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NIGHTCALL (NIGHTCRAWLER)


GENRE : Drive me to hell

REALISATEUR : Dan Gilroy

ANNEE : 2014

PAYS : USA

BUDGET : 8 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed...


RESUME : Lou Bloom est un chômeur à Los Angeles qui gagne de l'argent en revendant des métaux volés. Une nuit, il assiste à un accident de la route et après avoir vu les caméras de télévision venues filmer la scène, il décide de se lancer lui aussi dans la réalisation de vidéos. Branché sur les fréquences radios de la police, il parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n'aura aucune limite...


MON HUMBLE AVIS

Dan Gilroy est à la base un scénariste qui passe pour la 1ère fois à la réalisation avec ce film. On lui doit notamment le thriller de SF Freekjack de Geoff Murphy en 1992, et Jason Bourne : Legacy, réalisé par son frère Tony Gilroy. Il s’attaque ici à un sujet beaucoup plus polémique sur le monde des médias et de leur impact sur les citoyens.

Nightcrawler, le titre anglais, est certainement mieux adapté au film parce qu’il décrit bien l’état d’esprit du héros qui s’immisce au cœur des événements tragiques tel un ver de terre rampant pour obtenir le meilleur angle de vue. Une connotation négative qui sied bien au personnage de Lou Bloom campé par un Jake Gyllenhaal (Donnie Darko, Enemy) amaigri, dont seuls ses deux yeux clairs ressortent de son visage émacié comme les éclairages de sa caméra. L’acteur livre encore ici une prestation de haut vol, à double facette, tout autant capable d’inspirer la peur que de manipuler ses interlocuteurs. Dès la 1ère scène, le réalisateur choisit son camp en nous présentant Lou comme un être agressif, sans limite et surtout prêt à tout pour arriver à ses fins. Un anti-héros qu’on ne pourra pas apprécier.

Dans un premier temps, Lou Bloom pénètre le monde des médias en analysant les comportements de tous les acteurs et en les plagiant comme un enfant qui apprend un nouveau langage. Doué, comprenant vite, il bascule rapidement dans un monde sans morale où le plus fort se nourrit sur le dos de la bête plus faible (le capitalisme ?). Il intègre un monde de prédateurs, ce qu’il est déjà, pour en tirer un profit conséquent. Nightcall est donc une charge frontale contre l’industrie des médias utilisant le spectaculaire pour faire de l’audience, notamment en stigmatisant les chaînes d’informations en continu qui se nourrissent d’images comme un vampire du sang de ses victimes. Mais, la satire ne s’arrête pas là puisqu’elle s’étend à tout un système organisé qui contribue à alimenter la peur auprès des citoyens, comme si le but ultime était d’accrocher les spectateurs en titillant au plus profond leurs peurs primales, c’est-à-dire l’autre. Comme le répète la directrice des programmes de la chaîne (René Russo), il faut que les victimes soient blanches dans des lieux sécurités et agressées par des minorités visibles. Un discours discriminatoire assumé qui montre bien l’ambiance particulière et récurrente aux USA en entretenant un climat de défiance entre les communautés.

Formellement, le film renvoie à Drive de Nicolas Winding Refn pour les pérégrinations urbaines nocturnes de ces paparazzis du morbide. Un voyage dans un L.A. aux teintes rouges, orangés dévoilant l’envers du décor du monde des paillettes hollywoodiennes. Sur le même sujet, Charles de Laurizika avait réalisé Crave en 2011, où un photographe de scènes de crimes devient presque paranoïaque et sombre dans la folie à cause de son travail. Entre fascination morbide et morale, Lou Bloom a définitivement choisi de s’approcher au plus près de l’action, des cadavres car, plus son scoop sera sanglant, et mieux il sera rémunéré. On se retrouve alors au plus près de l’action, devenant à notre tour des voyeurs et on se pose la question de savoir où commence et où s’arrêter le droit à l’information.

Dans la dernière partie, la tension monte avec un ultime meurtre dans une villa cossue. C’est le moment où Nightcall se pare des atours du thriller et accroche le spectateur sur son siège entre course-poursuite et fusillade réaliste pour un final tragique et cynique, à l’image de ce film qui constitue une œuvre définitivement politique.


NOTE: 4 / 6

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Commentaires: 23
  • #1

    Rigs Mordo (vendredi, 05 décembre 2014 21:33)

    J'ai vu le trailer à la TV mais ça vendait pas trop le truc, et comme j'avais rien lu dessus c'est ici que j'en apprends le plus! Et je dois dire que tu m'as bien donné envie, il faudra que je choppe ça, j'aime bien les films aux virées nocturnes... Encore du boulot qui tue, Roggy!

  • #2

    laseancearoggy (vendredi, 05 décembre 2014 21:40)

    Merci Rigs. Si tu aimes les films urbains, tu ne devrais pas être dépaysé par cette aventure. D'ailleurs pour plus d'infos, je te renvoie à la chronique de notre ami Princécranoir, très réussie : http://princecranoir.mabulle.com/index.php/2014/12/03/207237-night-call

  • #3

    Rigs Mordo (vendredi, 05 décembre 2014 21:48)

    Ah merci, j'irai la lire! :)

  • #4

    Princécranoir (samedi, 06 décembre 2014 17:13)

    Formellement, tu as raison, le film suce la roue de "Drive", sans conserver conserver l'ambiance mélancolique et crépusculaire. On peut y voir un argument marketing de la production (qui confine chez nous à l'abus en transformant "Nightcrawler" en ""Night Call", titre de Kavinsky qui servait de bande-son référence au film de Refn) mais pas seulement. Je repense à ce moment, au début du film, où Lou au volant de sa vieille guimbarde est attiré par les lumières d'un hall de chez Chevrolet : pure instinct de consommateur, l'envie de posséder une voiture qui va vite et qui en met plein la vue. Pas très discret en revanche pour les planques (un petit accroc à la vraisemblance). ça justifiera aussi de très belles poursuites urbaines. Par contre, quelle score affreusement mal utilisé !

    Et au fait, merci pour la pub ;)

  • #5

    ingloriuscritik (samedi, 06 décembre 2014 18:04)

    j'avais de bons aprioris sur ce film , surtout pour un Jake Gyllenhaal qui décidement confirme après enemy et prisonners qu'il appartient a la génération de ces acteurs qui portent leurs films et non le contraire ; encore un excellent papier qui m'excite encore plus la glande de la motivation pour courir le voir malgré un temps de chien (en mode chien mouillé donc...) .merci roggy .du coup je vais sur le lien que tu as mis de Princécranoir .

  • #6

    laseancearoggy (samedi, 06 décembre 2014 18:51)

    A Princécranoir,
    On pense forcément au lien avec "Drive" sans que ce soit non plus un copié-collé. Je suis d'accord sur la musique qui est moins intéressante que chez Refn. Pas de score marquant en effet. J'ai particulièrement aimé la fin du film qui le fait vaciller dans le tragique.

  • #7

    laseancearoggy (samedi, 06 décembre 2014 18:54)

    A Ingloriouscritik,
    Merci pour ton commentaire, et justement comme il ne fait pas beau, il faut aller au cinéma ! :)

  • #8

    jomamaal (dimanche, 07 décembre 2014 11:57)

    oui, beaucoup de référence à Drive (l'affiche, le titre, les virées nocturnes) mais ça s'arrête là. On ne peut pas s'attacher aux personnages froids, manipulateurs.J'ai adoré les principes de management évoqués dans le film, ça fait peur ;-)

  • #9

    laseancearoggy (dimanche, 07 décembre 2014 14:11)

    Comme tu le dis, les personnages sont antipathiques et je pense que c'est fait exprès. Bien d'accord aussi sur la manipulation qui règne en permanence dans les médias mais aussi entre Lou et Rick. Un monde de faux-semblants...

  • #10

    Dirty Max 666 (dimanche, 07 décembre 2014 18:26)

    Je viens de voir ce film aujourd'hui et je le classe sans problème dans mon top 10 de l'année (qui a encore un peu de mal à se constituer, d'ailleurs...). Pour ma part, je trouve que "Nightcrawler" (titre original bien meilleur, comme tu le soulignes; en plus, c'est aussi une chanson de Judas Priest !) n'a pas grand chose à voir avec "Drive", même si le décor urbain et nocturne peut y faire penser (les deux films ont en fait la même source d'inspiration esthétique : Michael Mann). "Nightcrawler" n'a rien de romantique, c'est un film effrayant, dérangeant, noirissime. La critique des médias est aussi féroce et éloquente que celle du "Network" de Lumet. Maintenant, je sais pourquoi le JT d'M6 me fait toujours gerber...Quant à Gyllenhaal, il est parfait en psychopathe arriviste, quel putain d'acteur. Et quelle putain de critique, Roggy !

  • #11

    laseancearoggy (dimanche, 07 décembre 2014 20:20)

    Tu as raison, j'aurai pu citer le film "Network", et je pense quand même que, visuellement, il y a un petit côté "Drive" notamment pour l'esthétique de ce "Nightcrawler" (je pense que la traduction en Nightcall est justement là pour rappeler "Drive"...). En tout cas, merci pour ton putain de commentaires Max !

  • #12

    moskau (lundi, 08 décembre 2014 13:00)

    Pas encore vu, mais le film me tente bien. Et puis Gyllenhaal a l'air juste...flippant !

  • #13

    laseancearoggy (lundi, 08 décembre 2014 18:30)

    Tu as bien résumé la situation, Jake Gyllenhaal est un acteur caméléon qui montre qu'il est capable de passer de la peur à l'empathie. Le film est à voir au moins pour lui.

  • #14

    Mr Vladdy (lundi, 08 décembre 2014 20:20)

    Esthétiquement un beau film pour un fond que j'ai trouvé très intéressant :-)

  • #15

    laseancearoggy (lundi, 08 décembre 2014 20:23)

    Je ne peux qu'être d'accord avec toi sur ce film différent de ce que l'on voit actuellement. Ca change des productions formatées.

  • #16

    2flicsamiami (mardi, 16 décembre 2014 18:08)

    Tu sais déjà ce que je pense de ce film, non dépourvu d'un certain intérêt quand on gratte un peu le vernis caricatural qui le recouvre.
    Sinon, il y a un point que tu soulignes dans ta chronique et qui, après coup, me parle beaucoup, c'est le côté "singe savant" du personnage principal, qui imite le monde à défaut d'y trouver sa place. C'est quelque chose que j'avais un peu écarté lorsque j'ai analysé la réception que j'ai fait de ce film, et que tu viens, ici, me rappeler.

  • #17

    laseancearoggy (mardi, 16 décembre 2014 18:23)

    C'est un aspect qui m'a marqué, son mimétisme avec les paparazzi, les méthodes pour filmer jusque dans sa façon de négocier ses vidéos. Je pense que le film est riche de plusieurs lectures et c'est ce qui le rend si intéressant.

  • #18

    Kapalsky (lundi, 22 décembre 2014 20:06)

    Très chouette critique, par ailleurs, merci pour la recommandation du film "Crave", il a l'air aussi joyeusement sombre que le métrage de Gilroy!

  • #19

    laseancearoggy (vendredi, 26 décembre 2014 18:48)

    Mais de rien. Merci pour ton commentaire et ton passage. "Crave" est quand même plus cheap et moins réussi que "Nightcall".

  • #20

    Dreampunk (mardi, 27 janvier 2015 20:23)

    "il bascule rapidement dans un monde sans morale" ?

    Lou est un sociopathe qui embrasse totalement cet univers morbide justement parce qu'il peut se livrer à un voyeurisme pervers sans avoir aucun état d'âme, oui !
    C'est un malade mental qui pourrait basculer dans le meurtre n'importe quand et qui se plaît à jouer dans un milieu où l'éthique morale est basse, limite inexistante, et où il sera forcément vainqueur parce qu'il n'en possède aucune lui-même.

    Perso j'ai pas du tout vu le rapport avec Drive, en-dehors de l'affiche qui est un truc marketing sans rapport avec le réalisateur / scénariste. Par contre il m'évoquait un peu plus le diptyque Taxi Driver / A Tombeau Ouvert de Scorsese qui explorait une faune urbaine nocturne et motorisé.

  • #21

    laseancearoggy (mardi, 27 janvier 2015 20:28)

    Je suis d'accord avec toi sur sa maladie mentale. C'est effectivement un sociopathe, fou à lier et sa bascule aurait pu arriver n'importe quand. Concernant "Drive", les similitudes viennent, me semble-t-il, du traitement de la ville dans l'image et de ses déambulations nocturnes. D'accord aussi sur le rapport à "Taxi driver".

  • #22

    Moskau (samedi, 18 avril 2015 16:07)

    Vraiment pas mal. Bonne mise en scène, belle photographie, Gyllenhaal parfait. Moins convaincu par la satire.

  • #23

    Roggy (mardi, 21 avril 2015 19:18)

    La satire est peut-être un peu grossière mais elle me semble bien vue dans la réflexion globale du film. Sans parler de la performance d'acteur.