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OF UNKNOWN ORIGIN

 

GENRE : Le rat de Manhattan

REALISATEUR : George Pan Cosmatos

ANNEE : 1983

PAYS : Canada

BUDGET : 4 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Peter Weller, 

Jennifer Dale, Lawrence Dane...

 

 

RESUME : Propriétaire d’une somptueuse demeure, mari d’une femme qui l’est tout autant et père comblé, Bart vit un rêve. Un rêve qui se transforme en cauchemar lorsque un rat décide de venir perturber cette existence paisible. Un animal redoutable et tenace qui pousse l’homme dans ses derniers retranchements. Au point de lui faire perdre la raison…

 

MON HUMBLE AVIS

Dans l’œuvre de George Pan Cosmatos, Of Unknown origin (Terreur à domicile en VF) constitue une parenthèse inattendue et quelque peu exotique au milieu d’une filmographie assez hétéroclite dans les genres abordés et sentant surtout la poudre, les flingues et les dessous de bras, comme le montrent par exemple certains titres, Le pont de Cassandra, Rambo 2 ou Cobra. Un trio musclé auquel on pourrait ajouter le western hard-boiled Tombstone et l’excellent film d’horreur sous les mers Leviathan. Une filmo solide dont ce Of Unknown origin n’apparaît pas comme le plus célèbre des long-métrages mais qui mérite vraiment d’être visionné.

En effet, Of Unknown origin se distingue par sa propension à traiter un sujet simple, l’affrontement d’un homme et d’un animal, dans un lieu quasi unique. Pourtant, le film dépasse ce postulat classique et sous-genre "d’attaques animales" pour aller frayer vers les contrées tortueuses et perverses de la psyché humaine. Il relate surtout la descente aux enfers d’un homme, en l’occurrence Bart Hugues (Peter Weller, quelques années avant qu’il ne revête l’armure métallique de Robocop), cadre dynamique stressé face à une insignifiante créature en apparence, et fait remonter à la surface les relents acerbes contre la société de consommation Reganienne de ce début des années 80. Ce n’est pas pour rien si Cosmatos prend le temps de caractériser son personnage dans son quotidien et sa vie au bureau, se confondant au point que l’irruption d’un rat perturbe la belle dynamique.

Bart est pourtant un modèle de réussite alors que, paradoxalement, il vit dans un immeuble d’un autre temps en plein cœur de Manhattan. Une sorte de château anachronique dont le rat serait le fantôme transitoire d’une époque révolue. Un ultime gardien cherchant à faire-valoir son bien et sa présence dans ce lieu désuet s'inscrivant au milieu des tours. Un hôte qu’on ne verra dès le départ qu’en caméra subjective, observant Bart et sa famille à l’instar d’un home invasion de l’intérieur. Laissé seul par les siens le temps d’un voyage, Bart va subir les assauts de son colocataire aux dents pointus. Au départ, de petits bruits et quelques vols de nourriture mettront la puce à l’oreille d’un Bart plutôt enjoué par la situation. Celle-ci dégénère néanmoins à mesure où la créature dévoile ses ambitions tandis que le réalisateur insiste sur l’anatomie du rongeur pour le faire ressembler à un monstre gigantesque.

Il faut dire que notre petit ami des villes est plus rusé qu’un renard solitaire. Se déplaçant dans les interstices de la maison comme dans un labyrinthe, le rat invente chaque jour de nouveaux subterfuges dans une gradation dramatique dont un chat vadrouilleur, engagé comme cerbère naturel, fera notamment les frais. Et ce gros rat, à l’intelligence hors du commun, a plus d’un tour dans son sac comme s’il s’était focalisé sur le malheur de Bart. A ce petit jeu du chat et de la souris, l’homme tombe dans la folie et son combat quotidien devient une obsession ayant des conséquences sur sa vie générale. A l’image de cette excellente scène où, lors d’un repas avec ses collègues, il énumère les méfaits des rongeurs dans l’histoire à grands renforts de chiffres et de descriptions, pendant que le réalisateur cadre les bouches des convives dévorant un poulet transformé symboliquement en cousin de la bestiole aux petites oreilles.

S’engagent alors un affrontement quotidien entre les deux opposants où le rat commence par déchirer des papiers, détruire les pièges sommaires installés par notre homme trop confiant, jusqu’à lacérer les fils électriques et faire péter les plombs à un Bart oppressé de tous les côtés. Parce que dans son boulot, on lui met aussi la pression pour réussir et la frontière entre ses deux mondes diamétralement opposés semblent de plus en plus ténue, comme si Bart revivait chez lui les attentes professionnelles. Un va-et-vient entre les deux primordial pour expliquer le changement d’humeur de ce dernier. De fait, Bart est sur le qui-vive permanent (même aller pisser est dangereux et ressemble à un hommage à Ghoulies...), dort dans un hamac et perd toute notion du réel et du temps. Une situation presque inversée comme si Bart était devenu une souris de laboratoire et symbolisée par la miniature de la maison située au sous-sol où le rat se réfugie.

D’un affrontement simple homme-animal, repris en arrière-fond par les images à la télévision du Vieil homme et la mer, le film se transforme en un Survival brutal. Reclus dans sa folie destructrice, Bart n’est plus que la face cachée de lui-même, obsédé par le fait d’annihiler son ennemi intime, détruisant sa maison et sa raison un peu plus tous les jours. Presque revenu à un état primal, le cadre perd ses oripeaux d’humanité sociale en s’arnachant à l’image d’un gladiateur dans un post-apo et en façonnant un gourdin composé d’armes contondantes et de clous, pour un duel violent en guise de climax au milieu d’une maison muée en champs de bataille, où tous les coups de griffes et les morsures sont permis. Le col blanc se tache alors du sang de sa vengeance à mesure qu’il démolit sa demeure dans ce combat aux confins du réel. Of Unknown origin est donc une réussite, à la fois divertissant et réflexif, flirtant avec le fantastique, embrassant les thématiques du film de monstres ou d’épouvante, et pouvant s’apprécier à plusieurs niveaux de lecture.

 

4,5 /6

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Commentaires: 12
  • #1

    Rigs Mordo (mercredi, 04 mai 2016 19:48)

    Eh ben tu sais fêter un annif toi, enfin, plutôt un pallier. Quelle chro, l'ami, elle tue (et je me suis reconnu, en effet! Merci pour le clin d'oeil!) et tu as vu bien des choses que j'avais loupées et qui me paraissent une évidence désormais. Donc chapeau bas l'artiste, t'assure! On repart pour 500 chro ? :)

  • #2

    Roggy (mercredi, 04 mai 2016 20:09)

    Merci l'ami pour ton sympathique commentaire. J'essaie de faire de mon mieux même si ce n'est pas toujours facile d'être inspiré. La petite dédicace n'était pas difficile à trouver mais je vois que tu suis, c'est bien :)

  • #3

    Alice In Oliver (jeudi, 05 mai 2016 11:12)

    Félicitation pour cette (déjà) 500e chronique. Je n'ai pas vu OF UNKNOWN ORIGIN, mais le scénario est intéressant. C'est juste le réal qui me fait un peu peur...

  • #4

    Roggy (jeudi, 05 mai 2016 11:23)

    Merci beaucoup pour ton commentaire. Et le film mérite que tu le regardes même si tu n'es pas fan du réalisateur. C'est un long-métrage de qualité avec un sous-texte qui n'existe pas toujours dans le cinéma de Cosmatos.

  • #5

    tinalakiller (vendredi, 06 mai 2016 15:38)

    Je n'ai pas vu ce film (je n'en avais pas entendu parler avant de lire ton billet) mais moi aussi je te félicite pour ta 500e chronique !! :D

  • #6

    Roggy (vendredi, 06 mai 2016 18:30)

    Merci beaucoup Tina et, comme pour les autres, je te conseille ce film :)

  • #7

    princécranoir (samedi, 07 mai 2016 15:54)

    Et moi qui ne voyait en Cosmatos qu'un gros réal bourrin tout juste bon à dézinguer du viet et du russkof à la mitrailleuse lourde ou au couteau de survie ! C'est une sacré découverte que tu me (nous) fais partager dans ton texte superbement rédigé. Je vais désormais y regarder à deux fois avant de bouder la signature de Cosmatos dans les bacs de DVD.

  • #8

    Roggy (samedi, 07 mai 2016 16:45)

    La subtilité n'est pas le maître mot du sieur Georges avec des films bien burnés. Néanmoins, ce "Of Unknown origin" tranche dans sa filmographie et mérite que tu t'y attardes quelque peu. Merci Prince pour ton commentaire et tes passages fréquents sur mon site :)

  • #9

    ChonchonAelezig (mardi, 10 mai 2016 11:06)

    Bravo pour la 500e... et voilà un film dont je n'avais jamais entendu parler !

  • #10

    Roggy (mardi, 10 mai 2016 21:44)

    Merci et il n'est jamais trop tard pour découvrir de nouveaux films :)

  • #11

    Kapalsky (dimanche, 15 mai 2016 10:04)

    500 films, chapeau! Et aussi, sympathique découverte filmique qu tu nous offres là! C'est vrai que la filmo de Cosmatos, qui en plus d'être correcte, mérite d'être plus connue!

  • #12

    Roggy (lundi, 16 mai 2016 16:51)

    Merci l'ami pour ton passage chez moi, et si je t'ai fait découvrir un film, c'es tant mieux :)