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Vendredi 21 juin 2018

 

Soirée Ozploitation

 

L'arrivée de l'été s'est concrétisée à la Cinémathèque avec cette soirée consacrée au cinéma australien et plus précisément à la Ozploitation, un genre foisonnant à l'origine de l'émergence de quelques perles et de nouveaux réalisateurs. Au programme, Fair Game de Mario Andreacchio en 1986 et Long Weekend de Colin Eggleston en 1978. Deux longs-métrages différents sur le papier mais avec une thématique similaire ancrée autour de la protection de l'environnement. Deux films où les kangourous prennent chers et les rednecks se baladent en pick-up dans les zones désertiques du bush australien.

 

 

Fair Game – Australie – 1986 - Mario Andreacchio

 

Pitch : Au fin fonds de l'outback australien, des chasseurs de kangourous s'en prennent à une jeune femme qui garde un sanctuaire pour animaux. Sa vengeance sera terrible.

 

Le scénario de Rob George n'y va pas par quatre chemins. Dès la séquence d'ouverture, le ton est donné avec ce 4x4 customisé pour chasser la nuit et trois furieux de la gâchette qui dégomment des kangourous. On se croirait presque dans Sorceress avec cet engin diabolique arpentant la campagne, les phares déchirant la nuit comme un monstre sorti des enfers. Fair Game sera donc une série B punchy et bien mise en image par la caméra de Mario Andreacchio (The dragon pearl), et ce malgré une musique omniprésente et souvent insupportable. Le script esquisse à gros trait les trois bouseux australiens, emmené par leur chef un peu plus évolué Sunny (Peter Ford, apparu dans Mad Max), présentés comme des abrutis qui font peur à la belle Jessica (Cassandra Delaney) lors d'une poursuite mécanique que n'aurait pas renié un certain George Miller.

Rapidement, le film se transforme en un survival (avant de presque bifurquer sur les ornières du "rape and revenge") assez captivant où le jeu du chat et de la souris monte crescendo avant d'arriver à une dernière bobine plus enlevée et tragique. Il faut dire que Jessica, seule dans ces espaces abandonnés, est une proie facile et désirable sous un soleil de plomb et des tenues laissant dévoiler ses courbes affriolantes. Mais Jessie est plutôt du genre dure à cuire et surmonte ses peurs pour se venger régulièrement de ses trois Stooges armés et faire monter la sauce du « œil pour œil, dent pour dent ». Bref, Fair Game s'en va chasser sur les terres du thriller avec cette suite de séquences spectaculaires et bien shootées. Une partie de chasse à la femme où la donzelle rivalise d'ingéniosité et confectionne des traquenards dans sa maison telle une "Maman j'ai raté l'avion aussie" afin de se défendre.

Si l'écologie n'est pas le sujet principal (malgré son travail dans une réserve naturelle et le lien de Jessica avec son chien et son cheval), il est la toile de fond du long-métrage car les rednecks s'embarrassent peu de la faune locale et tirent sur tout ce qui bouge. Ils n'hésitent pas accrocher la jeune femme sur la carlingue du camion comme un trophée pour lui offrir une virée gratuite et terrifiante en plein désert les seins à l'air. Une image connue qui fait écho aux autres séquences très spectaculaires tournées pour un petit budget. Et cela fonctionne vraiment à l'écran. Jessica se transforme en une Sarah Connor punitive face à un Peter Ford, qui l'espace d'un regard, ressemble à si méprendre à Arnold Schwarzenegger. Aux frontières de Terminator peut-être, sans l'aspect fantastique pour cette petite série B bien bourrine mais de qualité qui remplit son office et s'avère efficace jusqu’au climax sanglant et explosif.

 

Long Weekend – Australie – 1978 - Colin Eggleston

 

Pitch : Un couple en crise décide de passer un week-end pour tenter de se réconcilier. Sur le lieu de leur campement, ils se sentent rapidement épiés et cèdent bientôt à la terreur....

 

Long Weekend est un film assez étrange dans son déroulé et son ambiance à la fois éthérée et inquiétante. Elle inonde l’écran par le biais d’une symbolique permanente obligeant le spectateur à se forger sa propre opinion tandis que le couple se déchire sans prendre véritablement la mesure de l’étau autour d’eux. Une menace prégnante mais presque invisible à l’écran seulement distillé par le comportement de certains animaux et leurs cris stridents. Des gémissements récurrents qui entretiennent un danger sourd capable de s’abattre à tout moment. Lâchés au milieu d’une nature a priori inoffensive, Peter (John Hargreaves) et Marcia (Briony Behets) s’immiscent dans un espace dévolu à la nature et aux animaux. Or, leur comportement va à l’encontre de cette vie sauvage (Peter écrase un kangourou, tire sur les animaux et Marcia balance la progéniture d’un aigle) et provoque un retour de bâton sous la forme d’une rébellion animalière comme si l’environnement se liguait contre cette invasion humaine.

Ce n’est pas la première fois que cette thématique est abordée (Day of the animals, Les bêtes féroces attaquent) mais le scénario d’Everett de Roche, à qui l’on doit une foultitude de scénars comme Harlequin, Link ou Razorbak (du beau linge), s’avère bien plus subtil et original, parsemé d’indices et de messages métaphoriques. Dès l’entame, la télévision fait état d’attaques d’oiseaux et la radio évoque les extraterrestres pendant leur périple. Il y a en fait deux récits parallèle dans le film. Long Weekend est profondément écologique et défend déjà à cette époque la pérennité de la nature. C’est aussi la désagrégation d’un couple suite à l’avortement de Marcia à cause d’un adultère. Ces deux histoires entremêlées se nourrissent l’une de l’autre car le mal-être des personnages est la conséquence de leur réaction épidermique. Et comment ne pas voir dans l’agonie du bébé dugong une similitude avec l’enfant perdu de la jeune femme ?, tandis que la maman dugong pleure son enfant depuis le fin fond des océans lors de longs pleurs déchirants et dérangeants pour Marcia.

Le travail sur le son est à ce titre particulièrement important tout comme la photographie afin d’instaurer un climat de béatitude et dangerosité. Colin Eggleston s’avère même avare en séquence d’action hormis quelques agressions animales, ce qui pourra provoquer certains bâillements au sein d’un film totalement atmosphérique où plane une menace rarement visible. Si le film n’ennuie pas, il faut néanmoins s’accrocher (la latence des situations fait partie de l’épreuve subie par les protagonistes) et profiter de séquences d’assauts par l’intermédiaire de bestioles dissimulées derrière une caméra subjective ou un cri. Par moments, le film flirte avec le fantastique, la voiture semble avoir emprunté un chemin labyrinthique comme dans un épisode de la Quatrième dimension avant de finir sa course contre une toile d’araignée géante. Et puis le petit dugong échoué sur la plage mais visiblement capable de se mouvoir telle une ultime bravade, écho à cette étrangeté prégnante.

Au final, on ressort un peu fourbu de la projection, éreinté à l’image du traitement subi par le couple dans ce film de vengeance par une nature rancunière. Perclus de longueurs sans doute nécessaires à l’histoire, le long-métrage est en même temps irrigué par de nombreuses thématiques, pas forcément immédiatement identifiables par le spectateur. Car, au-delà du discours écologique évident, Long Weekend évoque également l’implosion de deux êtres et par là-même de toute l’humanité, perdue dans ses certitudes et encline à l’autodestruction. La nature se chargera de leur rédemption.

 

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