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9e jour à l'Etrange festival

 

Deux films dans la besace aujourd'hui avec une comédie italienne (Ugly nasty people) et le dernier long-métrage un peu barré d'Alex de la Iglesia, El bar (Pris au piège en VF...).

 

 

UGLY NASTY PEOPLE – Comedia del arte – 2016 – Italie/France/Belgique - Cosimo Gomez

 

En compétition et en présence du réalisateur et de quelques acteurs

 

Pitch : Un cul de jatte, un nain rappeur, un rasta toxicomane et une femme sans bras. Ils sont quatre gangsters, et décident de braquer une banque. Mais le partage du butin ne se passe pas exactement comme prévu…

 

Pour son premier film en tant que réalisateur, Cosimo Gomez tourne une fantaisie débridée qui, par son titre d'origine Brutti e cattivi, nous renvoie à la tradition des comédies italiennes des années 60-70. Il possède des accointances évidentes avec le film d'Ettore Scola en 1976, Affreux, sales et méchants où il était déjà question d'un magot et de personnages déjantés voire infirmes. Le réalisateur en donne ici une version plus moderne avec ce quatuor de bras cassés braqueurs (et sans bras pour l'héroïne) dans un film à l'humour grinçant.

Cosimo Gomez n'y vas pas avec le dos de la cuillère pour dépeindre cette Italie des laissés pour compte, à la limite de l'exclusion avec des personnages, possédant tous un surnom, atteints d'un handicap particulier. A la tête de ce gang de joyeux lurons décidés à faire un casse, on retrouve le très bon Claudio Santamaria (Jeeg Robot) cul de jatte de son état et en couple avec une belle danseuse (Sara Serraiocco) qui elle n'a pas de bras. Un couple assorti donnant le ton d'un film à l'esprit déjanté agrémenté d'un équipe du même tonneau avec un rasta shooté en permanence affublé du sobriquet de « Merda » par rapport à son haleine (Marco D’Amore, la série Gomorra) et d'un nain rappeur tatoué (Simoncino Simone Martucci).

Si le film s'avère très drôle au départ lorsqu'on suit la vie et la mise au point du braquage, il perd en intensité sur la longueur notamment du fait d'une accumulation de clichés. Dommage, car le film fonctionne bien dans son entame avec ces personnages délirants (leurs histoires sont présentées rapidement en flashback), véritables émules du Freaks de Tod Browning, n'hésitant pas à donner de leurs personnes pour survivre et réaliser un casse de quatre millions d'euros. Des héros attachants qui, au fur et à mesure de l'histoire, se manipulent entre eux pour récupérer le magot et le planquer en Suisse dans une ambiance décalée où les handicaps sont mis en avant et utilisés pour la comédie.

Soyons franc, Ugly nasty people possède de très bons moments assez hilarants comme le clip de rap outrancier arrêté par la police, l'attaque de la banque ou un gangster bourré chargé de couper un membre. En revanche, plus le film avance et plus on est sidéré par les monceaux de clichés qui s'abattent sur le scénario avec une lourdeur déconcertante. Ce constat est surtout valable dans la deuxième partie moins rythmé et mettant en avant le personnage du prêtre, ancien terroriste africain Charles (Narcisse Mame) et la prostituée nigériane Perla (Aline Belibi) présentés comme des poncifs ambulants, entretenu par un humour que n'aurait pas renié Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ou A bras ouverts. Sans parler des mafieux chinois caricaturaux à souhait et ridicules.

Si Ugly nasty people avait été français, on l'aurait trouvé raté et accusé de tous les maux à cause de cette accumulation. Mais en passant la frontière, il ne s’absout pas de ses préjugés frôlant le racisme devenant très lourds et dérangeants sur la durée d'un film. Certes, la première moitié tourne plutôt bien avec cette comédie à l'italienne bien shootée et attachante. En revanche, dans la seconde moitié, la sauce bolognaise tourne à l'aigre car elle devient redondante et lourdingue sur les clichés liés à l'handicap et à l'origine des personnages.

 

3,5/6

 

 

PRIS AU PIEGE (EL BAR) – Faits comme des rats – Espagne/Argentine – 2017 – Alex de la Iglesia

 

Pitch : Madrid, 9 heures du matin. Des clients, qui ne se connaissent pas sont dans un bar. L'un d'entre eux sort et se fait tirer dessus, les autres se retrouvent bientôt prisonniers du bar.

 

On sait depuis longtemps qu'Alex de la Iglesia est un réalisateur un peu fou à la carrière iconoclaste et parsemé d’œuvres référentielles pour la plupart délirantes (Le jour de la bête, 800 balles, Balada triste, Les sorcières de Zagarramundi). Pour son treizième film, l'espagnol nous confine dans un bar où huit personnages se retrouvent enfermés à cause d'un sniper qui a tué deux clients sans sommation. El bar (Pris au piège en VF) s'apparente à un huis-clos avec ce lieu unique, théâtre d'une humanité aux abois et prête à tout pour se sortir d'une situation compliquée.

Comme à son habitude, De la Iglesia dépeint des personnages possédant des caractères bien trempés dont les événements vont faire encore plus ressortir leur véritable sentiment intérieur. Un concentré d'humains entre la bimbo suffisante (Blanca Suarez, Les amants passagers), le SDF fou récitant des passages de  la Bible (Jaime Ordóñez) ou le hipster barbu (Mario Casas, Toro, Contratiempo). Des personnages pas toujours reluisants placés dans un situation extrême comme c'était déjà le cas avec Un jour de chance du même réalisateur en 2011 où le personnage principal était coincé dans un chantier à ciel ouvert.

Après un plan séquence permettant de visualiser une partie du casting, le film rentre très vite au cœur de son sujet en plaçant les protagonistes au sein du bar. Le long-métrage prend alors une résonance particulière compte tenu des attentats ayant ensanglanté les capitales européennes. Si on y pense forcément, le scénario donne rapidement la solution de l'énigme lorsqu'un homme entre dans les toilettes. Les doutes sont levés (un peu trop vite ?) quant à l'origine du problème les obligeant à se confiner à l'intérieur. En bon réalisateur, De la Iglesia utilise toutes les possibilités à sa disposition dans ce huis-clos devenant progressivement étouffant et tendu lorsque les reclus comprennent pourquoi ils sont placés dans cette situation.

Si le film est très bavard dans son entame, il prend plus d'ampleur sur la durée avec son scénario permettant de développer plusieurs histoires autour de chaque personnage assez bien dessinés représente tous une partie de notre humanité. Comme à son habitude, le film est grinçant et égratigne aussi bien les gouvernants par rapport à la gestion de la catastrophe et leurs politiques, les religieux de tous bords, que les préjugés des protagonistes n'hésitant pas à traiter le jeune homme de terroriste parce qu'il possède une barbe longue. Le réalisateur utilise surtout son arme favorite, en l'occurrence l'humour noir, pour déclencher les rires mais aussi la terreur. En effet, sous le vernis de la comédie par instant décalé, El bar s'avère un thriller bien véner quand les personnages sont amenés à faire des choix pour survivre.

Le film tient vraiment sur la durée et ne perd jamais son rythme et nous gratifie de moments de bravoure dans sa deuxième moitié accompagné de séquences à l'humour ravageur lorsque le sans domicile tente de s'échapper par la grille des égouts en s'aspergeant d'huile d'olive pour mieux s'y glisser. Des séquences de comédie ponctuées d'une noirceur nihiliste propre au cinéma de la Iglesia grâce à une mise en scène inspirée malgré les contraintes d'un lieu relativement limité.

 

4/6

 

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