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READY PLAYER ONE

 

 

GENRE : Joystick et vieille lanterne

REALISATEUR : Steven Spielberg

ANNEE : 2018

PAYS : USA

BUDGET : 175 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn...

 

 

RESUME : 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

 

MON HUMBLE AVIS

Il y a quelques mois, Steven Spielberg avait fustigé les studios Hollywoodiens quant à leur manque d'idées et leur propension à se jeter dans la facilité d'un cinéma pour ados faits de franchises et de super-héros. Ready player one est en quelque sorte une réponse à une industrie de plus en plus riche mais exsangue d'idées. En adaptant un roman d'Ernest Cline, Spielberg utilise les codes du blockbuster pour les tordre et remettre le cinéma, et par là même la pop culture, au centre du village. Gonflé pour un cinéaste virtuose qui reste avant tout un grand enfant de 70 ans.

Dès la séquence d'ouverture, on sent l'empreinte du réalisateur avec ce travelling simple mais maîtrisé nous faisant découvrir les habitations d'un monde désormais réduit à des bidonvilles où les humains passent leur journée dans le monde virtuel d’OASIS grâce à une technologie très avancée. Et ce paradoxe visuel, cette dualité irrigue le film en permanence dont le jeune Wade (Tye Sheridan, Mud) s'avère le parfait parangon. Au milieu d'une décharge à ciel ouvert, il s'enferme dans un trou pour accéder à cet Eden virtuel, une ouverture vers un monde fantasmé où on peut faire du surf sur une pyramide mais surtout devenir quelqu’un d'autre, une double identité avec une apparence modifiable à l'envi.

Ce monde virtuel existe déjà et Spielberg ne le met pas sur un piédestal, il porte un regard distancié sans condescendance mais avec le recul nécessaire pour comprendre que ce n'est pas la vraie vie et que certains peuvent s’y perdre jusqu’à la folie et même dépenser tout leur argent pour ces moments où ils échappent d'un réel sordide. Dans ce monde ludique, et certainement un rêve de geek à l'état pur, les joueurs ne sont mus que par leur désir de trouver un œuf, sorte de Graal virtuel, les faisant accéder à une montagne de gains et un nirvana fantasmagorique. Gagner de l'argent pour continuer à se distraire dans un univers ultra rapide à l'image de la course à New-York dont le vainqueur remportera une première clé permettant d'obtenir le niveau supérieur et résoudre l'énigme laissée par le créateur du jeu James Halliday (Mark Rylance, Dunkerque) afin de s'approprier des richesses incommensurables.

Et dès cette entame, le réalisateur des Dents de la mer nous bluffe par sa virtuosité visuelle. Certes, il faudra adapter ses yeux pour domestiquer ce monde virtuel mais Spielberg fait encore preuve d'une maestria technique, déjà entraperçue avec son très bon Tintin, afin de mettre en scène cette course-poursuite géante digne d'un jeu vidéo où les concurrents s'opposent au milieu d'obstacles insensés comme un T-Rex ou King-Kong. Si l'image est saturée de couleurs et d'informations, force est de constater la qualité de la narration sans jamais donner du rythme en sur-découpant les images. Le spectateur se retrouve à la même hauteur que le joueur dans une séquence ébouriffante où ces avatars pixelisés deviennent immédiatement de vrais personnages. L'autre grande qualité du film réside dans la beauté des effets spéciaux et l'interaction magnifique entre les deux univers grâce à la motion capture que Spielberg utilise avant tout comme un outil de narration et pas un monstre de foire.

Et des créatures, le film en est farci jusqu’à la gueule et le papa d'ET se fait généreux en alignant les références à la culture geek mais également à l'art en général et surtout au cinéma. Là encore, du haut de son âge canonique, Spielby fait un doigt d'honneur aux studios en immergeant son long-métrage d'une pop culture du siècle dernier à l'aide d'une bande-son issue des années 70 et 80, des références à cette époque qui l'a construit et où il a développé toute sa cinématographie. Avec son budget de près de 200 millions de dollars, le gars se permet de faire des renvois à des jeux vidéo et des films qu'il développait grâce à sa société Amblin. On imagine bien que les adolescents d'aujourd’hui ne vont pas y comprendre grand-chose, et c'est là qu'on voit bien la puissance de Spielberg face à un Hollywood omniscient pour ne pas se faire imposer ses choix dans un film où il flatte la culture geek des quarantenaires et la nostalgie des années 80, certes très à la mode de nos jours.

Qui d'autre que lui aurait eu le courage et le talent de faire côtoyer à l'écran la Doloreane de Retour vers le futur, Godzilla, Batman, Chucky, Akira, les tortues ninjas dans un maelström finalement cohérent. Des références innombrables d'un autre temps dans un monde hyper-technologique mais pas antinomiques, comme si les personnages (les joueurs connaissaient toutes les références des années 80 alors le film se situe en 2045) recherchaient au final une forme d'enfance oubliée et fantasmée. Parce qu’en fait, James Hallyday c'est Steven Spielberg qui n'arrive toujours pas à faire le deuil de son enfance et se sert des technologies modernes et d'un récit classique du bien contre le mal, afin de jouer sur les cordes du souvenir. On pense par exemple à cette immersion extraordinaire à l'intérieur d'un film de Stanley Kubrick à la fois émouvante et virtuose.

Si Ready player one n'ennuie jamais, avouons néanmoins que ce déluge d'images numérisées et d'action à tout crin peut par moments confiner à l'outrance comme quand on abuse trop longtemps d'un jeu vidéo. Idem pour la dernière partie du film un peu trop pleine de bons sentiments avec la relation de Wade et Samantha (Olivia Cooke, vue récemment dans Golem, le tueur de Londres). En revanche, la mise en scène de Spielberg est encore une fois remarquable et le film reste une expérience assez fascinante visuellement. Sur la forme, les rides et les bastons convoquant les héros de notre enfance dans une hybridation iconoclaste s'avèrent jouissives et réussies, le tout agrémenté d'un humour subtil et presque naïf qui rejoint quelque part l'innocence des années 80. Sur le fond, Steven Spielberg rend un hommage enamouré à tout un pan de la pop culture avec laquelle il a grandi entre nostalgie et critique des nouvelles technologies privilégiant l'emballage au détriment du contenu. En utilisant les armes, peut-être destructives du cinéma actuel, le septuagénaire dénonce l’évolution de cette culture de masse faite de bruits et de fureur dont la vitesse supersonique a dépassé ses concepteurs et ses utilisateurs. En extrapolant, il charge un Hollywood prêt à tout pour faire du fric, essence même de son industrie. Ce film est donc une bouffée d'oxygène et un revival dans un passé qui est le nôtre (le mien) avec à sa tête un sale gosse de 70 balais.

 

4,5/6

 

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Commentaires: 12
  • #1

    Alice In Oliver (mardi, 10 avril 2018 12:52)

    A priori, le retour très en forme de Spielberg : je vais essayer de le visionner en salles celui là !

  • #2

    Roggy (mardi, 10 avril 2018 13:49)

    Le film mérite d'être vu en salle et tu me diras ton ressenti.

  • #3

    titi70 (mardi, 10 avril 2018 17:27)

    Pas du tout tenté par ce film d'autant que j'ai lu le livre il y a quelques temps et que je l'ai trouvé franchement mauvais et ennuyeux. Avoir des références est une chose, s'en servir à foison pour cacher le fait qu'on a rien à raconter en est une autre.

  • #4

    Roggy (mardi, 10 avril 2018 19:05)

    Pas lu le livre, malgré tout l'adaptation que Spielberg en a tirée est franchement intéressante. Elle est surtout pour lui l'occasion d'évoquer sa propre relation au monde et au cinéma.

  • #5

    Rigs Mordo (mardi, 10 avril 2018 19:50)

    Film qui m'intrigue assez, et ta bonne chronique me convainc de le voir puisque ya les Tortues :) Je vais pas me précipiter cela dit mais quand ça passera a la telloche, ça sera bon pour moi.

  • #6

    Roggy (mardi, 10 avril 2018 20:02)

    On aperçoit les tortues ninjas en effet mais de loin. Je pense que le film pourrait te divertir à défaut de de plaire. Tu me diras ça quand tu le verras, soit dans au moins un an ;)

  • #7

    tinalakiller (mercredi, 11 avril 2018 22:21)

    Je fais partie des sceptiques. Le spectacle en lui-même est plaisant (même si j'ai trouvé la dernière partie longue), c'est indéniablement beau, bien mis en scène, j'ai aimé le parallèle que Spielberg fait de sa carrière avec le personnage d'Halliday. Mais je ne suis pas totalement convaincue par l'utilisation des références, j'ai détesté les personnages qui m'ont paru trop creux et le propos final m'a achevée.

  • #8

    Roggy (mercredi, 11 avril 2018 23:18)

    Je peux comprendre ton ressenti (surtout sur la fin du film). Quant au reste, j'ai plutôt adhéré alors que je n'étais pas forcément le client idéal au départ. A mon avis, ces personnages n'intéressent pas Spielberg plus que ça au contraire de sa vision du monde et du cinéma actuel en particulier.

  • #9

    Moskau (dimanche, 22 avril 2018 14:21)

    J'ai hâte de revoir la scène de Shining et de découvrir sa conception...

  • #10

    Roggy (dimanche, 22 avril 2018 16:51)

    Tu as raison, elle est assez extraordinaire.

  • #11

    flood24@yahoo.com (samedi, 28 avril 2018 08:51)

    Spielberg n'est-il pas un peu vieux maintenant pour ce genre de cinéma ?

  • #12

    roggy (samedi, 28 avril 2018 11:52)

    C'est possible, mais il me semble que le vieux lion rugit encore :)