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L'ENFANT MIROIR (The reflecting skin)


GENRE : Poésie macabre

REALISATEUR : Philip Ridley

ANNEE : 1990

PAYS : UK

BUDGET : ?

ACTEURS PRINCIPAUX : Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Jeremy Cooper...


RESUME : Dans l'Amérique rurale des années 50, un enfant rêveur et farceur, élevé par un père violent et une mère abusive, échafaude des hypothèses farfelues à propos des villageois qui l'entourent. Il est ainsi convaincu que la vieille dame qui vit seule sur le bord de la route est un vampire...


MON HUMBLE AVIS

Philip Ridley a été peu prolixe au cinéma. Malgré tout, ses trois réalisations sont mémorables à l'image de The darkly noon en 1996 et Heartless en 2009. L'enfant miroir est son 1er film réalisé en 1990 et recèle toutes les obsessions de son auteur. Amour, mystère et mort se côtoient dans un ballet onirique et tragique pour le plus grand bonheur du spectateur.

Dès sa 1ère scène, magnifique de beauté où les paysages de champs de blé se confondent avec l'horizon, le réalisateur donne le ton d'un film qui oscillera en permanence entre les genres pour créer une atmosphère tout à fait particulière de l'Amérique des campagnes des années 50. Au milieu d'un paysage plat, quelques fermes trônent comme des châteaux hantés où se terreraient des monstres ou des vampires. C'est ce que croit le petit Seth (Jérémy Cooper) obsédé par les créatures de la nuit. Il fait de sa voisine Dolphin (Lindsay Duncan) un vampire à cause du livre qui lit son père, de sa peau diaphane et de ses petites lunettes pour se protéger du soleil.

Mais les rêveries de Seth sont un prétexte à développer des thématiques bien plus tragiques. Vu à hauteur d'enfant, la réalité est déformée par des explications fantastiques comme si Seth ne voulait pas voir l'indicible. Dans cette Amérique pudibonde et repliée sur elle-même, L'enfant miroir évoque la pédophilie au travers de cette voiture noire traversant les routes sableuses, telle un corbillard où s'engouffrent les enfants pour ne jamais revenir. Même le père de Seth est accusé de déviance et d'homosexualité par une population qui ne cherche que des boucs émissaires pour se venger. L'enfant miroir est un film sur le douloureux passage de l'enfance à l'âge adulte. Au fond, Seth s'invente des histoires parce qu'il ne veut pas grandir.

Dans cette folie ambiante, le retour du frère de Seth, Cameron (juvénile Viggo Aragorn Mortensen), pourrait être vu comme une bouffée d'oxygène. Or, son destin est aussi scellé par les bombes nucléaires qu'il a côtoyé de trop près. Avec subtilité, le réalisateur évoque les désastres de l'atome grâce aux yeux de Seth qui pense que son frère dépérit à cause de la femme vampire avec laquelle il commence une relation. Comme une tragédie Shakespearienne, il n'y a pas d'échappatoire à l'instar de ce lieu battu par les vents ressemblant à un enfer sur Terre.

L'enfant miroir est aussi une merveille visuelle. Chaque plan (à l'image de la fin du film) est un tableau où les couleurs ocres du blé s'insèrent à l'écran avec une précision et une beauté ciselée par son auteur véritable artiste de l'image. Philip Ridley dira qu'il s'est inspiré des Moissons du ciel de Terrence Malick pour la conception des paysages. Il évoquera aussi La nuit du chasseur et un David Lynch auquel il emprunte la façon déformée de parler de sujets graves.

Porté par une musique extraordinaire de Nick Bicât, L'enfant miroir est un grand film, une poésie macabre qu'il est impératif de découvrir ou de revoir pour apprécier la qualité du travail d'un Philip Ridley peu présent sur les écrans et qui manque au cinéma.


Note : 5 / 6

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