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LOGAN

 

GENRE : Le dernier X-Men

REALISATEUR : James Mangold

ANNEE : 2017

PAYS : USA

BUDGET : 127 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Daphne Keen...

 

RESUME : Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

 

MON HUMBLE AVIS

On aurait pu croire que la firme Marvel allait enchaîner les gros films de super-héros et de mutants jusqu’à plus soif (ce qui est foncièrement sa destinée), néanmoins Logan, au travers du distributeur 20th Century Fox, s'avère une respiration dans le monde du blockbuster pétaradant avec ce spin-off de X-Men centré une nouvelle fois sur le personnage de Wolverine. Avec au fond le même résultat que pour Rogue one et Star wars, une liberté de ton et une approche plus personnelle face à une franchise omnibus. Que ce soit Marvel ou DC Comics, les super-héros sont désormais rentrés dans une ère plus mature et sombre.

Cette deuxième séquelle débute presque comme un post-apo proche d’une zone frontalière avec le Mexique où on retrouve un ersatz de Wolverine (Hugh Jackman) dans une situation de conflit habituelle. Sauf qu'ici il n'est plus que Logan, un homme qui a vieilli et a du mal à éliminer de simples adversaires. Cette première scène illustre bien la tonalité du film. Epuré de toute figure héroïque, Logan sera sobre, à l'image de l'apparition du titre du film sans tambour ni drapeau. Un long-métrage sur l'homme et pas sur son nom d'emprunt héroïque. Parce qu'il n'a plus rien de fantastique, il est devenu chauffeur de limousine pour jeunes en goguette, voire bourrés, dans l'Amérique de 2030 finalement pas si éloignée de celle d'aujourd’hui.

Même si Wolverine a toujours été un marginal, Logan est devenu un simple humain vieillissant, malade et alcoolique, récupérant des médicaments en loucedé pour soigner son vieux mentor, le Professeur Charles Xavier (Patrick Stewart) nonagénaire aux frontières de la folie. Caché et surveillé par Logan et un albinos (Calliban), Xavier semble avoir sombré dans la sénilité et doit prendre un traitement pour éviter que sa puissance mentale n’explose et détruise tout autour de lui. Une longue scène de dialogue montre ainsi la déchéance de ces deux personnages aux antipodes de l'imagerie héroïque habituelle. C'est ce qui va caractériser tout le film, montrer d'anciens mutants dotés de pouvoirs dans un état déclinant comme de vieilles reliques pourtant toujours capables d’être vénérées.

A ce petit jeu, Hugh Jackman est remarquable. Il trouve là un de ses meilleurs rôles (avec Prisoners). Débarrassé de ses oripeaux d’X’Men en collant jaune, Jackman campe enfin un personnage à sa mesure où son allure décatie et souffreteuse, sous sa barbe poivre et sel, fait de lui un être cassé et boiteux. Il chaloupe toujours sa carrure impressionnante en traînant une patte comme si son passé ressemblait à un boulet éternel. C'est dans ce contexte, nous renvoyant par instant à un cousin de Mad Max, que Logan se retrouve à jouer les pères de substitution en chaperonnant la petite Laura (La révélation Daphne Keen), elle aussi dotée de pouvoirs extraordinaires et pourchassée par toute une clique de méchants de service surtout là pour servir de chair à griffes acérées.

Au-delà des scènes d'action inhérentes à ce genre de projet, Logan est avant tout un drame intimiste confrontant un être au crépuscule de sa vie à un vieil homme grabataire et une enfant. Parce qu'il a toujours eu des soucis avec les gens qu’il aime, cet ancien héros rattrape le temps perdu en partant sur les routes comme si le film se transformait en road-movie. Certes, on n'est pas dans Little miss sunchine, mais l'humanité des personnages n'a jamais été aussi présente dans un tel projet avec une crédibilité si palpable. La photographie ne s’imprègne plus de couleurs vives mais prend des contours plus ternes et ocres à l'instar des paysages désertiques ou forestiers devenant le théâtre des illusions perdues sur l'héroïsme, ancien étendard de réussite. Le film interroge ainsi le statut du super-héros dont le destin serait de devenir un monstre pourchassé au détriment d’une vie ordinaire faite de petits bonheurs comme partager un repas en famille.

James Mangold (déjà réalisateur de la suite de Wolverine) insuffle à son métrage une bouffée de nostalgie et une iconographie un peu surannée de vieux western hollywoodien. Il y a cette scène où Xavier et Laura regardent L'homme des vallées perdues de George Stevens, devenant presque un chaînon manquant entre les générations et un vecteur de valeur sur la vie, dont même un dialogue sera repris plus tard. Logan est ainsi tourné comme un western à l’ancienne (Mangold a réalisé le remake de 3h10 pour Yuma) avec ses codes (la confrontation avec les exploitants de maïs) et sa figure légendaire et griffue au milieu, faisant penser par moment à une résurgence de John Wayne sur la fin de sa carrière. Le réalisateur oppose ici deux mondes, l'un disparu et l'autre en passe de l'être où il mélange les genres jusqu’au polar crépusculaire. Le personnage de Logan se rapproche ainsi de celui de Stallone dans Copland du même réalisateur.

L'autre caractéristique de ce film très iconoclaste, c'est sa brutalité extrême et rarement atteinte dans un blockbuster (une classification R voulue par Mangold et Jackman). A l'image des exactions sanglantes dans Deadpool (l'humour en moins), le métrage ne fait pas dans la demi-mesure et les membres sont sectionnées, les corps éventrés et les têtes explosées à coups de flingues ou de griffes du héros. Une posture d'autant plus intéressante que les enfants eux-mêmes, de par leur qualité de mutants, participent aux combats dans une violence graphique à souligner (une référence encore westernienne à Peckinpah ?) qui renforce également le réalisme des situations et le contexte politique émanant du film. En filigrane, Logan évoque les problèmes d'immigration et de remplacement des humains par les machines, de mutations génétiques et même d'écologie dépeignant un futur proche très crédible et peu reluisant. Il prône, d'un certain côté, une vision passéiste (on pourrait même penser que c’est une charge contre le cinéma hollywoodien actuel) et une nostalgie prégnante notamment au travers des Comics papier apparaissant comme une chimère oubliée et révolue.

Empreint d'une mélancolie permanente, Logan fonctionne du début à la fin grâce à un scénario solide, une véritable caractérisation des personnages où les scénaristes prennent le temps de tisser des relations complexes entre eux. On préfère d'ailleurs ces séquences plus intimes aux scènes d'action certes agréables (les méchants ne sont pas assez charismatiques à mon sens) mais quelquefois illisibles mais toujours ultra-violentes. James Mangold fait le job sans fioriture ce qui permet de mettre l'accent sur les acteurs jusqu’à un climax très réussi même s’il est amené peut-être un peu trop rapidement. Une dernière bobine parvenant à concilier le suspense et l'émotion sans jamais en faire trop pour refermer définitivement les griffes de la plus belle des façons.

 

4,5/6

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Commentaires : 12
  • #1

    Rigs Mordo (mardi, 14 mars 2017 19:55)

    Encore une grande chro du Roggy. Je peux rien dire sur le film, pas vu, j'attendrai le DVD patiemment, mais bravo pour ce texte mec !

  • #2

    Roggy (mardi, 14 mars 2017 19:56)

    Merci beaucoup Rigs. J'espère que le film te plaira !

  • #3

    princécranoir (mardi, 14 mars 2017 21:07)

    Super texte pour un film qui le mérite !
    J'aime bien cette idée du "Duke" Jackman emmenant son personnage vers son crépuscule. Il faut dire que Mangold a toujours eu à cœur de rendre son mutant régénérant plus vulnérable que jamais (devenu mortel au pays des samouraïs). Très belle idée forte également que tu as trouvée chez Peckinpah, à savoir cette sauvagerie des enfants héritée des adultes, ces héros insoumis de leur temps. A "la horde sauvage" (décidément un western séminal comme peu d'autres) il marche également sur cette frontière mouvante entre les good guys et les bad guys, entre le bon et le mauvais côté de la loi.
    UNe manière sans doute pour Mangold de détourner le film d'Entertainment pour y glisser en loucedé un inattendu couplet politique. Habile le Mangold

  • #4

    Roggy (mardi, 14 mars 2017 21:15)

    Merci pour ton commentaire. Je pense en effet que Mangold s'est fait plaisir avec "Logan" en fustigeant le formatage des films actuels et notamment des blockbusters américains. C'est ce qu'on peut lire d'ailleurs dans ses interviews.

  • #5

    Alice In Oliver (mercredi, 15 mars 2017 10:35)

    Vu hier après midi et très surpris par la qualité de ce Logan, étrangement mature et qui puise ses principales ressources (comme tu le soulignes) dans les grands westerns hollywoodiens

  • #6

    Roggy (mercredi, 15 mars 2017 13:53)

    C'est ce qui frappe effectivement, surtout quand on le compare aux autres productions actuelles.

  • #7

    tinalakiller (lundi, 20 mars 2017 21:50)

    Décidément, Logan a la côte... Ne connaissant que dalle aux X-Men (même si visiblement ce n'est pas gênant d'après mes copains blogueurs), je vais tout de même pas aller le voir au cinéma mais je le découvrirai certainement dans l'année.

  • #8

    titi70 (mardi, 21 mars 2017 16:15)

    Le film sera projeté à partir de demain dans mon cinéma, donc, j'irais voir ça de plus prêt. J'avoue que, n'ayant pas aimé Wolverine : le Combat De L'immortel, j'ai tout de même quelques craintes.

  • #9

    Roggy (mardi, 21 mars 2017 16:58)

    A tinalakiller,
    Le film peut se visionner sans connaître l'univers dont il est originaire. C'est aussi la force du film, se voir comme un segment unique.

  • #10

    Roggy (mardi, 21 mars 2017 17:01)

    A titi70,
    Si je peux te rassurer, "Logan" est bien différent de "Wolverine : le Combat De L'immortel" sur la tonalité et l'approche de personnages super-héroïques.

  • #11

    Mr Vladdy (dimanche, 02 avril 2017 17:39)

    Je suis content que Jackman s'arrête sur ce volet efficace, classe et qui démontre que l'on peut traité le thème du super héros avec une vision différente.

  • #12

    Roggy (dimanche, 02 avril 2017 19:44)

    Totalement d'accord avec toi. Savoir s'arrêter de cette manière-là, c'est vraiment la classe.