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6e jour à l'Etrange festival

 

Deux films complètement opposés pour cette 6e journée à l'Etrange festival avec la comédie canadienne débile et faussement trash Game of death, et le film brésilien Les bonnes manières à la poésie horrifique très réussie.

 

 

GAME OF DEATH – Jeu de cons – Canada/France – 2017 – Sébastien Landry et Laurence Morais-Lagace

 

Pitch : Des adolescents sont forcés de s'entretuer sous peine d'être tués dans un jeu grandeur nature.

 

Game of death débute comme un film d'ados lambdas passant des vacances à picoler et à baiser sans oublier de prendre quelques substances illicites. De jeunes cons en quelque sorte seulement mus par leurs instincts primitifs. Sept jeunes adepte des sensations fortes qui ne seront pas déçus après avoir joué à ce fameux Game of death, une espèce de Jumanji sanglant où les participants doivent tuer un nombre de personnes déterminées par le jeu (24 au total) sinon, ce sont eux qui meurent la tête explosée après avoir gonflé comme un ballon à l'hélium.

On sent bien que les réalisateurs Sébastien Landry et Laurence Morais-Lagace ont été biberonnés aux jeux vidéos avec ce générique rappelant les débuts de l'ère électronique dont est issu le jeu du film avec un côté très rétro années 80. Participer au jeu, c'est faire un pacte avec le diable pour ramener des âmes comme demandé sinon la sanction est sans appel et votre tête part en charpie. Très vite, nos Springbreakers du dimanche en font l'amère expérience avec l'un d'entre eux finissant étêté dans une piscine et éclaboussant au passage ses amis. Une séquence réussie bénéficiant des effets spéciaux des Blood Brothers (ceux déjà derrière les SFX de Turbo Kid) et d'un humour de circonstance qui tient encore la route. C'est forcément très con mais pourquoi pas si l'ambiance reste à l'exagération.

Hors, c'est l'inverse qui se produit. Dès que les ados quittent la maison pour réaliser leur odyssée sanglante, Game of death se met à rouler à contre sens sur l'autoroute de la connerie. Alors qu'il aurait pu être un bon gros délire drôle et rythmé, le film s'avère ennuyeux doublé d'une morale très limite. Il faut le faire quand même avec un concept et un scénario de rédaction d'un élève de CM2. Certes, les réalisateurs multiplient les manières de filmer en caméra portée, avec un smartphone ou cinémascope mais cela n'aboutit jamais à l'effet escompté sinon une envie de gerbe et un irrépressible besoin de dormir. Et ce ne sont pas les références visuelles à des jeux vidéos de l'époque qui rattraperont le naufrage.

Parce qu'il ne se passe pas grand-chose dans Game of death et les séquences se voulant drôles sont très longues à l'image de la vieille Ranger et son chien avec en fond un documentaire animalier sur les lamantins, gimmick estampillé comique mais qui ne l'est pas. Un peu comme tout le reste du métrage péchant par son manque de finesse (un comble). Quelques sourires par-ci par là (la scène avec le joggeur) mais la mayonnaise ne prend jamais, la faute à un script ne parvenant pas à se la jouer réellement décomplexé avec un esprit portnawak et fun. On nous renvoie à Battle royal de façon abusive car Game of death est aux antipodes du brûlot de Kinji Fukasaku avec des personnages commençant à déclamer des tirades presque philosophiques sur la vie tandis qu'ils défoncent des innocents.

A ce titre, le film possède une morale plus que douteuse où, sous prétexte de survivre à tout prix, nos joyeux débiles se prennent pour des justiciers dans un centre de soins palliatifs. Les séquences avec une petite fille sont particulièrement dérangeantes dans le sens où le scénario les utilise à ses propres fins sans recul et ne déclenche aucune réflexion sur le sujet. C'est en fait gratuit et sans intérêt, juste faire du gore pour le gore (c'est vrai que les effets visuels des têtes explosées sont impressionnants). Le film parvient même à ennuyer car dépourvu de tout sens du rythme. La séquence “romantique” avec la chanson francophone à la Céline Dion est longue et insupportable. Au final, Game of death passe complètement à côté de son sujet initial et de son concept de film fun pour se perdre dans les couloirs d'un hôpital entre ennui et morale nauséabonde.

 

2/6

 

 

LES BONNES MANIERES – Jeu de cons – Brésil/France – 2017 – Juliana Rojas et Marco Dutra

 

En compétition et en présence des réalisateurs

 

Pitch : Clara, une jeune infirmière, est engagée par Ana, jolie femme enceinte de la classe supérieure de São Paulo, pour l’assister en attendant la naissance de son enfant, puis devenir sa nurse. Alors que les deux femmes se rapprochent petit à petit, la future mère est prise de crises de somnambulisme…

 

Les bonnes manières (As boas maneiras en VO) est une expérience surprenante aux antipodes des canons habituels du cinéma fantastique. Ancré dans une réalité sociale brésilienne, le long-métrage des réalisateurs Juliana Rojas et Marco Dutra (Trabalhar Cansa) s'avère une très bonne surprise (il vient d'obtenir prix spécial du jury au festival de Locarno) en abordant le genre du film de loup-garou sous un prisme féminin et inséré dans le quotidien de la classe moyenne.

Le film débute par une photographie des rapports entre une classe brésilienne aisée et blanche et une communauté noire à son service. Ana (Marjorie Estiano, le soap Les couleurs de la liberté) jeune femme enceinte placée dans un appartement dans le centre-ville par son père, engage Clara (Isabél Zuaa, Joaquim) pour à la fois s'occuper d'elle et faire le ménage et les courses. On sent bien la rivalité, le décalage social et culturel entre les deux femmes. Si le film a des allures de telenova locale dans cette entame, il prend une direction tout à fait inattendu quand Clara s'aperçoit que sa patronne a des insomnies, et pas du genre à faire le tour de lit, mais plutôt d'aller boulotter un chat dans une rue sombre. Avec des yeux félins, Ana semble contrôlée par son bébé aux origines indéterminées et racontées par le biais d'un dessin animé montrant que la belle s'est faite engrossée par un lycanthrope, curé de son état...

Fini les rapports de classe et les impayés de loyer, Les bonnes manières a basculé dans le fantastique et même dans l'horreur quand le lardon décide de s'enfuir de sa prison de chair en déchirant littéralement le ventre de sa mère, et pas hors-champs pour le coup. Un césarienne improvisée aboutissant à la vision du petit être aux allures d'un bébé loup humanoïde qui semble être animé par de très beaux effets à base de marionnettes. Si on est surpris par ce changement de cap et l'arrivée du marmot à longues oreilles, le ridicule n'est pas de mise car Clara recueille sous son aile avec compassion cet hybride après avoir tenté de s'en débarrasser, en vain.

On les retrouve 7 ans plus tard où Clara, et désormais son fils Joël, tentent de mener une vie normale au milieu de leurs congénères humains. Privé de viande, le petit se contente de légumes et de pain dans un film s'apparentant maintenant à une comédie dramatique tournant autour des rapports avec la logeuse et les copains de classe du bambin. Forcément, sa vie est un peu particulière et les soirs de pleine lune, Joël finit dans la chambre d'à-côté aux allures de cachot, attaché par des chaînes pour éviter que son état de lycanthrope ne fasse des dégâts. Là encore, le film fonctionne et ne tombe pas dans la gaudriole ou le non-sens grâce à un scénario tenu et des acteurs au diapason donnant une impression de réalité. Au réveil, Joël possède les stigmates de son passage à l'état sauvage, recouvert encore d'un duvet poilu et d'ongles trop longs. Dans sa dernière bobine, le film s'accélère car le petit loup a des désirs d'évasion et de profiter de la vie avec ses camarades, même les nuits interdites.

La force du film est de ne pas édulcorer les situations (la relation amoureuse explicite entre Ana et Clara) et les conséquences de la transformation de Joël qui, sous sa forme de loup-garou (pas les CGI les plus réussis), n'hésite pas à agresser ses petits camarades. A l'image de ses personnages, Les bonnes manières est un film hybride où les genres se mélangent avec une sorte d'harmonie, passant du drame intimiste à l'horreur avec même des effluves de comédie musicale. On pourra reprocher au film quelques lenteurs et une durée importante (2h15) avant un final élégiaque renvoyant aux tragédies des films de monstres de la Universal pour cette proposition de cinéma originale et réussie.

 

4,5/6

 

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