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3e jour à l'Etrange festival

 

Le festival commence à prendre son rythme de croisière avec le film d'horreur turc moyennement réussi Housewife de Cam Evrenol, la reprise choc du tétanisant Prison de cristal de l'espagnol Agustí Villaronga et enfin le déjanté et bien drôle The American way de Maurice Phillips.

 

HOUSEWIFE – Horreur turque – Turquie – 2016 – Can Evrenol

 

En compétition et en présence du réalisateur et de ses actrices

 

Pitch : À sept ans, la jeune Holly a vu sa petite sœur et son père se faire assassiner par sa propre mère. Vingt ans plus tard, Holly porte encore en elle les séquelles de ce traumatisme, et n’arrive pas toujours à discerner la réalité du cauchemar, lorsqu’un psychiatre renommé se présente à elle...

 

Can Evrenol fait partie de cette nouvelle classe du cinéma turc de genre. Après quelques courts-métrages marquants, il avait fait le tour du monde avec son très moyen film d'horreur Baskin à grands renforts de scènes chocs et sanglantes. Il nous revient donc avec Housewife, une histoire bercée par les influences du giallo et du cinéma italien d'épouvante. Des références évidentes dès la scène d'ouverture et l'assassinat d'une petite fille où la terreur se matérialise dans une maison battue par les vents et une mère armée d'un couteau à la poursuite de sa fille Holly. La scène d'après, on retrouve Holly (Clémentine Poidatz, Vendeur, Oppression) désormais adulte mais toujours perturbée par ce qu'elle a vu ce soir-là.

Le cinéma de Can Evrenol est assez paradoxal, à la fois très didactique et bavard mais aussi complètement évanescent avec des moments sans dialogue. La maison d'Holly devient ainsi le théâtre de ses obsessions entre fantasmes et rêverie. On ne sait jamais si son esprit délire ou si des entité ont envahi son espace vital et celui de son mari (Ali Aksöz). Il faut dire que l'atmosphère est chargée de ses réminiscences l'obligeant à uriner dans les éviers car sa sœur a été noyée dans la cuvette des toilettes (heureusement que ce n'est pas l'inverse...) alors qu'une vieille amie débarque chez eux (Alicia Kapudag) pour les convier à une soirée de la société ULM, ressemblant à une secte avec un gourou charismatique à sa tête Bruce O’Hara (David Sakurai). A ce moment-là, le film bascule inexorablement vers le fantastique car ce dernier possède des dons de médium.

Comme dans son précédent film, la photographie et la mise en scène sont soignées jusqu'à créer une esthétique proche d'un cinéma italien des années 70. On pense forcément à Dario Argento pour sa trilogie sur l'enfer et même à Fulci avec le jeu sur les tons rouges, verts et les gros plans sur les mains et les couteaux. Le réalisateur fait ainsi monter la sauce en multipliant les pistes, les apparitions intempestives grâce à quelques jumpscares et la sensation que Holly est destinée depuis l'enfance à un destin beaucoup plus important qu'elle ne le pensait en décidant de devenir mère. Confrontée à ses traumatismes enfantins, elle tombe dans une certaine folie où la réalité se tord au profit de l'emprise du gourou et des adeptes obnubilés afin d'intégrer cette "famille" de tarés.

Si Housewife n'est pas désagréable dans sa première partie avec cette ambiance d'horreur gothique et sa référence à Rosemary's baby, le film a quelques difficultés à développer autre chose qu'une simple histoire de pacte avec le diable et de secte satanique malgré un scénario se voulant retors et des renvois plutôt judicieux à la scène d'origine. A l'image de Baskin, une fois ces enjeux exposés, Can Evrenol pond une dernière bobine très référencée horreur frontale en multipliant les scènes gores de torture (arrachage de visage, égorgement) comme si le réalisateur avait besoin de les montrer pour satisfaire ses envies et ses influences. Sauf que dans ce film d'atmosphère, ces séquences s'inscrivent plutôt mal car elles semblent gratuites et frôlent le ridicule. Housewife va de crescendo dans la surenchère visuelle et sanglante jusqu'à mordre à pleines dents dans un fantastique lovecraftien fait de tentacules géantes et d'enfants encapuchonnés. C'est un choix respectable mais qui s'avère déroutant pour le spectateur dans ce film mélangeant plusieurs influences littéraires et cinématographiques.

 

3/6

 

PRISON DE CRISTAL – Horreur innommable – Espagne – 1987 – Agustí Villaronga

 

Séance présentée dans le cadre des 50 ans du festival Sitges

 

Pitch : Un docteur nazi obsédé par les jeunes garçons est rongé par ce sentiment coupable et se jette dans le vide du haut d'un toit. Quelques années plus tard, alors qu'il est réduit à vivre attaché à un appareil respiratoire, une de ses victimes apparaît dans l'habit d'un infirmier...

 

Comme il a été précisé en ouverture, ce film d'Agustí Villaronga est maudit de par ses thématiques (la pédophilie et le nazisme). Très peu vu en salles, son réalisateur sera longtemps blacklisté pour avoir dépeint les horreurs d'un docteur nazi et tueur d'enfants. Un sujet extrêmement difficile à aborder dont l'auteur parvient à s'extraire avec un brio à la fois fascinant dans son esthétique et déroutant quant à cette histoire morbide.Tras de cristal est réellement un film choc qui prend aux tripes dès les premières secondes où on suit le docteur Klaus (Günter Meisner qui jouera souvent des nazis comme dans Le pont de Remagen ou Paris brûle-t-il ?) photographiant un enfant nu supplicié avant de se jeter dans le vide. Obligé de vivre allongé dans un caisson de respiration, grâce à l'aide de sa femme et de sa fille, Klaus entame à son tour une vie de torture journalière. Pourtant, ce n'est rien en comparaison de la suite avec l'arrivée du jeune Angelo (David Sust qui jouera dans un autre film de Villaronga L'enfant de la lune), un ancien enfant torturé et violé par Klaus pendant la seconde guerre mondiale.Agustí Villaronga aborde des sujets tabous sans chercher le sensationnalisme mais en dépeignant un quotidien sordide où un homme était chargé de tuer des enfants dans un camp de concentration jusqu'à les abuser sexuellement. On ne verra pas ses exactions passées à l'écran, elles sont racontées par Angelo lisant devant Klaus son propre journal relatant ses terribles expériences lors d'une scène terrible et malaisante. Car si le jeune homme s'est fait engager comme infirmier, c'est pour faire subir à son bourreau les affres de la torture au travers du regard d'Angelo devenant à son tour un tortionnaire et reproduisant les abominations sur les enfants face à un Klaus coincé dans sa bulle de verre impuissant et par instant encore fasciné.

Le film est une mise en abîme tragique à la réalisation admirable. Chaque plan est d'une maîtrise absolue rendant le récit encore plus horrible mais aussi fascinant comme si on était happé par cette histoire aux confins de l’innommable. La caméra de Villaronga n'est jamais malsaine, elle sert le récit pour montrer l'horreur tout en gardant une certaine pudeur visuelle. Ce qui se passe hors-champs est encore plus terrible comme quand Angelo ramène des enfants dans cette maison de l'horreur pour les tuer frontalement et à la manière du docteur (pour le coup, cette action est montrée). Il serait aujourd’hui impossible de tourner ses séquences d'enfants pleurant et agonisants sous des regards complices. Et pourtant, Villaronga interroge le spectateur sur les frontières de la morale et du mal quand l'être humain bascule dans la folie destructrice.

De ce sujet sordide, le réalisateur en fait un film de cinéma à la beauté visuelle hors norme nous renvoyant à une esthétique de films d'horreur notamment lors de la scène du combat contre la mère (excellente Marisa Paredes, L'échine du diable, La piel que habito) tourné comme une attaque de monstres au son d'une musique très connotée des années 80. On est aussi ébloui par la mise en scène et les détails oscillant entre le giallo et les films sur les nazis (Portier de nuit n'est jamais très loin). D'ailleurs, Angelo recrée dans la maison une iconographie de camp de concentration en installant du grillage et des barbelés. Le film est en fait une réflexion sur la transmission du mal et la fascination que procure la mort chez certaines personnes au point de l'érotiser et de la mettre en scène (on parlerait de serial-killer aujourd'hui). Il faut surtout remettre Prison de cristal dans le contexte de l'époque d'une jeune démocratie au sortir d'années de dictature. Le film prend une résonance encore plus forte car il interroge l'Espagne sur son passé et le Franquisme finalement toujours présent en 87.

Au final, Tras de cristal s'avère une expérience à la fois éprouvante et fascinante faite pour dénoncer des atrocités avec une justesse et une intelligence époustouflantes. Jamais complaisant, le scénario dépeint la perversion et la frustration sexuelle au travers de situations morbides et tragiques avec ce film dont on repense bien après la projection. Un choc inattendu et salutaire à voir de toute urgence.

 

5/6

 

THE AMERICAN WAY – Oncle Slam – USA – 1986 – Maurice Phillips

 

Séance présentée par Marc Caro dans le cadre de sa carte blanche

 

Pitch : Dix ans ont passé depuis la guerre du Vietnam. Un groupe de véterans, à bord d'un avion bombardier en perpétuel mouvement, pirate les émissions de télévision nationale et sème la consternation. Sur le point d'abandonner, durant les élection présidentielle américaine. Ils se heurte à Mme Westinghouse, candidate ultraconservatrice et dotée d'un sens du patriotisme tordu...

Avec son premier film, Maurice Phillips (Un cadavre sur les bras) réalise un brûlot contestataire et libertaire dénonçant les exactions du Gouvernement américain dix années après la fin de la guerre traumatique du Vietnam. En pleine période de Ronald Reagan, de son projet de « Guerre des étoiles », les Etats-Unis vivent dans un perpétuel qui-vive face à un monde en mutation et un ennemi communiste toujours bien présent. A cette ambiance belliqueuse, le réalisateur oppose quelques vétérans réunis dans un avion et qui diffusent des images et des sons afin de contrecarrer la bien-pensance et le manichéisme occidental de l'époque (ça n'a pas vraiment changé depuis).

Aux commandes de cet avion pirate, on retrouve le sémillant Captain Dennis Easy rider Hopper entouré de joyeux hurluberlus fantasques et pour certains tournant à la Marie-Jeanne. On y reconnaît ainsi Michael J. Pollard (La maison des mille morts), Eugene Lipinski (Rollerball) ou James Aubrey (Les prédateurs). Une troupe d'anciens combattants du Vietnam, traumatisés et un peu bras cassés au patriotisme chevillé au corps ne voulant surtout pas que l'Amérique reparte dans une guerre à l'étranger pour défendre des valeurs de soi-disant liberté. La charge est frontale grâce au détournement des images de télévision par des émissions pirates parodiques et au son de gros riffs de guitare rock. L'objectif étant de faire réagir le peuple obnubilé devant le petit écran et prêt à tout avaler des discours des médias et surtout des politiciens.

Maurice Phillips n'y va pas de main morte pour dénoncer un système oligarchique détenant les médias avec une candidate à la Présidence Mme Westinghouse, en fait interprété par l'acteur Nigel Pegram dans un rôle proche d'un Tootsie très comique. The american way est une véritable satire anarchiste et punk mettant au pilori la politique. On est surpris et amusé par les mots employés par la candidate pour “redorer le blason de l'Amérique” comme une résonance toute particulière à l'Amérique actuelle de Trump. Dans ce combat, la religion en prend aussi pour son grade et notamment les chaînes évangéliques prédisant la fin du monde et réclamant de l'argent pour que les fidèles aillent au paradis. Les présentateurs sont ridicules avec leur sourire virginal et leur délire religieux fait d'apocalypse et de rédemption.

Sur le ton d'un humour débridé, le film se présente comme une comédie régressive qui, sous ses allures de gros délire post-hippie, vole dans les plumes d'institutions bien établies au sein d'une atmosphère de cour de récréation dont le but est quand même de faire tomber le Gouvernement. Le film s'avère très drôle en caricaturant à l'extrême les travers d'une Amérique Reaganienne avec des personnages plus grotesques les uns que les autres. La palme revenant à la candidate à la Présidence irrésistible dans ses saillies verbales et dans ses discours aussi creux qu'un arbre mort mais flattant la Nation comme si tout le pays allait repartir au combat. On pense aussi au plus récent Good morning England (2009) de Curtis Richard où un bateau diffusait de la musique rock de façon clandestine au large des côtes anglaises.

Trente ans plus tard, ce pamphlet punk n'a pas pris une ride (sauf dans les costumes et certaines musiques) dans son esprit contestataire et s'avère toujours aussi drôle dans ce portnawak organisé où il règne une ambiance de fin du monde joyeuse et irrévérencieuse (il y a quelques accointances avec le Dr Folamour de Kubrick) dans cet avion s'apparentant à une Arche de Noé d'un reste d'humanité un peu frappadingue il faut bien le reconnaître.

 

4,5/6

 

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