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3e jour au PIFFF

 

Le rythme de croisière se confirme pour cette 3e journée au PIFFF avec 4 films. Le britannique Await Further Instructions ouvre les hostilités avant la séance culte australienne Next of kin (1982). Dans la foulée, un film d'horreur argentin (Terrified) et pour clôturer ce jour sans fin, In fabric de Peter Strickland.

 

 

Await further instructions – Maison hackée - GB – 2018 – Johnny Kevorkian

En compétition

 

Repas de Noël classique chez les Milgram, avec son lot de tensions à peine larvées. Des bruits métalliques se font entendre. La famille se rend compte qu’elle est bloquée à l’intérieur de la maison familiale, les portes et fenêtres obstruées par une mystérieuse matière noire. Sur la télévision, un message sibyllin : « Attendez vos instructions ».

 

Dix ans après son premier film (The disappeared), Johnny Kevorkian revient avec ce huis-clos où la famille Milgram se réunit pour les fêtes de Noël. Du classique et cette entame nous ferait presque penser à celle de Krampus, humour british à l'appui avec notamment le personnage du grand-père vindicatif interprété par l'indispensable David Bradley (Hot fuzz). Bref, la soirée bat son plein au milieu d'une cellule familiale décomposée entre animosité profonde du père, du fils et de la petite-amie de ce dernier d'origine indienne, suscitant les a priori racistes.

Alors que les chamailleries et les bons mots s'amplifient, les 7 personnages se retrouvent enfermés dans leur maison, coincés par une sorte de protection en métal infranchissable. Seul moyen de communication avec l'extérieur, la télévision qui dispense des messages comme si les autorités avaient pris le contrôle des opérations. Sauf qu'on se doute bien qu'il y a autre chose à l'extérieur car les instructions sur l'écran sont trop précises pour être réelles. Elles déclenchent néanmoins une forme d'hystérie, notamment du père Tony (Grant Masters) qui décide de régenter les reclus à coups de méthodes violentes et expéditives.

Si le centre du film est peut-être un peu ronronnant afin d'explorer toutes les solutions pour sortir de cette enfer carcéral, force est de constater que la dernière partie lâche les chevaux et galope sur les terrains du fantastique avec une certaine jouissance. Entre le cinéma de Cronenberg et un épisode de la Quatrième dimension, Await further instructions bascule dans son dernier acte dans la SF mâtinée d'horreur et n'hésite pas à éliminer les protagonistes tout en distillant ses charges contre le monde des médias ou de la religion. La bonne ambiance du début n'a plus lieu d'être et la situation dégénère pour notre plus grand bonheur comme si Tetsuo avait fusionné avec The Thing pour un final à l'ancienne très original qui mérite d'avoir attendu.

 

4/6

 

NEXT OF KIN – – Australie / Nouvelle-Zélande 1982 – Tony Williams

 

Séance culte

 

Non contente de décéder, la mère de Linda lègue à sa fille une maison de retraite d'allure vaguement victorienne. L'héritière débarque sur place, retrouve le journal intime de sa mère, tombe sur ces quelques lignes : « Il y a quelque chose de diabolique dans cette maison, quelque chose qui y vit et respire le même air que nous ». De fait, les morts mystérieuses commencent à s'y multiplier.

 

On se souvient surtout de ce film d'exploitation australienne pour son titre français Montclare, rendez-vous de l'horreur renvoyant au nom de la pension de retraite perdue dans le bush australien. Avec ce film qui avait un prix au festival parisien du Grand Rex en 1982, Next in kin est plus proche dans l'esprit de Picnic at hanging rock que de Razorback ou Mad Max. L'atmosphère est ici plus éthéré et Tony Williams prend son temps pour présenter ses personnages et notamment Linda (Jacki Kerin) qui s'occupe avec abnégation de ses petits vieux.

Progressivement, Next of kin s'enfonce dans le film de maison hantée. Linda a des hallucinations, elle croit voir sa mère décédée derrière les fenêtres de l'immense demeure ou fait des rêves sur son enfance. Bref, il règne une drôle d'ambiance dans ce lieu propice aux manifestations ectoplasmiques que le scénario distille avec parcimonie. D'aucuns évoqueront la lenteur du propos, pourtant il est nécessaire pour instaurer ce climat moite entrecoupé de séquences plus sombres comme la noyade dans la baignoire d'un des pensionnaire.

La caméra de Williams est précise et s'insinue dans chaque recoin afin de faire naître le malaise ou la croyance à des événements surnaturels confinant à la folie de Linda. Si le voyage est bucolique, voisin d'un film d'ambiance, Next of kin vire au cauchemar dans sa dernière bobine. Alors que certains plans convoquent Shining avec les couloirs et le ballon rouge, le sang gicle dans les ultimes minutes comme dans un slasher ou plus précisément un film d'horreur gothique avec lequel il entretient pas mal d'accointances. A coups de ralentis et d'images iconiques, le réalisateur conclût son film de la plus belle façon dans ce trip évanescent un peu à part dans le cinéma australien.

 

 

TERRIFIED – Fête foraine - Argentine – 2017 - Demián Rugna

 

En compétition

 

Quand il y a quelque chose de bizarre dans le quartier, qui appelle-t-on ? Allbreck, Jano et Rosentock, les chasseurs de fantômes de Buenos Aires, sommés de comprendre, notamment, pourquoi un bambin récemment décédé dans un accident s'en revient finir sa décomposition à la table du petit déjeuner. Prélude traumatisant à une série d'événements d'outre-tombe...

 

Grâce à un petit message introductif, le réalisateur nous avait prévenu qu'il allait nous faire peur. Sur le papier, les intensions sont louables. En revanche, à l'écran c'est une autre paire de manches pour ne pas dire un ratage presque complet car Terrified (Aterrados en VO) est un film de petit malin cherchant à recycler ce qui marche dans l'épouvante actuelle. Une dose de Conjuring et une poignée généreuse d'Insidious (notamment pour le personnage de la vieille dame médium) sont les ingrédients de ce long-métrage très basique se foutant de son scénario mais surtout de son histoire. Parce qu'en fait, il n'y en a aucune.

Et Demián Rugna n'y va pas avec le dos de la cuillère pour, dès le départ, faire apparaître des phénomènes étranges dans une cuisine jusqu'au meurtre spectaculaire d'une femme dans sa salle de bain. Formellement et techniquement, Terrified n'est pas mauvais, le metteur en scène fait défiler les séquences fantastiques avec un certain savoir-faire. Sauf que ces scènes sont appuyées en permanence par une musique assourdissante prévenant le spectateur, quand les jumpscare se multiplient pour pallier le manque d'ambition d'un script sans aucun enjeu (on pense d'ailleurs au récent Devil sur le même postulat). Pire, censé provoquer une trouille absolu, le film ne fait absolument pas peur. Un comble.

La raison principale est qu'on n'a aucune empathie pour des personnages projetés directement dans les abysses de la frayeur. Enfermés dans trois lieux possédés, les ustensiles de cuisines volent, les meubles bougent et un homme nu et décharné sort des armoires. Dommage car certaines situations sont potentiellement horrifiques (le retour d'un enfant décédé, la créature dans le mur) mais contrebalancées dans la foulée par un déchaînement de situations fantomatiques et de monstres invisibles qui nuisent au final au long-métrage. Seul le flic incrédule entretient une once d'humour et le réveil du spectateur.

 

2,5/6

 

 

IN FABRIC – Robe possédée - GB – 2018 – Peter Strickland

 

Hors compétition et en présence du réalisateur et du producteur

 

La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper's, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu'une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.

 

L'univers de Peter Skrickland est assez étrange et il s'est construit une œuvre assez iconoclaste avec le remarqué Berberian sound studio ou le vénéneux The duke of Burgundy. Avec ce nouveau film, le réalisateur utilise les codes du giallo pour dépeindre une société anglaise probablement des années 70 perclus par le consumérisme et le repli sur soi. Un monde dans lequel Sheila (Marianne Jean-Baptiste, Secrets and lies) a beaucoup de mal à trouver sa place entre son travail à la banque et ses rendez-vous manqués avec des hommes rencontrés par le biais de petites annonces. Si à cela on ajoute sa relation tumultueuse avec son fils et sa maîtresse plus âgée, on comprend le malaise ambiant entretenu dans le long-métrage.

Parce qu'on est chez Peter Skrickland, la perversité est partout même dans le grand magasin qui vend des vêtements féminins et semble tout droit sorti d'une secte sataniste. Les employées ressemblent à des sorcières et le patron à un émule de Dracula. La vie de Sheila bascule lorsqu'elle achète une robe rouge qui la marque littéralement sur sa peau et semble posséder une existence propre. Elle flotte dans les airs lors de séquences fantasmagoriques entre cauchemars et réalité plus terre-à-terre avec le duo d'employeurs de Sheila complètement à la ramasse sur les règles de la banque (le serrage de main) pour des moments à l'ironie comique et savoureuse.

Si In fabric embrasse plusieurs thématiques, il s'autorise tout. De la perversion avec une séance de masturbation gérontophile et même de changer de personnage principal en plein milieu comme un pied-de-nez à une narration trop conventionnelle. Le réalisateur n'en a cure et distille ses images psychédéliques, ses morceaux de bravoure (l'emballement irrationnel d'une machine à laver) avec un humour britannique bienvenu entre absurde et cruauté. Peut-être un peu trop long sur la fin, In fabric pourra en perdre certains alors qu'il contient quelques moments assez jouissifs et singuliers, bien à l'image de ce cinéaste finalement inclassable.

 

3,5/6

 

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Commentaires: 4
  • #1

    Adrien (samedi, 08 décembre 2018 15:59)

    La sélection anglaise à l'air plutôt sympa cette année, ça fait plaisir :o
    Diablement plus intéressant en tout cas que l'effet de mode Insidious / Conjuring qui a l'air de s’essouffler grave. Tant mieux.

    PS. T'as oublié ta note pour pour Next of Kin

  • #2

    Roggy (samedi, 08 décembre 2018 16:48)

    En fait, je ne mets pas de notes pour les séances cultes, mais si je devais le noter, je lui mettrais un bon 4,5/6.

  • #3

    alice in oliver (mardi, 11 décembre 2018 20:27)

    bon de cette séance, il faudra surtout retenir Await further instructions qui s'accointe avec the Twilight zone et d'autres illustres références. Il me tente bien celui là...

  • #4

    Roggy (mardi, 11 décembre 2018 20:37)

    J'ajouterai également "Next of kin" qui possède une belle ambiance à la fois solaire et gothique.