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3e jour au PIFFF

Une 3e journée au PIFFF bien remplie avec trois films différents mais intéressants et globalement réussis. A commencer par le thriller trash américain 68 kill de Trent Haaga, la chronique choc d'une violence quotidienne mexicaine Tigers are not afraid de Issa Lopez et enfin le thriller victorien Golem, le tueur de Londres de Juan Carlos Medina.

 

68 KILL – Thriller trash – USA – 2017 – Trent Haaga

 

En compétition

 

Pitch : Employé dans une société de nettoyage de fosses septiques, Chip ne sait pas dire « non » aux femmes. Un défaut qui va lui coûter très cher lorsque sa petite amie envahissante lui propose de voler 68 000 $…

 

Si le nom de Trent Haaga ne vous dit peut-être rien, il s'est surtout fait connaître pour être le scénariste du très bon Cheap Thrills, ou de Citizen Toxie : The Toxic Avenger IV, Deadgirl. Issu de l'écurie Troma (comme un certain James Gunn) il a aussi fait l'acteur dans pas mal de longs-métrages comme Terror firmer et a réalisé en 2011 un film d'horreur Chop. Un gars multi cartes se fendant d'une petite vidéo pour présenter son film accompagné par une poupée très réaliste de Donald Trump...

Avec son passé à la Troma, on se doute bien que Trent Haaga ne fera pas dans la finesse et ira droit au but. Il dépeint dans son film une bande de losers à l'image de Chip (Matthew Gray Gubler, Excision), paumé sans le sou allant de conquête en conquête avec sa petite gueule d'ange. Et sa dernière copine n'est autre que Liza (AnnaLynne McCord, vue également dans Excision), une tarée de première adepte de l'amour sauvage et violent. Chip s'en rendra encore plus compte lorsque sa compagne le traîne dans un casse pour dérober le fric d'un pervers avec qui elle couche. Progressivement, ce héros ordinaire découvre une femme tueuse aux penchants sadiques prononcés.

La bonne idée du scénario est de retourner les situations ordinaires où les femmes subissent les violences masculines. Ici, la gente féminine porte la culotte et la balance à la gueule des autres avec un plaisir non dissimulé. Toutes celles rencontrées par Chip vont le dominer et ne se laisseront pas faire comme la très belle Violet (Alisha Boe, Paranormal activity 4) qui, malgré son kidnapping, retourne la situation à son avantage. Les hommes sont ainsi rejetés à un rang de faire valoir lubrique et gros dégueulasses. Et quand les femmes ont le pouvoir, elles en profitent pour frapper, invectiver avec pour objectif de récupérer le magot dérobé au début du film.

68 kill s'avère très bien rythmé, sans temps mort et avec un humour faisant souvent mouche grâce à des dialogues savoureux, vulgaires et sexuels (un fuck ponctue chaque phrase). En dehors du système, Haaga se permet tout comme à l'époque Troma et agrémente certaines séquences de plans gores notamment du fait du personnage du frère de Liza, Dwaine (Sam Eidson), dégénéré achetant des femmes pour les violer et les découper tout en filmant ses actes. Au milieu de ces dingos congénitaux, Chip fait figure d'homme raisonnable et suit malgré tout le mouvement alors que les morts s'accumulent autour de lui.

Dans la dernière bobine, la violence se fait plus prégnante dans une ambiance potache avec l'arrivée d'une nouvelle bande de redneks bien bas du front attirée par l'odeur des dollars. Même si ce n'est pas son propos, Trent Haaga montre ici une Amérique des laissés pour compte vivant juste pour ses instincts et son désir de trouver du fric. Une bande de barjots comme on en voyait tant dans le cinéma ricain des années 70. Certes, le film fonctionne bien (le casting est très bon), la mise en scène et le scénario sont au diapason mais ma pomme ne se retrouve pas forcément dans ce cinéma très lambda et sans réels enjeux (le film remportera peut-être le prix du public).

 

4/6

 

TIGERS ARE NOT AFRAID – Poésie macabre – Mexique - 2017 – Issa Lopez

 

En compétition et en présence de la réalisatrice

 

Pitch : Après la mort de sa mère, Estrella trouve refuge auprès d'un groupe de cinq garçons également orphelins. Et lorsque le spectre de sa génitrice lui apparaît, la jeune fille se met à douter de sa santé mentale...

 

Premier grand choc du festival, le film réalisé par Issa Lopez (ici aussi scénariste) est un véritable coup de poing dans le bide dépeignant une réalité sociale mexicaine terrible où le fantastique s'immisce comme une rédemption. Touchée personnellement par un drame, la réalisatrice exorcise son trauma au travers de ces enfants vivant dans un Mexique exsangue et ouvert aux quatre vents des bandes de tueurs régnant en maîtres sur les quartiers sous le regard d'une police souvent complice. Le film s'attache à suivre le quotidien d'une bande de gamins dont le leader est le petit Shine (Juan Ramon Lopez). Des orphelins vivant de rapines au milieu de maisons abandonnées en guise de lieu de survie.

Estrella (Paola Lara) qui a perdu sa mère se rapproche d'eux comme une bouée de sauvetage que les institutions sont incapables d'offrir, à l'image de la séquence d'ouverture où les enfants d'une classe se retrouvent à terre pour échapper à une fusillade certainement quotidienne. Dans cette réalité morbide, la réalisatrice glisse un espoir grâce à l'imagerie des contes populaires. L'institutrice d'Estrella lui fait croire qu'elle pourra faire des vœux en lui confiant les craies du tableau. Et son premier désir est de souhaiter le retour de sa mère décédée. La petite fille aperçoit alors quelques signes de sa présence mais le retour s'apparente plutôt à un film d'horreur car c'est en fait son cadavre qui semble ressortir de l'enfer.

Il se dégage une force incroyable de ce film sans concession où les enfants subissent la violence des adultes. Littéralement volés, ils finissent dans des cages et les parents sont abattus de sang froid. Cette réalité douloureuse est sublimée par le désir de survie de ces enfants poursuivis par un gang afin de récupérer un téléphone portable les incriminant dans une série de meurtres. Le casting est extraordinaire à commencer par la petite troupe de gamins. Sous la houlette de la directrice de casting de La cité de Dieu, la réalisatrice expliquera qu'elle les a laissés seuls pendant plusieurs jours pour qu'ils apprennent à se connaître et créent leur propre règle. Ce qui fonctionne parfaitement à l'écran où on ressent leur connivence et il se dégage une empathie sans commune mesure.

On souffre et on rit avec eux au travers de leurs péripéties alors que le danger se rapproche et que le fantastique, voire l'horreur, leur vient en aide au travers des ces vœux dont on se demande s'ils sont réels. Dans son concept, on est proche de La cité de Dieu de Fernando Meirelles ou de La vierge des tueurs de Barbet Schroeder, avec en plus une dimension métaphorique et fantastique se matérialisant par une peluche de tigre ou le cadavre sanglant de la mère d'Estrella essayant de la sauver et de se venger. Tigers are not afraid est un fabuleux voyage dans le sordide du quotidien au sein d'un pays rongé par sa violence larvée s'exposant au grand jour. Dans la dernière partie, le film s'accélère jusqu'à l'inévitable parce qu'on est dans un conte de fées sans fée mais au contraire très sombre où les enfants meurent vraiment, froidement et frontalement.

A l'instar d'autres productions d'Amérique du Sud ou Centrale (On peut penser au récent et aussi excellent Les bonnes manières de Marco Dutra et Juliana Rojas), Vuelven (en VO) fait écho à une réalité noire et ce cinéma, souvent réalisé par des femmes et pas forcément très connu, est en train d'émerger et de montrer à la face du monde un constat bien amer dont uniquement l'approche métaphorique pourrait permettre de se sortir de cet enfer à ciel ouvert. C'est bien peu mais c'est déjà ça.

 

5/6

 

GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES – Meurtres anglais – Royaume-Uni – 2016 – Juan Carlos Medina

 

En compétition et en présence du réalisateur

 

Pitch : Londres, 1880. Une série de meurtres secouent le quartier malfamé de Limehouse. Selon la rumeur, ces crimes ne peuvent avoir été perpétrés que par le Golem, une créature des légendes hébraïques d’Europe centrale. Scotland Yard envoie Kildare, l’un de ses meilleurs détectives, pour tenter de résoudre l’affaire.

 

Adapté du roman à succès de Peter Ackroy Dan Leno and the Limehouse Golem, Golem, le tueur de Londres (The Limehouse Golem) est une descente dans les bas-fonds londoniens de l'époque Victorienne, juste avant les exactions d'un certain Jack l'éventreur. A la réalisation, on retrouve Juan Carlos Medina qui avait marqué les esprits avec son premier film Insensibles, chef-d’œuvre sur des enfants particuliers à l'époque du Franquisme. Changement de registre avec ce film qu'il a mis 3 ans à monter même si certaines thématiques notamment sur les serial-killer sont communes aux deux longs-métrages.

Le film est construit sur deux lignes temporelles. On suit au départ l'enquête de John Kildare (Excellent Bill Nighy dont on se souvient pour Shaun of the dead) sur une série de meurtres particulièrement horribles. En parallèle, le réalisateur met en exergue la vie tragique de Lizzie Cree (Olivia Cooke, Ouija) se retrouvant accusé du meurtre de son mari (Sam Reid, '71). Ces deux histoires se déploient, s'enchevêtrent et sont en fait reliées entre elles. Alors que le roman relate l'histoire du tueur dans une chronique qu'il aurait écrite, Juan Carlos Medina et son scénariste mélangent les deux récits. On est donc à la fois dans les têtes des différents suspects revivant par procuration les crimes et on suit le destin de la petite Lizzie jusqu'à qu'elle intègre une troupe de music-hall.

La reconstitution historique est magnifique ainsi que les costumes relatant parfaitement la réalité d'un Londres sombre où se côtoient toute une faune exotique allant du simple commerçant à la prostituée. Sur la durée, l'enquête policière est certainement la partie la plus intéressante du film comme si on traquait un Jack l'éventreur avant l'heure. La relation entre Kildare et George Flood (Daniel Mays) nous fait penser par instant à celle tissée entre Sherlock Holmes et Watson. En revanche, on n'est moins convaincu par les séquences se passant dans le théâtre et les numéros musicaux qui peuvent sembler redondants et ralentissent le rythme, ni par l'interprétation moyenne de Douglas Booth (Jupiter ascending) dans le rôle de la star du théâtre Dan Leno. Même si Golem, le tueur de Londres est réussi dans l'ensemble, il faut quelquefois s'accrocher pour suivre les circonvolutions de l'enquête et les retours en arrière.

Des flashback qui ont au moins le mérite de montrer les meurtres racontés par le suspect changeant à chaque fois et dictés par un récit qu'il a consigné dans un livre à la bibliothèque. Comme dans Insensibles, le réalisateur ne se prive pas pour exposer des séquences sanglantes voire gore rendant les actes réels au spectateur et encore plus horribles. Dommage que la partie sur les origines des personnages soit un peu longuettes au détriment d'une enquête proche dans le visuel de From Hell des frères Hugues.

 

4/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Alice In Oliver (dimanche, 10 décembre 2017 12:20)

    C'est ce que j'allais dire avant de lire la conclusion de la chronique. A la lecture, je n'ai pas arrêté de songer au mythe de jack l'éventreur, un tueur rebattu...

  • #2

    Roggy (dimanche, 10 décembre 2017 12:22)

    Le film y fait inévitablement penser mais on s'en affranchit largement pour apprécier ce film original.