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BLADE RUNNER 2049

 

GENRE : Dessine-moi un mouton

REALISATEUR : Denis Villeneuve

ANNEE : 2017

PAYS : USA

BUDGET : 185 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas...

 

RESUME : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bio-ingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains.

 

MON HUMBLE AVIS

Entouré d’une aura de film culte, Blade runner ne semblait jamais pouvoir engendrer une suite digne de ce nom. Un comble pour un film traitant de la multiplicité et de la question de l’espèce humaine. Les fans du film de Ridley Scott avaient alors poussé des cris d’orfraie en apprenant le lancement de ce Blade runner 2049, le nom de Denis Villeneuve les calmant quelque peu surtout après son très réussi Premier contact. Il faut dire qu’à la revoyure, le long-métrage de 1982 reste un voyage immersif philosophique porté par la musique synthétique et envoûtante de Vangelis. Un pur trip de SF aux antipodes des productions vociférantes à la caméra ivre de plans, à tel point qu’on se demande si le papa d’Alien n’a pas depuis perdu son mojo…

Blade runner 2049 s’inscrit pourtant sous les meilleurs auspices en choisissant Denis Villeneuve comme chef de pont d’une entreprise vouée aux gémonies et à un échec annoncé. Le québécois était certainement la meilleure opportunité, réalisateur capable de pondre un cinéma d’auteur populaire à grand spectacle (Prisoners, Enemy…) et de s’immiscer dans l’univers syncrétique de Philip K. Dick. Mieux qu’une suite, le film est un véritable prolongement situé 30 ans après avec toujours Hampton Francher à l’écriture (avec l’aide de Michael Green) d’un scénario ne cherchant jamais à se taper l'original mais à donner une version différente tout en respectant ce monde à la fois délabré et empreint de technologie.

Dès la première scène, on remet les chaussons aux couleurs argent et bleu d’un univers familier sombre, pluvieux en se faufilant à l’intérieur d’une voiture volante (une Peugeot !) avec l’agent K (Ryan Drive Gosling) en direction d’une ferme battue par les vents et l’abandon. Sobrement, avec efficacité et sans musique, K neutralise un réplicant de l’ancienne génération, le colosse Dave Bautista (Les gardiens de la galaxie). Une entame réussie et maîtrisée préfigurant la suite du long-métrage, à l’allure d’un polar urbain au sein d’une ville où les publicités intrusives viennent empiéter sur une humanité fourmillante entre déchéance et illusions. Un peu à l’image de ce monde de faux-semblants vendant du rêve à une population sous tutelle quasiment sans liberté.

Finalement, on ne sait pas vraiment pourquoi les autorités cherchent à éliminer ces androïdes qui sont ici plutôt qualifiés de contrefaçons humaines, si ce n’est pour éviter que ces derniers ne les supplantent sur l’échelle de l’évolution. La révélation de la possible reproduction d’un réplicant modifie de fait l’ordre des choses dans lequel un "messie" potentiel doit émerger. A la recherche de cet individu hybride, K (avec son jeu discret Ryan Gosling est parfait dans le rôle) mène une enquête le menant jusqu’à Rick Deckard (Harrison Star wars Ford) planqué dans un vieil immeuble. Son arrivée se fait en douceur (et bien mieux que dans Le réveil de la force) comme une passation de pouvoir, une bouffée de réminiscence de trente années remontant à la surface pendant lesquelles Deckard a survécu tant bien que mal.

La force du film est de parvenir à exister par lui-même en instillant certains éléments du livre ou d'anciens personnages à l'instar de Gaff (Edward James Olmos) et sa cocotte en papier. Des références utiles pour créer sa propre mythologie et développer la face cachée de ces êtres ni humains ni complètement pré-fabriqués. Chaque protagoniste devient en quelque sorte le réplicant de l'autre. K vit dans son appartement avec un programme informatique se matérialisant sous la forme d'un hologramme de femme, Joi (Ana de Armas, War dogs) dont on a l'impression qu'elle prend son autonomie (on pense aussi à Her de Spike Jonze). Paradoxalement, cet être virtuel devient vivant au contact d'une forme de vie crée de toute pièce en la personne de K. Idem pour Deckard suivi par un chien certainement mécanique.

Blade runner 2049 joue en permanence sur cette dualité entre les personnages cherchant à conquérir leur émancipation au détriment d'une humanité perdue dans ses travers de consommation à outrance (des enfants récupèrent les détritus pour les renvoyer dans le système) aguichés par des publicités omniprésentes (les placements de produits sont pléthores et entretiennent cette réflexion schizophrénique), l'obsession d'éliminer les non-humains à l'image de Nander Wallace (Jared Leto, Suicide squad). Un fabricant de réplicants paraissant aveugle, sorte de gourou new-age lançant des tirades philosophiques. Accompagné par sa femme de main androïde Luv (Sylvia Hoeks), mi-dieu, mi-démiurge, Wallace s'avère un personnage ambigu dans sa quête du pouvoir et sa volonté de créer l'être parfait.

Porté par la musique envoûtante de Benjamin Wallfisch et Hans Zimmer, le film confine à la beauté graphique grâce à l'apport d'effets spéciaux réussis sans débauche visuelle pour en mettre plein la vue. Juste ce qu'il faut pour dépeindre ce monde iconoclaste où chaque protagoniste est finalement à la recherche de son identité. Blade runner 2049 est ainsi jalonné de scènes magnifiques à l'image de la séquence d'ouverture, de l'arrivée de K dans l'antre de Deckard ou de l'ultime plan tout en poésie nous renvoyant au film de 1982. Moins complexe que le premier opus, le film de Denis Villeneuve trouve sa voie en empruntant un scénario se différenciant suffisamment pour éviter les comparaisons. On ne les évitera pas mais il faut reconnaître la qualité du travail de son auteur et de son équipe.

 

5/6

 

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Commentaires: 8
  • #1

    Alice In Oliver (mercredi, 25 octobre 2017 22:24)

    Un véritable dithyrambe mais je ne suis pas surpris. Denis Villeneuve est l'homme de la situation. Faut que je trouve le temps d'aller le voir au cinéma

  • #2

    Roggy (mercredi, 25 octobre 2017 23:07)

    Pas grand-chose à jeter effectivement. Denis Villeneuve s'impose comme un des meilleurs réalisateurs du moment.

  • #3

    princécranoir (mardi, 31 octobre 2017 20:08)

    Tu as tout à fait raison de pointer le fait que l'objectif du Réplicant n'est plus de conjurer la mort (thème décidément scottien de longue date) mais bel et bien de prendre le pouvoir et supplanter l'humanité. On est plus proche des Hubots de la série nordique "Real Humans", voire de "Mondwest" que de "Blade Runner" première génération. Ce qui ne procure que plus de valeur d'ailleurs à ce film qui, du coup, existerait quasi sans son prédécesseur s'il n'y avait les allusions/hommages dictés par le fan service commandé par la prod.
    Sinon Gosling en cow-boy du futur s'est trouvé une occasion du lion pour lui servir de monture et ça lui va plutôt bien en effet.
    très chouette chro l'ami !

  • #4

    Roggy (mardi, 31 octobre 2017 20:31)

    Merci beaucoup. Tu as raison de comparer le film aux androïdes de "mondwest" qui reprennent vie. Bien vu :)

  • #5

    Moskau (dimanche, 12 novembre 2017 18:35)

    Blade Runner 2049 n'a vraiment finalement rien de honteux, bien au contraire. Le film en impose visuellement, l'immersion est totale, Gosling parfait, les thématiques toujours intéressante. Reste quelques point laissés (volontairement ou non) dans le flou. Le film fait un flop apparemment, dommage.

  • #6

    Roggy (lundi, 13 novembre 2017 07:28)

    Je suis bien d'accord avec toi sur la qualité du film et le choix du casting. Le film ne fonctionne sans doute pas car ce n'est pas un blockbuster à proprement parlé et il dure 2h43 :)

  • #7

    nicos31 (dimanche, 17 décembre 2017 13:39)

    Une suite à la hauteur du film de Ridley Scott qui pousse encore plus loin les réflexions posées dans le premier ainsi que de nouvelle problématique. Villeneuve est un cinéaste de génie et il nous le prouve une fois de plus. Sublime!!

  • #8

    Roggy (dimanche, 17 décembre 2017 18:22)

    Bien d'accord avec toi sur la qualité du film et de son réalisateur !