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4ème jour

Déjà la 4ème journée du festival et au programme aujourd'hui un film de vengeance violent se déroulant dans la perfide Albion (K-Shop) et une séance culte avec le bien énervé Hardware en la présence de son réalisateur Richard Stanley toujours aussi lunaire et avec une plume sur son chapeau.

 

K-SHOP – Vengeance anglaise – UK – 2016 – Dan Pringle

 

En compétition

 

Pitch : Un fils modèle devient un tueur méthodique suite à l'assassinat de son père, propriétaire d’une boutique de kebab, par des jeunes trop alcoolisés.

 

Le réalisateur, dont c'est ici le premier film, prend comme point de départ le problème des anglais avec l'alcool et leur propension à se retourner la tête tous les week-ends, hommes et femmes sans distinction. A l'aide d'images réelles, comme dans un documentaire, Dan Pringle choisit de stigmatiser les dérives alcooliques d'une partie de la jeunesse anglaise et devient la raison principale pour laquelle son personnage principal va basculer dans la violence.

Lorsque son père meurt suite à une bagarre avec des jeunes en état d'ivresse, Salah (très bon Ziad Abaza vu dans 007 Spectre) reprend l'affaire familiale alors qu'il est sur le point de décrocher un diplôme en économie. Ce jeune homme intelligent et bien élevé n'arrive plus à supporter la crétinerie de ces anglais en goguette à la limite du coma éthylique se présentant dans sa restaurant de kebab. Et le réalisateur n'y va pas avec le cul de la bouteille pour dénoncer les pratiques d'une population jeune qui se croit en Spring break tous les week-ends. Présentés comme des idiots et des racistes, l'alcool fait ressortir chez eux leurs pires instincts de violence et de débauche. Un soir, Salah plonge la tête d'un jeune dans la friteuse par accident. C'est le début pour lui d'une quête de vengeance et, au passage, la possibilité de récupérer de la viande fraîche pour pas cher.

Si le début du film est plutôt intéressant en confrontant deux communautés et en mettant le doigt sur un véritable phénomène de société Outre-Manche, K-Shop titube et se vautre assez rapidement dans l'horreur quand Salah commence à tuer certains de ses clients, en découpant de manière frontale les membres et en les passant dans une moulinette pour les redistribuer à ses clients sous forme de kebab. Une double vengeance qui en plus permet de faire des économies ! Une fois sa besogne accomplie, Salah jette les restes dans une poubelle et les envoie à la mer. Une technique proche de celle d'un serial-killer (il conserve aussi les objets personnels de ses victimes) qui va le plonger en enfer comme ça pendant des années.

Le problème du film est qu'on ne comprend pas vraiment pourquoi Salah se transforme de la sorte en tueur récurrent et pourquoi il sert de la chair humaine à ses clients. Des pratiques extrêmes qui ne peuvent s'envisager que dans un esprit tordu. Or, Salah est tout le contraire. Hormis ce postulat de départ, le film est très violent et n'épargne rien aux spectateurs lors du hachage et du mixage de viande. Malheureusement, le film s'avère trop long (près de 2 heures) en multipliant les points de vue et les personnages secondaires assez inutiles comme la jeune femme de l'hôtel avec laquelle il sympathise ou le zonard qu'il engage pour l'aider.

On a du mal à croire que les jeunes puissent disparaître pendant 8 ans sans qu'il ne soit inquiété, d'autant plus qu'il conserve les téléphones portables chez lui, dans le sous-sol où il commet ses exactions. Des scènes ressemblant à un torture-porn ou à un interrogatoire sanglant dans lesquelles Salah justifie son statut de bourreau en vengeant son père et en débarrassant ces cafards de l'humanité. Une rhétorique assez binaire qui s'enfonce progressivement dans les clichés du bon et du méchant. Certes, ces jeunes sont des cons finis que l'alcool rend encore plus débiles, mais cela justifie-t'il leur sort funèbre ? Le réalisateur n'était pas obligé de se dédouaner en prétextant le rejet d'une communauté par la population, notamment car Salah n'est pas fou mais se venge volontairement et consciemment.

Au final, K-Shop est un premier film perclus de maladresse (les images incessantes de jeunes bourrés, la musique mal placée) malgré une réalisation et une interprétation correctes. Voulant dénoncer les violences des jeunes anglais envers eux-mêmes et les travailleurs étrangers, Dan Pringle s'enferme dans des poncifs qu'il cherchait pourtant à condamner. En revanche, c'est à mon sens le premier « Kebab and vengeance » à l'écran et pas sûr qu'après la séance on ait envie de s'en faire un...

 

3/6

 

HARDWARE – SF – UK – 1990 – Richard Stanley

 

Séance culte et en présence du réalisateur

 

Pitch : Dans un futur ravagé par une catastrophe nucléaire, une jeune artiste se retrouve coincée dans son appartement avec un androïde militaire bien décidé à lui faire la peau.

 

Hardware est le premier film de Richard Stanley à la carrière éphémère (à part Le souffle du démon en 1992 et un segment de The Theatre bizzare en 2011) qui s'est échouée en 1992 sur les rives abandonnées de L'île du Docteur Moreau qui fut repris par John Frankenheimer. Quand on revoit Hardware, on est d'autant plus déçu car le réalisateur Sud-Africain prouvait déjà à cette époque qu'il en avait sous la godasse.

Arrivant six ans après Terminator et avec un budget beaucoup moins conséquent, Hardware est un post-apo futuriste où une population ravagée par les radiations tentent de survivre en récoltant tout et n'importe quoi pour le revendre à des recycleurs. C'est ainsi que Moses (Dylan McDermott, Hamburger Hill) ramène à sa compagne Jill (Stacey Travis, vue dans Phantasm 2) les restes d'un androïde militaire qui aura la capacité de se régénérer et de se reconstruire progressivement. Sur ce pitch relativement simple, Richard Stanley construit un vrai film de SF et compense son manque de moyen par la débrouille, l'inventivité des scènes et des SFX live de toute beauté.

Si le robot d'Hardware ressemble à un ersatz du T800 de Terminator, le réalisateur avouera qu'il fut aussi influencé par le cinéma de Dario Argento auquel il empruntera ses effets gores dans un plan où le robot écrase les yeux du voisin de Jill. Ce qui caractérise surtout le film, c'est son jusqu'au-boutisme et la rage qu'il s'en dégage. Peut-être pour exorciser les traumatismes de son passage en Afghanistan pour combattre les troupes russes, Stanley lance une bombe avec ce film particulièrement énervé à l'image de la bande son très rock avec des groupes comme Ministry, Motorhead et même Iggy Pop qui prête ici sa voix à un animateur radio relatant avec véhémence la pauvreté et les conditions de vie dans ce monde perdu.

Et cette rage se retrouve à l'écran avec des scènes de violence où les corps sont massacrés ou coupés en deux dans une iconographie renvoyant directement aux giallos avec notamment l'utilisation de la main de l'androïde. Si Hardware s'apparente sur les deux-tiers à un huis-clos, le réalisateur parvient à instaurer un climat anxiogène et à faire exister ses personnages avec peu de moyens, surtout grâce à son ingéniosité pour faire croire à ce monde futuriste où les machines ont pris le contrôle de l'humanité. Comme Richard Stanley le précisait, la réalité a rattrapé la fiction de ce début des années 90, ce qui fait de Hardware un film à la fois contestataire et politique comme un certain John Carpenter.

On peut le voir comme un film punk et bien véner mais qui ne fait pas n'importe quoi car le réalisateur profite de sa créature et de son décor pour réussir un long-métrage solide et rythmé. De même, à l'instar d'une Sarah Connor ou d'une Ripley, Jill est une femme forte et combattante dans la mouvance des films de l'époque. Hardware prend même des atours magnifiques lorsque Moses est blessé par le robot qui possède une arme délivrant un poison et commence à perdre la tête jusqu'à délirer au son d'une musique d'opéra (Stabat Mater) interprétée par Luciano Pavarotti. Un moment de grâce venant contrebalancer la rudesse et la misère d'un univers où la technologie a pris le pas sur les hommes.

Au final, même si Hardware possède une image très marquée par les années 90 et des effets visuels un peu dépassés, il faut reconnaître que le film dégage encore une forme de colère et de rébellion qui font plaisir à voir et à entendre. Quand on pense qu'il fut produit par les frères Weinstein...

 

4/6

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