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6e et dernier jour au PIFFF

 

Dernier jour au PIFFF avec quatre nouveaux longs-métrages. Le survival What keeps you alive de Colin Minihan entame la journée avant la séance culte (Maniac) de William Lustig, le road-movie flamand et trash We de René Eller et la séance de clôture bien déjanté Sorry to bother you de Boots Riley.

 

 

WHAT KEEPS YOU ALIVE – Femme fatale – Canada – 2018 – Colin Minihan

Hors compétition

 

Pour leur premier anniversaire de mariage, Jackie emmène Jules dans le coin reculé où son père et elle allaient chasser, quand elle était petite. Personne à la ronde, à part la luxueuse demeure de son amie d’enfance de l’autre côté du lac. Toutes les conditions sont réunies pour un week-end idyllique en amoureuses.

 

 

Colin Minihan est connu pour être une des moitiés des Vicious Brothers (Grave encounters) et réalisateur en solo (Extraterrestrial). Egalement au scénario, ce dernier livre une comédie dramatique qui vire rapidement au survival après une tentative de meurtre. Comme annoncé en introduction, le couple initial devait être hétérosexuel. Suite à l'abandon de son comédien, Minihan réécrit son script pour le remplacer par un personnage féminin. De fait, il transforme la relation entre les deux personnages et gagne en originalité avec l'affrontement de ces deux femmes.

Pour autant, le réalisateur prend peu de temps pour poser ses jalons et esquisser à gros traits les événements futurs (le couple qui habite en face de chez elles), illustré par une chanson assez explicite comme le signal du début des embrouilles. On sent bien que Jackie (Hannah Emily Anderson, Jigsaw) cache quelque-chose au plus profond d'elle face à sa femme Jules (Brittany Allen, Bloody sand), plus faible et fleur bleue. Le film ne cache donc pas ses intentions d'opposer ses deux actrices dans un jeu de chat et de la souris après que Jackie balance Jules du haut d'une falaise. Sauf que cette dernière ne meurt pas et se relève, recoud son bide, remet ses membres dans le bon sens (c'est une ancienne docteur, ça aide) pour aller se venger.

Les enjeux sont donc posés très rapidement, sans surprise comme si le réalisateur avait choisi de réciter tous les codes du genre avec une certaine maîtrise dans un environnement bucolique. Formellement, Minihan maîtrise son sujet, les séquences de poursuites sont bien mises en image et le spectateur ne s'ennuie pas. S'il est un peu malin et habitué de ce style, il se doutera de l'utilisation des voisins, de la violence graphique et de la découverte de la psychose profonde de Jules qui n'est visiblement pas à son coup d'essai. Bref, si le film reste divertissant, il n'apporte pas énormément à l'édifice et semble tourner en rond dans le climax à l'image des deux personnages qui n'en finissent plus de se relever et de se battre.

 

3,5/6

 

MANIAC – Flashdance – Etats-Unis - 1980 – William Lustig

 

Séance culte

 

Frank Zito entretient pas mal de problèmes irrésolus avec sa mère aussi abusive que décédée. Du coup, il écume les rues new-yorkaises et tue des jeunes filles, de façon atroce, tant qu'à faire. Sa collection de scalps posés sur des mannequins s'agrandit, jusqu'au jour où il rencontre Anna, une photographe. Sa relation avec elle pourrait lui amener le salut, même si honnêtement, c'est pas gagné.

 

Retrouvé dans un tiroir abandonné, la pellicule originale tournée en 16 mm de Maniac a été exhumée et scannée. C'est donc cette version qui était proposée pour la dernière séance culte d'un film qui était passé complètement sous mes radars, avec cette sensation de l'avoir maté alors que ce dimanche était une véritable première. Il est surtout porté par une mise en scène sans fioriture de William Lustig (Maniac cop) au plus près de Joe Spinell, extraordinaire en psychopathe redoutable et pragmatique, mû par des voix intérieures et sa relation avec sa mère qu'il cherche à retrouver au travers du meurtre de femmes.

Certes, Maniac reste un petit film au scénario au budget du même acabit, aux raccords quelquefois hasardeux (la scène du métro), mais il possède encore cette puissance dévastatrice d'un personnage hors norme interprété par un Spinell dont le rôle lui colle à merveille à tel point qu'il produit, co-signe le scénario et visiblement participe à la mise en scène. Franck Zito est un homme au physique imposant et au faciès de pervers, et d'ailleurs on ne comprend pas vraiment pourquoi la photographe Caroline Munro (Starcrash) le laisse rentrer chez elle sous un prétexte ridicule, ni comment elle accepte de passer des soirées avec lui.

Hormis ces scories, Maniac fait mal, surtout aux victimes de Zito chassées par un prédateur sans scrupule, poussé par ses pulsions de mort. Prostituée, infirmière ou mannequin, tout est bon pour satisfaire son désir de scalps et faire briller les effets visuels prosthatiques d'un Tom Savini qui sortait de Zombies. Il récidive dans ce film pour les effets sanglants avec également une tête explosée dans une voiture. Soutenu par une musique par moment poisseuse, le film se déploie au rythme du souffle et des grognements de Joe Spinell partant en chasse dans les rues interlopes de New-York avant de se retrouver entouré de ses trophées dans son appartement miteux parlant à sa mère décédée comme un Norman Bates du bitume.

Découvrir Maniac, c'est insérer une nouvelle pièce dans le puzzle du slasher et admirer cette descente aux enfers conclue de la plus belle des façons par la séquence très graphique voire gothique dans le cimetière et la rébellion métaphorique de ses victimes dans l'ultime scène.

 

WE – Culs nus – Hollande/Belgique – 2018 - Rene Eller

 

Hors compétition

 

A la faveur du doux désœuvrement estival, les ados d'un village flamand s'abandonnent à tous les excès à leur portée. L'émulation collective les pousse à aller de plus en plus loin, à jouir de l'euphorie du moment sans se soucier des conséquences de leurs actes.

 

Pour son premier long-métrage, René Eller signe une chronique sur de jeunes adolescents relativement aisés de la campagne flamande pendant l'été. Comme ils s'ennuient et sont pervers, ils commencent à faire n'importe quoi, de montrer leurs sexes sur un pont d'autoroute à se prostituer pour gagner de l'argent. En bon émule d'un Larry Clark, le réalisateur n'a aucune limite à l'image de ces jeunes prêts à tout pour se divertir comme martyriser un chien ou organiser des jeux sexuels pour se marrer.

Une jeunesse osant tout donc et s'affranchit même des codes de la société comme le réalisateur qui insère des plans pornographiques dans son film (il n'a pas encore de distributeurs, bon courage). Sauf que We est dépourvu d'un propos sincère et véritables enjeux, les jeunes garçons manipulent les filles qui se donnent à leur client pour s'émanciper de leurs conditions et de parents trop rigides. Le scénario est ainsi découpé en plusieurs temps où on suit le regard sur les mêmes événements de quatre personnages avec en point d'orgue le décès d'une des leurs.

N'ayant plus rien à dire, le film enfile les séquences trash et tourne un peu à vide malgré une mise en scène efficace et des paysages solaires au son d'une musique évanescente. Sauf que les personnages sont détestables et se foutent de tout au point que les situations semblent irréelles, les filles sont toujours prêtes à se prostituer sans recul. Ces scènes deviennent de fait gratuites et le voyeurisme se fait jour comme un malaise palpable dans un long-métrage qui ne dit pas grand-chose de notre société malgré son désir de choquer.

 

3/6

 

SORRY TO BOTHER YOU – Get in – Etats-Unis – 2018 – Boots Riley

 

Film de clôture

 

Dans des Etats-Unis à peine dystopiques, ravagés par la misère économique et l'esclavagisme rampant du prolétariat, Cassius Green décroche un boulot dans le télémarketing. Il suit les conseils de son voisin d'open space et contacte ses clients déguisé derrière sa « white voice ». Dès lors, à lui le succès, la chevauchée d'ascenseur social, le social-traitisme, les contacts privilégiés avec un clone dégénéré de Jeff Bezos.

 

Le scénario de Boots Riley, par ailleurs membre du groupe de rap The Coup, avait tourné longtemps et passé de main en main avec que Riley ne se lance dans l'aventure de la réalisation avec ce premier long-métrage entre dystopie parodique et pamphlet d'une Amérique toujours séparée entre les noirs et les blancs. Cassuis Green (Lakeith Stanfield, Get out) tente de survivre dans une ville où sa communauté vit dans un ghetto. Lui partage son garage avec sa copine Detroit (Tessa Thompson, Annihilation) et tente de survivre grâce à de petits boulots. Sa vie change quand il intègre une société de télémarketing.

La force du film tient à la fois de son discours politique que de sa forme narrative. Sur le ton de la comédie, Boots Riley construit un long-métrage totalement réjouissant et inventif rendant notamment hommage au cinéma de Michel Gondry. Les séquences hilarantes s'enchaînent avec une originalité délirante jusque dans le boulot de Cassius où il rencontre un syndicaliste Steven Yeun (The Walking dead) et Danny L'arme fatale Glover pour une séquence savoureuse où il apprend à parler avec une voix de « blanc » afin de mieux vendre ses encyclopédies. Bien rythmé et drôle, le film se déploie avec en toile de fond cette saillie contre la société de consommation, le capitalisme et le rapport conflictuelle entre les communautés (la séquence où le grand manitou blanc demande à Cassius de rapper juste parce qu'il est black).

Dans sa dernière partie, le film bascule dans le fantastique d'anticipation toujours avec cet esprit de comédie loufoque mais avec un fond de réalité. Une ironie entretenue par des dialogues aux petits oignons et des personnages jusqu’au-boutiste. Bourré de références, de bons mots et d'un visuel très riche, Sorry to bother you pourrait être une réponse 2.0 au Brazil de Terry Gilliam avec lequel il entretient pas mal de similitude sur la forme et le fond. Une véritable découverte originale avec des créatures hybrides mémorables dans la dernière bobine. A voir sur les écrans le 30 janvier prochain.

 

4,5/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    alice in oliver (samedi, 15 décembre 2018 20:31)

    Maniac reste un classique incontournable, toujours aussi nihiliste et fascinant même 38 ans après sa sortie. Dernièrement, j'ai revu L'étrangleur de Boston de Richard Fleischer, un thriller âpre et psychologique vivement recommandé !

  • #2

    Roggy (samedi, 15 décembre 2018 21:15)

    Pas revu "L'étrangleur de Boston" et j'imagine qu'une nouvelle vision confirmerait mes souvenirs.