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5e jour au PIFFF

 

C'est dans un contexte très particulier que s'est déroulé cette 5e journée. Un samedi pluvieux entre lacrymos et gilets jaunes venant déverser leur rage devant le Max Linder, obligé de fermer ses portes à plusieurs reprises au moment où les autorités faisaient le ménage dans la rue. Et pourtant, cela valait le coup de braver ce chaos ambiant et profiter de l'excellent Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein, de l'horrifique Achoura de Talal Selhami et du hurlant Lord of chaos de Jonas Åkerlund. Une sacrée journée qu'on n'oubliera pas.

 

 

FREAKS – Je suis un monstre – Etats-Unis – 2018 – Zach Lipovsky et Adam B. Stein

En compétition et en présence des réalisateurs et de l'actrice principale

 

La petite Chloe n'a jamais quitté le confort relatif de la maison familiale, maintenue à l'écart du monde extérieur par son père. Ultra-protecteur et limite inquiétant, celui-ci lui répète qu'elle est différente, que tout ce qui se trouve de l'autre côté de la porte d'entrée représente une menace.

 

 

Difficile d'évoquer ce film sans déflorer son sujet et pourtant, ce serait un crime de passer à côté de Freaks, certainement le meilleur long-métrage de la compétition. Les deux réalisateurs se sont rencontrés sur le plateau d'une émission de téléréalité sur le cinéma cornaquée par Steven Spielberg. Du duo, on connaît surtout Zach Lipovsky en tant que réalisateur de Leprechaun origins et Dead rising et au vu de ce palmarès, rien n'augurait du choc Freaks. Mais ces deux touche-à-tout (production, montage) nous réservent un scénario alambiqué où chaque tiroir contient une surprise.

Le début du film est très intimiste avec cette petite fille Chloe (Excellente Lexy Kolker présente dans tous les plans) enfermée chez elle avec son père (Emile Hirsch, The Jane Doe identity). Derrière des vitres camouflées, ce dernier la préserve de quelque-chose semblant si horrible qu'elle est empêchée de sortir. Est-ce un tueur ? Une contamination de l'air ? Le mystère demeure pendant un bon moment dans cette maison devenant une prison pour Chloe que son désir de liberté pousse vers l'extérieur et le camion de glace d'un vieil homme (Bruce Dern, Silent running) qui semble vouloir l'attirer à l'arrière...

Si le film part sur les chemins du thriller, du film de kidnapping, il s'engouffre en cette entame sur les sentiers balisés du film de maison hantée (Chloé entend des bruits et a des visions), avec un soupçon de SF quand le père commence à saigner de l’œil. Bref, les éléments se mettent en place progressivement au rythme d'un scénario malin distillant ses informations avec parcimonie et intelligence jusqu'à se déployer complètement dans sa dernière partie. Impossible d'en dire plus pour protéger l'éventuel spectateur de ce film inventif et original dont le titre prend tout son sens comme un hommage à tout un pan du cinéma fantastique de Elephant man aux Comics.

La force du film provient à la fois de son script mais également d'un casting encore une fois extraordinaire et complémentaire. Bruce Dern est parfait, il a été le premier à accepter le rôle et Emile Hirsch s'impose comme un des plus grands comédiens de sa génération, sans oublier la petite fille très professionnelle à l'instar de sa prestation sur scène d'une facilité déconcertante. A l'Américaine quoi. En espérant que le film soit projeté en salle. Dans le cas contraire, je vous incite à mater Freaks d'une manière ou d'une autre et de se laisser porter sans en savoir trop. Et on en reparlera.

 

5/6

 

 

ACHOURA – Djinn noir – Maroc/France - 2019 - Talal Selhami

 

En compétition et en présence du réalisateur et de son équipe

 

Quatre gosses jouent à se faire peur et se rendent dans une demeure condamnée, réputée maudite. L'un d'eux disparaît dans des circonstances mystérieuses. Les trois survivants refoulent le souvenir de ce qui a bien pu se passer, jusqu'à ce que Samir ne ressurgisse 25 ans plus tard. La bande recomposée va devoir se confronter à son passé.

 

Huit années après son premier long-métrage (Mirages en 2010), Talal Selhami revient au cinéma horrifique avec ce conte fantastique tirée d'une légende locale se déroulement pendant l'Achoura, une fête musulmane. Il est sous-titré La nuit des enfants. En effet, le film commence par une fête dans la campagne marocaine où deux d'entre eux pénètrent une maison abandonnée au moment où une créature fantomatique absorbe littéralement une petit fille. Une séquence spectaculaire donnant le ton d'un film qui ne se départit jamais de son aspect purement fantastique.

A la fin de la projection, le réalisateur affirma que Stephen King était une source d'inspiration. Cette filiation se ressent très bien car Achoura ressemble comme un frère à Ça du grand maître de l'épouvante. En effet, cette demeure sera le théâtre d'autres événements maléfiques racontés par petits bouts à l'âge adulte par les enfants l'ayant vécu. Si ce groupe d'amis avait oublié la tragédie de cette nuit, la créature réveillée malencontreusement se rappelle à leur bon souvenir afin de les traumatiser et d'absorber d'autres enfants, une nourriture nécessaire à sa survie.

De fait, on passe d'une époque à une autre au fil d'un scénario assez bien construit où le fantastique a une place primordiale et recycle des formules déjà entrevues dans pas mal de productions du genre. Sans être original, Achoura est bien mis en scène, porté par une musique omniprésente et ample donnant de la gueule aux images et aux magnifiques paysages de la campagne marocaine. Bref, rien à redire de ce côté-là et on sent les progrès après le premier essai de Mirages, beaucoup plus cheap à bien des égards. Un des gros points noirs du film vient de l'interprétation des comédiens hormis le héros principal et le toujours charismatique Moussa Maaskri (Requiem). Surtout les enfants, un peu en roue libre et complètement faux dès qu'ils déclament le texte.

Ce qui donne un sentiment faussé à l'écran et décrédibilise l'ensemble du long-métrage face à des situations dramatiques ou violentes. Récitant son cinéma avec application, Talal Selhami ne parvient pas toujours à instaurer un climat de peur car tous les codes sont allumés et balisent un terrain sans cesse emprunté par le cinéma fantastique. Si on ne s'ennuie pas, Achoura manque un peu d'originalité malgré sa créature visuellement très réussie et son dynamisme dans la mise en scène notamment sur la fin avec des poursuites revoyant à Fantômes contre fantômes. On ressent d'ailleurs un manque de moyens (le réalisateur avouera qu'il a supprimé des scènes d'action tournée mais pas montée du fait de l'impossibilité d'ajouter des effets spéciaux). Ces derniers sont particulièrement réussis avec ce monstre noir presque à plumes entre la gargouille et le fantôme.

Au final, Achoura est une belle tentative de cinéma de genre à la fois marocain et français pour un résultat flirtant avec le haut du panier de nos productions (c'est à souligner). En revanche, il est perclus de quelques défauts tournant surtout autour du casting pas assez professionnel pour faire exister cette relecture de Ça.

 

3,5/6

 

 

LORDS OF CHAOS Metal hurlant Grande-Bretagne/Suède - 2018 – Jonas Åkerlund

Hors compétition

 

Dans le climat beaucoup trop apaisé de la Norvège des années 1990, Euronymous fonde le groupe Mayhem et devient l’épicentre de la nouvelle scène black métal norvégienne. Sa rencontre avec Varg Vikernes, l’homme derrière le projet musical Burzum, va précipiter les membres de son cercle dans une surenchère criminelle.

 

 

Le film est l'adaptation du roman Les seigneurs du chaos qui reprend la vie du groupe Mayhem qui a écumé la scène black métal norvégienne dans les années 90. Un groupe qui s'est surtout fait connaître pour sa radicalité, ses prestations scéniques surréalistes, le suicide d'un de ses membres et le meurtre de son leader. Jonas Åkerlund, ancien batteur d'un groupe de métal et réalisateur de clips et de quelques films hollywoodiens comme Les cavaliers de l'apocalypse en 2009, en tire un biopic à la fois réaliste et peut-être avec certaines libertés indiquées d'entrée à l'écran avec humour.

Le film se consacre surtout sur la création et la vie de ce groupe de black métal norvégien créée par un certain Euronymous (Rory Culkin, frère de Macaulay déjà vu dans Signes) et Dead (Jack Kilmer), le chanteur complètement dérangé qui mettra fin à ses jours de façon spectaculaire. De joyeux lurons donc, s'accoquinant avec Kristian (Emory Cohen, Détour), un gars se cherchant beaucoup au départ (il est considéré comme un benêt) et se transformant en Varg pour devenir une version dark du groupe jusqu'à mettre le feu aux églises.

Ne connaissant pas leur histoire, difficile de déceler le vrai du faux, notamment leurs relations souvent houleuses dans un milieu naissant anti-système, abhorrant la religion et rempli de symboles sataniques et nazis. Ce qui génère à l'écran pas mal de moments de comédie liés à leur interaction très anachronique avec la population locale face à leur costume sombre et leur longue chevelure de metalleux. En revanche, quand on se renseigne sur les véritables événements, la plupart des choses sont visiblement dans le film. Les performances scéniques avec scarifications, les pratiques très bizarres de Dead (il aime tuer des chats) et son suicide où Euronymous aurait mangé un bout du cerveau de son ami. Bref, pas des rigolos malgré beaucoup d’esbroufe et la vision qu'en donne le réalisateur au sein d'un long-métrage à la fois ludique et bien mis en scène au son de gros riffs de guitare et de voix saturés.

Dans la dernière partie, le film montre la dérive de certains membres du groupe et leurs exactions allant jusqu'au meurtre gratuit. Et le réalisateur ne se prive pas pour montrer les conséquences de leurs actes, le film s'avère très violent comme si toutes les frontières étaient franchies face à des autorités ne comprenant pas bien le phénomène. Apparemment, les anciens membres du groupe rejettent le film, mais Lords of chaos ravira les amateurs de métal et distraira les béotiens du milieu en tant qu'objet cinématographique. Déjà pas si mal.

 

4/6

 

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Commentaires: 5
  • #1

    Adrien (jeudi, 13 décembre 2018 21:27)

    Ah tiens moi aussi j'ai eu droit à du lacrymo moi aussi ! En allant chercher du pain...

    Freaks sur ma liste donc. C'a m'avait l'air un peu chiant mais tu m'as convaincu et je suis maintenant très curieux de voir ça ! Cool !

    Pour Achoura, finalement ce que tu en dis ne s'éloigne pas trop de ce que je pense du récent Ça, qui pour moi était décevant et ne faisait pas peur tout en restant okay. Donc peut-être une bonne surprise si ça se trouve, d'autant que Maaskri était sympa dans Requiem. Par contre l'affiche défonce carrément, faut au moins lui reconnaitre ça !

    Burzum / Mayhem... Arf, ilsont fait un film là dessus ? Je sais même pas quoi en penser... J'imagine que c'est là que Rigs ou mes potes de lycées pourront tenir un meilleur discours que moi sur le sujet, les délires sanglants autour de tout ça ne m'ayant jamais vraiment plu ni encouragé à suivre leurs musiques (ça et la voix désastreuse du chanteur qui assassine la mélodie de ses copains, mais je vais me faire des ennemis si je dis ça). J'attendrais de voir ce qu'en dit la Toxic Crypt mais le concept lui-même reste franchement moyen...

  • #2

    alice in chains (vendredi, 14 décembre 2018 12:01)

    je prends bonne note de ce Freaks, visiblement le coup de cœur de ce séjour festivalier

  • #3

    Roggy (vendredi, 14 décembre 2018 19:59)

    Freaks est un petit film fantastique très intéressant jouant sur sa mise en scène et un scénario béton. Ajoutez à cela un casting réussi et on a la révélation de l'année.

  • #4

    titi70 (mercredi, 19 décembre 2018 13:21)

    Freaks et Achoura m'intéressent énormément. Lords Of Chaos beaucoup moins, mais, pourquoi pas, à l'occasion.

  • #5

    Roggy (mercredi, 19 décembre 2018 19:57)

    Des trois, c'est le moins fantastique au sens propre mais le film est assez intéressant même si on ne connaît cet univers, ce qui est mon cas.