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2ème jour

Une 2e journée avec deux films pas vraiment joyeux dans la besace plutôt maigre du cinéphile. Le drame fantastique I'm not a serial killer de l'irlandais Billy O’Brien et un film de SF franco-espagnol sur la vie après la mort, Realive de Mateo Gil.

 

I'M NOT A SERIAL KILLER – Fantastique – Irlande/Grande-Bretagne – 2016 – Billy O’Brien

En compétition

 

Pitch : Dans une petite bourgade américaine, un lycéen perturbé décide de traquer le tueur en série qui sévit dans la région, un homme qui pourrait bien être l’un de ses voisins au comportement étrange...

 

Pas facile d'être un adolescent dans une petite ville de la campagne américaine paumée au milieu de nulle part, d'autant plus quand sa mère travaille dans une morgue et prépare les morts. Sans compter la présence d'un serial killer commettant ses méfaits dans ce lieu paisible à l'image de la première scène de crime et le cadavre encore dégoulinant parqué dans une ambulance.

Adapté d'un roman de Dan Wells, le réalisateur irlandais Billy O’Brien (surtout connu pour son premier film assez marquant Isolation se déroulant dans une ferme) construit son film comme une comédie dramatique mettant en scène une famille dysfonctionnelle avec un père absent et des rapports difficiles entre la mère et ses enfants. Une situation de départ assez classique rappelant les œuvres de Gus Van Sant puisqu'on suit John (Max Records, Max et les maximonstres), souffre douleur de son école, rejeté par ses camarades et vu comme un détraqué car il aide sa mère à vider le sang des cadavres.

Il faut dire que ce brave John est vraiment considéré comme un sociopathe. Fasciné par la mort et les tueurs en série, il est suivi par un psychologue pour essayer de contrôler ses pulsions de violence notamment à l'égard de ses congénères à l'école. Il est encore plus intrigué lorsqu'un assassin frappe la petite communauté et se met à suivre un sans domicile fixe comme un suspect idéal. Dans sa recherche de la vérité, John tombe sur le véritable tueur et n'aura de cesse de le pourchasser en trouvant plusieurs subterfuges. Entre peur et fascination, le jeune homme ne prend jamais la décision de le dénoncer, peut-être aussi parce que l'origine du mal s'avère particulièrement étrange.

I'm not a serial killer oscille donc en permanence entre la chronique sociale d'une famille américaine monoparentale et le film d'horreur dans la mesure où on suit le tueur dans ses exactions au travers des yeux de John. Une ville remplie de personnages apeurées par les événements voulant constituer des patrouilles de nuit et d'autres plus âgées, semblant se contenter d'essayer de vivre, à l'instar de Crowley (Christopher Retour vers le futur Lloyd) vieillard acariâtre perclus de douleur, passant ses journées à danser avec sa femme dans les bals. Un personnage cachant une sorte de mystère et avec lequel John entretient une relation épisodique notamment pour des travaux d'entretien qu'il effectue pour eux.

Dans son déroulé, on pense fortement au récent The transfiguration de Michael O'Shea où on suivait déjà les errances d'un jeune adolescent dans une banlieue déshéritée américaine au milieu d'un drame se transformant par instant en film de vampire. Dans sa première partie, si le film tient la cadence notamment grâce aux personnages, il est néanmoins parsemé de quelques longueurs et de répétitions dans les actions du tueur suivi par John au milieu d'une ville endormie sous un hiver enneigé. Le métrage s'accélère dans la dernière bobine en apprenant la véritable nature de l'assassin surtout que John prend part à ses sorties nocturnes jusqu'à le provoquer comme s'il voulait enfin mettre à jouer ses véritables pulsions enfantines refoulées.

I'm not a serial killer se perçoit donc comme un drame familial au sein duquel le fantastique s'insinue progressivement jusqu'à un final presque grand-guignolesque de série B complètement en décalage avec le début et le ton du film. Une conclusion assez surprenante remettant en perspective l'histoire et l'empathie générée par les personnages.

 

3,5/6

 

REALIVE – Anticipation – France/Espagne – 2016 – Mateo Gil

En compétition

 

Pitch : Gravement malade, Marc n’a plus que deux ans à vivre. N’acceptant pas l’inéluctable, il décide de recourir à la cryogénie avant de se réveiller, soixante plus tard, dans un monde qui le dépasse…

 

Avant Realive, Mateo Gil avait réalisé quelques films dont l'énigmatique thriller Jeu de rôles ou le western Blackthorn, mais était surtout connu comme le scénariste d'Alejandro Amenabar avec Tesis, Mar adentro ou Agora. Une filmographie plutôt alléchante qui mettait en appétit avec cette coproduction franco-espagnole (déjà à l'origine d'Alone de Thierry Poiraud). Néanmoins, le résultat est en-deça des espoirs placés en lui.

Pourtant, on sent bien la qualité de l'écriture de Mateo Gil dans cette histoire de vie après la mort sur deux époques. Peut-être justement un peu trop écrite et didactique, Realive peine à convaincre sur la durée malgré un début prometteur où on suit Marc (Tom Hughes très bon dans son rôle) atteint d'une maladie incurable et qui décide de se faire cryogéniser pendant que son corps est encore en bonne santé. On le voit naître et grandir jusqu'à sa vie d'homme et d'amant notamment avec la très jolie Naomi (Oona Chaplin) qui a bien du mal à accepter l'inéluctable. Parallèlement à cette histoire, on retrouve Marc une soixante d'années plus tard en 2085 ramené à la vie (d'où le titre espagnol Proyecto Lazaro) dans un corps avec des tissus et des organes reconstitués grâce aux progrès de la technologie. Realive alterne alors les scènes entre les deux époques pour montrer comment Marc a pris cette décision.

Le film est une réflexion sur le deuil et sur la possibilité pour l'humanité d'accéder à la vie éternelle. Il se pose la question de revenir à la vie dans un corps qui n'est plus le sien, où tous ses proches ont disparu dans un environnement qui a forcément changé. Marc est une créature de Frankenstein moderne, recrée de toutes pièces pour être exposé au monde à l'image d'un monstre de foire. Mais ce retour à la vie a un prix. Ce Lazare sorti du néant n'est pas réellement autonome, il a des séquelles, est relié par un cordon ombilical à une machine, et est assisté par Elizabeth (Charlotte Le Bon) en infirmière en permanence à ses côtés. Très vite, Marc se pose des questions sur la pertinence de son existence et comprend que les meilleurs moments de sa vie étaient juste avant de mourir lorsqu'il jouissait du temps présent sans retenue.

Le problème du film est qu'il devient redondant dans son analyse de la situation et des pensées philosophiques qui le parsèment. A l'instar de Marc, le spectateur est perdu dans ses souvenirs au milieu d'un futur clinique, froid où les émotions semblent avoir disparu. Abreuvé d'images répétitives, on tourne en rond avec cet homme anachronique dont les réminiscences alternent avec une réalité futuriste dans un film qui se mue trop souvent en drame larmoyant. Certes, la situation est dramatique mais le scénariste de Mar adentro ne parvient pas à retrouver la subtilité et la grâce de ce dernier. Il convoque trop souvent ici les pleurs et Realive se noie dans une atmosphère plombante de fin du monde donnant envie d'en finir immédiatement.

Dommage car le propos était intéressant (sur la science et le devenir de l'humanité), soutenue par une mise en scène (surtout les séquences traitant de sa vie d'avant) et une photographie de qualité. Pourtant, le film s'avère long, trop bavard et explicatif pour générer une émotion artificiellement gonflée par les images tristes et les violons. Dépressifs s'abstenir.

 

3/6

 

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