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Vendredi 24 Juin 2016

Soirée Fulci forever

 

La cinémathèque avait la bonne idée de programmer, 20 ans après sa disparition, deux films de Lucio Fulci pour la soirée Bis du vendredi soir. En plus de L’enfer des zombies, alias Zombie 2, la séance s’ouvrait avec L’Au-delà, troisième film de la série zombiesque de Fulci dans l’ordre chronologique. J’avais complètement oublié le film à tel point que c’était pour moi comme une première fois. Même si le métrage est connu et que tout a été dit sur L’Au-delà, je me fends d’un petit retour résumant les impressions éprouvées lors de la soirée.

 

L’Au-delà (L’Aldila) – Italie – 1981 – Lucio Fulci

 

Pitch : Une jeune femme hérite d’un hôtel dans la Nouvelle-Orléans. Alors qu’elle entreprend des travaux de rénovation, des phénomènes étranges font de sa vie un véritable enfer.

 

Dans une Louisiane propice à toutes les fantasmagories, la séquence inaugurale de L’Au-delà rappelle les films Universal ou de la Hammer avec l’arrivée en barque de villageois, torches à la main, venant chercher le peintre Schweik accusé de sorcellerie, comme jadis Dracula ou la créature de Frankenstein. Malgré les tons sépia de l’image, c’est bien le rouge vif qui domine puisque le peintre sera sacrifié, lardé de coups de chaînes et crucifié comme d’autres auraient été brûlées en place publique. Fulci donne le ton du film en zoomant sur les plaies béantes et les membres meurtris par des clous christiques. La souffrance est palpable, les cris paroxystiques et le sang se répand à profusion.

Il faudra se laisser porter par le film malgré des ellipses et une narration décousue. Fulci ne semble pas s’en soucier et privilégie l’approche visuelle. Tout le métrage semble ainsi construit comme un tableau, à l’instar de celui de Schweik au début du film représentant l’enfer. On a même l’impression que toutes les scènes sont agencées comme l’aurait fait un artiste. Les couleurs de la nature du sud des Etats-Unis se liant à la froideur des corps morts où le liquide rouge nourricier vient révéler la morbidité de l’ensemble. L’Au-delà est définitivement un film de sensations et de perceptions, visuelles mais aussi sensorielles. Les sons paraissent exacerbés quand une porte s’ouvre ou que les murmures des êtres oubliés sillonnent les murs et le temps. Un peu comme la ritournelle de Fabio Frizzi accompagnant les images même si on aurait aimé moins de musique disco et plus d’ambiance sépulcrale.

Ce qui frappe à la vision du film, c’est la force de certaines séquences comme celle où le personnage aveugle d’Emily (Cinzia Monreale) et son chien sont au centre d’une route sans fin à la perspective parfaite comme si l’enfer avait déjà tracé son chemin. Evidemment, les séquences de violence restent dans notre mémoire à l'image de celle de l’attaque du chien se retournant contre sa maîtresse. Sans compter les scènes à la morgue, certainement les meilleures du film, où les cadavres rejoignent le monde des vivants dans cette antichambre d’une géhenne irréductible. Des scènes ponctuées par une violence graphique froide et outrancière encore plus crue si on la compare à Gorges Romero. Fulci filme la putréfaction des corps, n’hésitant pas à les dissoudre sous l’effet de l’acide, après qu’ils ont subi les pires avanies, énucléations, éventration et chairs arrachées. Des corps martyrisés et montrés en gros plan symbolisant un abîme brutal et sans rédemption et ce, sous les yeux des vivants. L’enfer est déjà sur Terre et les revenants reprennent leur place.

A ce moment-là, tous les personnages ont basculé dans un monde parallèle qui n’est plus tout à fait celui qu’ils ont connu. Ce qui pourrait expliquer leurs absences de réactions et de surprise, notamment de la part du Docteur John MacCabe (David Warbeck) censé incarner le point de vue rationnel face aux événements subis par Liza (Catriona MacColl). A l’image du scénario, tout s’entremêle et les scènes se succèdent tandis que la réalité s’étiole laissant la place à un onirisme décalé. Un sentiment renforcé par une bobine en VF, issue de la cinémathèque Suisse, ne magnifiant pas vraiment le niveau de certains dialogues à la limite du risible et le jeu outrancier de personnages presque irréels comme celui du plombier ou des gardiens de l’hôtel. Une bâtisse qui s’avère d’ailleurs un personnage à part entière, recelant en son sein et ses entrailles une cohorte de fantômes, comme l’église réceptacle de l’enfer dans Prince des ténèbres de John Carpenter.

Désormais transporté dans un rêve éveillé, Fulci appuie sans gêne sur les effets gores et malmène les humains telles ces tarentules, à la fois réelles et factices, s’insinuant dans les chairs et dévorant littéralement leur proie. Plus le film avance, et plus rien ne semble concret. La nuit a pris le dessus sur le jour dans une orgie d’images sanglantes et un crépuscule rougeoyant, avec une acmé magnifique et dantesque lors de la dernière séquence, peut-être une des plus belles de l’histoire des films d’horreur. Un décor de fin du monde où le tableau initial, objet de douleur et source de malheur, s’immisce et se matérialise pour cette humanité s’enfonçant immuablement dans les limbes de l’oubli. Dario Argento s'en est-il inspiré pour son Syndrome de Stendhal en 1996 ?

Au final, L’Au-delà se vit comme un poème macabre à la beauté parfois crasse et très sombre. Faut y voir une occurrence et un parallèle inconscient avec les événements qui ensanglantèrent l’Italie des années de plomb dans les 70’s et le début 80 ? A l’époque de cette tétralogie (si on y a ajoute La maison près du cimetière en 1982), le pays de Dante baigne dans une atmosphère de terrorisme entre les action des Brigades rouges, l’assassinat d’Aldo Moro en 1978 et surtout l’attentat de la gare de Bologne par l’extrême-droite faisant 85 morts en août 1980. Difficile de dire si le rapprochement est judicieux, mais l’écho de l’œuvre zombiesque de Fulci et les événements historiques résonnent pourtant de concert.

 

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Commentaires: 8
  • #1

    Rigs Mordo (lundi, 04 juillet 2016 20:19)

    Très bon papier sur un film que je n'ai plus vu depuis un petit temps, faudra que je me le refasse un de ces jours même si je me souviens plutôt bien de ce qu'on y trouve :)

  • #2

    Roggy (lundi, 04 juillet 2016 20:22)

    J'imagine qu'à chaque nouvelle vision, on découvre quelque chose de nouveau. Merci pour ton commentaire l'ami :)

  • #3

    Alice In Oliver (mardi, 05 juillet 2016 11:12)

    Pareil que Rigs, ça fait très longtemps que je n'ai pas vu ce cru de Fulci, mais il fait partie des classiques du cinéaste. A revoir absolument donc !

  • #4

    Roggy (mardi, 05 juillet 2016 12:04)

    Un des incontournables à l'instar de toute sa série zombiesque.

  • #5

    princécranoir (mercredi, 06 juillet 2016 07:26)

    Excellente initiative que ce retour sur ce Fulci majeur qui vaut une chronique non moins excellente. L'approche picturale du thème horrifique atteint avec ce métrage sa quintessence, laissant toute latitude au peintre/sorcier derrière la caméra de projeter sur la toile ses fantasmes, obsessions et objets de répulsion dans un délire baroque qui s'inspire des grands artistes de la péninsule. Le parallèle avec "le syndrome de Stendhal" est intéressant car Argento y glisse à son tour un hommage profond et sincère au pouvoir des images. Quant à l'écho des tourments de l'époque de sa réalisation, ils ne font que donner un relief plus intense encore à ce qui est, il faut le reconnaître, un grand film d'horreur.

  • #6

    Roggy (mercredi, 06 juillet 2016 12:09)

    Merci pour ton commentaire et tes remarques forts à propos sur le film. Je pense aussi que "L'au-delà" est avant tout une œuvre picturale recelant moult références.

  • #7

    Oreo33 (dimanche, 07 août 2016 20:05)

    Une belle soirée. Dommage qu'ils aient changé la salle. Ca aurait été encore mieux de voir les films dans la grande salle.
    Je t'avoue que j'ai découvert les deux films lors de cette soirée. La VF de l'Au-delà était hilarante "suggestionner" entre autre. :-) Mais heureusement qu'on m'avait prévenu que l'Au-delà n'avait pas de scénario. C'est bizarre de voir les evènements s'enchainaient sans que personne s'inquiète. Mais c'est sûrement cette ambiance dont tu parles et le fait que l'enfer est déjà là. Ca m'a rappelait par moment L'antre de la folie. Sauf que comme tu dis plus rien n'est concret. lol
    Par contre, j'ai été surpris par la photographie et certaines images frappantes. Une réussitte. Et puis les maquillages. Brrrrr !
    Un bémol sur le rythmne du film.

    Des barres de rire pour L'enfer des zombies pour la VF. Mais plus rythmné. Rooh, rien que l'attaque du zombie sur le requin et le final trés western en font un bon film. :-)

  • #8

    Roggy (lundi, 08 août 2016 14:01)

    "L'au-delà" est plus un film d'ambiance qui, en VF, donne effectivement une drôle de tournure aux dialogues :)