoup sur le cinéma actuel.

  • #7

    Tinalakiller (dimanche, 08 mars 2015 01:43)

    Personnellement, j'ai détesté ce film. Je trouve que ce fameux faux plan séquence cache en réalité les lacunes scénaristiques de ce film qui part dans tous les sens (au final, ça parle de rien) et qui devient très rapidement superficiel et chiant (et putain cette batterie à la noix !). Quant à Michael Keaton, sans être méchante, je suis soulagée qu'il n'ait pas eu l'Oscar. Certes, il joue pas mal (par contre, je trouve Stone et Norton très mauvais) mais sa performance ne m'a pas non plus éblouie.

  • #8

    laseancearoggy (dimanche, 08 mars 2015 10:17)

    Contrairement à toi, et comme tu l'as lue, j'ai apprécié le film et surtout les performances des acteurs, comme Edward Norton, en connard égocentrique. J'imagine que quand on n'aime pas le film, on le déteste très fort et que les mauvais points ressortent encore plus !

  • #9

    Tinalakiller (dimanche, 08 mars 2015 12:11)

    Comme me le disait un blogueur, soit on adore soit on déteste ce film. Après je n'ai jamais aimé Inarritu !

  • #10

    laseancearoggy (dimanche, 08 mars 2015 16:28)

    Au moins, comme ça c'est clair !

  • #11

    Dirty Max 666 (dimanche, 08 mars 2015 18:29)

    Iñárritu change ici un peu de registre, j'ai l'impression, ce Birdman m'a l'air moins chargé émotionnellement que ses précédents films. Et puis, le casting (et ta critique) donne envie de se pencher sur cette œuvre singulière. Ça fait plaisir de revoir Keaton en tête d'affiche (un comédien trop rare, je trouve), même si la présence de la sublime Naomi Watts ne me laisse pas non plus insensible. Elle est comment dans Birdman ? Je me souviens encore de sa terrassante composition dans le non moins terrassant 21 grammes...

  • #12

    laseancearoggy (dimanche, 08 mars 2015 20:37)

    Tu as raison Iñárritu change de style (en même temps, ce n'est pas plus mal) et croise moins les histoires, même si on suit plusieurs personnages, mais ces derniers ont leur vie propre. Je n'ai pas trop développé le rôle de Naomi Watts car elle me semble un peu fade dans le film. Il faut dire que je ne suis pas un grand fan, contrairement à toi :)

  • #13

    Alice In Oliver (lundi, 09 mars 2015 09:51)

    Belle prestation de Keaton. Mais justement, je trouve que c'est presque tout ce qu'il y à retenir de cette comédie dramatique un peu vaine (c'est quoi le scénario au juste) et qui peine à trouver son rythme de croisière

  • #14

    laseancearoggy (lundi, 09 mars 2015 19:16)

    Je ne suis pas d'accord avec toi (comme tu as pu le lire), il me semble que le film vaut plus que la prestation de Michael Keaton, notamment sur le choix du plan presque unique et des thèmes abordés.

  • #15

    Dreampunk (jeudi, 12 mars 2015 18:52)

    J'arrive un brin trop tard, mais vu également. Et je ne sais même pas quoi en dire. Globalement d'accord avec tout ce que tu as dis, sauf que je n'ai vraiment rien à reprocher au film. Il m'apparaît plus comme une sorte d'expérience visuelle dans laquelle on peu (ou non) se plonger et il m'est difficile de le "juger" sur des critères basique. Trop différent.

    Cela étant dit, le casting était au top, avec un gros plaisir pour le retour de Michael Keaton (et ça fait une belle pub pour le futur Beetlejuice 2), j'ai aimé la bande-son non-stop uniquement composée d'une batterie, et la folie générale qui se dégage du film. Pour avoir bossé pas mal dans le milieu du théâtre, le film met quand même pas mal en boite un milieu qui n'est même pas parodié ici, et représenté comme il l'est vraiment la plupart du temps (tensions, espoirs ridicules ou balayés, acteurs égocentrique ou manipulateur, techniciens blasés, critiques pète-sec, lutte de pouvoir, etc). Comme tu le dis à la fin, il est assez ironique que le film soit récompensé par une institue académique qui est justement montré sous un jour peu glorieux ici.

    Vraiment la seule chose que je pourrais en dire, c'est que j'aurai aimé que le film soit un peu plus "focalisé" sur certaines idées (les rapports père/fille, et naturellement la dualité de Riggan), plutôt que se perdre dans certaines choses qui n'ont finalement aucune conclusion (la vie hors-scène de Norton et la maîtresse de Riggan qui attend un signe d'intérêt de son "amant").

  • #16

    laseancearoggy (jeudi, 12 mars 2015 19:10)

    Tu n'arrives jamais trop tard et je partage tes remarques en grande partie. Le film aurait peut-être mérité d'être resserré sur certains points comme la schizophrénie de Riggan (à un moment, j'ai cru que son ex-femme était une émanation de son esprit), mais au final, je pense que "Birdman" est cohérent. Pour le théâtre, ta remarque est intéressante et montre que le film n'est pas si manichéen.

  • #17

    Dreampunk (jeudi, 12 mars 2015 23:21)

    Oh, très intéressant ça, que l'ex-femme soit fictive ! Un bel ange par rapport à ce démon intérieur de Birdman, j'adore cette idée !

    Et oui en effet, je ne vois rien de manichéen dans le film, même si je comprend ce qu'on entend par là. Ce milieu, très attirant, prenant, et parfois génial, possède vraiment son lot de problèmes.... Que beaucoup taisent dès lors qu'ils veulent percer ! Crois-moi j'en ai fait les frais avec certains à l'époque ! Tout au plus c'est ici "scripté" et ça ne déborde jamais trop hors du cadre du récit, et certes en réalité il y a peu de chance pour que tout arrive en si peu de temps. Mais c'est définitivement là, et quelques semaines suffiraient à n'importe qui pour s'en rendre compte !

  • #18

    laseancearoggy (vendredi, 13 mars 2015)

    Surtout, cela conforterait encore plus sa maladie mentale (si ce n'était la dernière séquence où elle semble réelle, j'étais presque certain de la projection de son cerveau). Je ne connais pas du tout le monde du théâtre, mais d'une certaine manière, il ne me semble pas si éloigné que ça du cinéma.

  • #19

    Dreampunk (samedi, 14 mars 2015 10:08)

    Je ne connais hélas pas vraiment le milieu du ciné d'expérience, mais effectivement tout cela doit être très proche ! Et puis les acteurs et metteurs en scènes alternent souvent l'un et l'autre.

    (mais dans le doute, l'ex-femme a t-elle une interaction avec quelqu'un d'autre que Riggan finalement ? Je ne me souviens plus d'une scène entre elle et sa fille, ou une réunion des trois au même moment)

  • #20

    laseancearoggy (samedi, 14 mars 2015)

    Je ne pense pas justement qu'il y ait des rencontres avec d'autres personnages. C'est pour cela que j'imagine qu'elle n'est plus vivante.