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Vendredi 10 mai 2019

 

Soirée Joan Crawford

 

Dans le cadre de la rétrospective consacrée à l'actrice américaine Joan Crawford à la Cinémathèque, la soirée Bis du vendredi mettait en lumière ses deux derniers films. Le Cercle de sang (Berserk) de Jim O'Connolly en 1968 et surtout l'improbable Trog de Freddie Francis en 1970. Drôle d'endroit pour une ultime rencontre avec un troglodyte échappé des limbes de scénaristes patentés face à une star de cinéma en bout course, rongée par l'alcool et obligée de tourner pour l'argent. Sur sa fin de carrière et sous la houlette du producteur Hermann Cohen (Crimes au musée des horreurs), elle enchaîne deux films avec William Castle et ses deux ultimes productions anglaises comme un épilogue tragique à une carrière hollywoodienne commencée au cinéma muet en 1925 avec Les feux de la rampe jusqu’aux rôles où elle obtient deux Oscars (La possédée en 1948 et Le masque arraché en 1952). Sans compter sa prestation face à Bette Davis dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich, 1962).

 

 

TROG (L'Abominable homme des cavernes pour la sortie en France) – Royaume-Uni – 1970 – Freddie Francis

 

Pitch : Un groupe de spéléologues découvre un troglodyte dans une caverne. Ils vont tenter de l'étudier et de le domestiquer. Un industriel sans scrupules, spéculant sur cette incroyable découverte, va réveiller la violence de l'être mi-homme mi-singe.

Pourtant affublé de trois scénaristes dont Peter Bryant (Le chien des Baskervilles) et John Gilling (L'impasse aux violences), Trog s'avère une aberration scientifique et même filmique. Un script complètement barré avec à sa tête un réalisateur mythique de la Hammer, Freddie Francis (L'empreinte de Frankenstein), pour un attelage final particulièrement gratiné. Sur le papier, Joan Crawford a sans doute pensé que le film serait sympathique à tourner dans la campagne anglaise. Dans la réalité, le long-métrage confine souvent à la rigolade notamment à partir du moment où les étudiants spéléologues ramènent la créature dans le laboratoire du Docteur Brockton (Miss Crawford) afin de l'étudier.

 

Trog serait donc le chaînon manquant entre l'homme et le singe. Mais, il a surtout revêtu un costume simiesque issu du tournage de 2001, l'odyssée de l'espace. Si le résultat était probant chez Kubrick, le comédien peine à crédibiliser son personnage, à nous faire croire à une créature hybride avec son masque de guingois, son slip et ses boots en peau de skaï. Qui plus est sans un poil sur les jambes comme un cycliste du Tour de France. Bref, rien n'est crédible malgré les injonctions du Dr Crawford (avec une garde-robe pas du tout adaptée) déclamant des dialogues péremptoires pour affirmer à grands coups de répliques pseudo-scientifiques que le petit Trog est une sorte d'Hibernatus décongelé. Face à elle, on reconnaît Michel Gough (Le Cauchemar de Dracula) en industriel récalcitrant et agressif qui fait tout pour se débarrasser de la bestiole. Si le film reste très sérieux dans son entame au sein des recoins étroits de la grotte, il franchit régulièrement les frontières du ridicule lorsque Le Dr Brockton tente de domestiquer Trog grâce à des jouets, une balle ou en lui faisant écouter de la musique classique (il semble d'ailleurs très mélomane). Rires assurés et moqueries légitimes, voire gênantes pour des séquences hallucinantes agrémentées par les petits cris de satisfactions du troglodyte.

Le pompon restant l'opération réalisée par la communauté scientifique pour lui donner la parole (et ça marche !), et les électrodes placées sur sa tête afin de lui faire revivre son passé. Impossible n'est pas anglais et cela nous permet de revoir les magnifiques images en stop motion de The animal world, documentaire américain réalisé par Irwien Allen en 1956 sur les dinosaures avec à la tête des effets spéciaux Willis O'Brien et Ray Harryhausen. Perdu dans ce prêchi-prêcha scientifique et les atermoiements des autorités pour savoir s'il faut laisser en vie ou continuer à étudier Trog, le film se partage entre scènes un peu longuettes et quelques moments plus sanglants quand le petit poilu voit rouge. Il tue un chien et des passants en pleine ville, dont le boucher qu'il accroche de manière Hooperien à un crochet avant d'enlever (en fait pas méchamment comme King Kong quoi) une petite fille et la ramener dans sa grotte originelle pour un final plus dramatique poursuivi par l'armée. Joan Crowford renia le film jusqu’à son dernier souffle. Difficile de lui en vouloir.

 

 

LE CERCLE DE SANG (Berserk) - Royaume-Uni – 1968 – Jim O'Connolly

 

Pitch : Un équilibriste meurt mystérieusement lors d'une représentation dans un grand cirque anglais. La directrice, une femme froide, ne tarde pas à lui trouver un remplaçant, qui devient son amant. D'autres meurtres surviennent.

Changement de registre avec ce film beaucoup plus sérieux dans lequel Joan Crawford dirige d'une main de fer un cirque itinérant dans lequel les morts s'enchaînent. Elle est plutôt bonne la Crawford en matrone acariâtre face à Dorando (Michel Gough) ou en couguar attirante avec le nouveau venu Frank Hawkins (Ty Hardin, Le jour du jugement). Une vraie patronne dure et charismatique qui s'attire l’inimitié de l'ensemble de la troupe, une bande de freaks constituée de plusieurs artistes de cabaret, dont un nain, une femme à barbe ou un lanceur de couteaux ayant tous un motif pour commettre les meurtres, tandis qu'un inspecteur de Scotland Yard est dépêché sur place pour élucider cette affaire.

La particularité de Le cercle de sang est d'embrasser l’iconographie du giallo et ce dès la première séquence où un funambule finit pendu à une corde en pleine représentation. Les autres meurtres sont mis en scène comme dans un slasher transalpin, sans voir l'assassin mais uniquement une main gantée de noir. Et les quelques morts sont assez spectaculaires, un empalement sur un tapis de couteaux et surtout un énorme clou planté dans une tête à l'aide d'un marteau. Certes, ce n'est pas l'essence même de Le cercle de sang qui s'apparente plutôt à un cluedo pour découvrir l'auteur des crimes en furetant dans les coulisses d'une troupe d'artistes dans un cirque. On se croirait presque Sous le plus beau chapiteau du monde, Jim O'Connolly (La tour du diable) ne se privant pas de faire défiler l'intégralité de numéros avec des caniches, des lions ou des éléphants. Un procédé pour gagner du temps mais qui ne fait pas avancer l'intrigue entre amours contrariées, alcool violent et jalousies parmi les artistes.

Un rôle qui va en tout cas à ravir à Joan Crawford en maîtresse de cérémonie pour annoncer les numéros, gérer le quotidien et profiter de la série de meurtres pour remplir son théâtre. Une Madame Loyal un peu désabusée au milieu d'un long-métrage somme toute cohérent avant la résolution assez surprenante lors de la dernière bobine.

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Princécranoir (lundi, 20 mai 2019 22:15)

    J'ignorais ces incursions de miss Crawford dans le giron fantastqiue proche de la Hammer. Je ne me souvenais plus de cette dream team à la manœuvre de Trog (ne manquent que Terry Fisher, Chris Lee et Pete Cushing), pourtant le résultat ne donne pas envie.
    L'autre un peu plus.

  • #2

    Roggy (mardi, 21 mai 2019 19:28)

    Certes, Trog n'est pas un grand film et il est bizarre d'y trouver Joan Crawford. Justement, c'est pour cela qu'il faut le voir :).