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2e Jour

Une 2e journée chargée avec 4 films au compteur. Avec de l'indé fantastique de chez l'Oncle Sam (Curtain), un film culte de Sam Raimi (Darkman), une étrangeté franco-grecque (Blind sun) et un documentaire français sur les effets spéciaux (Le Complexe de Frankenstein).


CURTAIN – Rideau maléfique – USA – 2015 – Jaron Henrie-McCrea


En compétition


Pitch : Fatiguée de son rythme de vie, une jeune femme tente de repartir à zéro et emménage dans un nouvel appartement dont la salle de bain recèle un monstrueux secret : un rideau de douche qui ouvre sur une dimension parallèle…


Faire d'un rideau de douche un passage temporel, il fallait oser. C'est ce qu'a fait Jaron Henrie-McCrea pour son 1er long-métrage. Alors que la plupart des festivaliers ont trouvé le film sans intérêt voire mauvais, j'ai pour ma part apprécié le film (j'ai peut-être des goûts de salle de bain...).

En effet, ce tout petit film, financé notamment grâce à du crowfunding, fonctionne malgré tout sur ce postulat simple. On y croit dès la 1ère scène voyant un homme rentré chez lui et se suicider dans sa salle de bain qui semble être maléfique. Ce qui n'empêche pas Danni de s'installer dans l’appartement et de constater rapidement que tous les rideaux de douche disparaissent quelques instants après avoir été installés. En filmant la scène et avec l'aide de son ami Tim, ils parviendront à comprendre où atterrissent les objets disparus.

On est clairement dans un cinéma minimaliste, très indépendant à l'américaine avec seulement quelques lieux de tournage et peu d'acteurs. Néanmoins, la relation entre les personnages est crédible, les dialogues cohérents alors que la situation de départ peut interloquer. Curtain s'avère vraiment énigmatique car aucune explication rationnelle ne sera dévoilée. D'autant moins avec l'apparition d'un quatuor d'hommes menaçant Danni si elle continue à chercher à résoudre l'énigme de ce passage dimensionnel.

Le film renvoie directement au 1er film de Jim Mickle, l'excellent Mulberry Street où un immeuble devenait le théâtre d'une contamination par les rats. Si Curtain est largement en deçà, du fait d'un script n'apportant pas de réponses et de son côté cheap prégnant, il ne faut pas non plus le jeter dans l'eau des toilettes sous prétexte qu'il ne donne pas toutes les clés. Son côté Quatrième dimension ésotérique sans effet de manche visuel (hormis les disparitions des rideaux très réussies) est assez bien retranscrit pour qu'on s'y intéresse.

Sans jamais tomber dans le ridicule, Curtain est un 1er film intéressant malgré son amateurisme et quelques défauts évidents. Certes, on pourra lui reprocher son côté presque Z dans la dernière partie dans les bois quand on verra vraiment ce que deviennent les rideaux et la créature qui l'accompagne (dis comme ça, c'est sûr c'est bizarre...). Pourtant, votre serviteur a passé un bon moment devant ses rideaux de douche accrochés face à une porte maléfique.


Note : 4-/ 6

 

DARKMAN– Super-héros monstrueux – USA – 1990 – Sam Raimi


La Séance Culte


Pitch : Brûlé vif et laissé pour mort par des gangsters à la solde d'un promoteur véreux, un brillant généticien va se venger de ses agresseurs.


Quel plaisir de revoir sur grand écran ce grand film un peu oublié de Sam Raimi ! Je ne me souvenais plus de la qualité du film et de sa dimension émotionnelle qui avaient dû m'échapper à l'époque. Tourné après Evil dead 2, Darkman est le 1er film de studios (ici la Universal) réalisé par Sam Raimi. Ne pouvant obtenir les droits de super-héros comme Batman, il décida de créer sa propre mythologie avec cet anti-héros masqué aux antipodes de l'iconographie classique.

Ce qui frappe aujourd'hui avec Darkman, c'est qu'il a finalement assez peu vieilli. Le film fonctionne encore très bien grâce à une multitude d'éléments à l'image des acteurs, du script et de la musique. En effet, si Darkman est souvent identifié comme matriciel des films de super-héros actuels, il va bien au-delà et s'impose avant tout comme un grand film de monstre.

Malgré tous les aléas (Raimi voulait Bruce Campbell dans le rôle titre) pour la production du film, Sam Raimi garde sa liberté de ton et sa patine qui l'avait fait remarquer avec Evil Dead. Personnages décalés, cadrages en contre-plongée et gros plans incessants, tout renvoie au cinéma de Raimi qui parvient à créer un personnage hybride et référentiel. Darkman, c'est à la fois le fantôme de l'opéra, Batman et la créature de Franckenstein. Peut-être même que cette dernière est la plus proche de l'essence même du personnage. Si Peyton Westlake (excellent Liam Neeson) s'enfante lui-même en recréant sa propre chair, il devient tout autant un être combattant le crime qu'une créature traquée pour sa monstruosité.

C'est ce côté-là qui frappe dans le film. Reclus dans son être intérieur, Darkman est un monstre à l'extérieur mais aussi à l'intérieur, tiraillé entre son humanité perdue et sa colère vengeresse. En ce sens, il se rapproche de Freaks, notamment dans la scène de la fête foraine lui explosant au visage sa condition de monstre de foire, surtout lorsqu'il tente de reconquérir Julie (Frances McDormand, Fargo) son amour perdue. Le film prend alors toute sa dimension tragique et émouvante.

La dernière partie fait plus la part belle à l'action avec le climax en hélicoptère et sur la tour en construction. On y retrouve le côté cartoonesque et l'humour de Sam Raimi, annonciateur d'une certaine manière d'un futur Spiderman. Mais là aussi, Darkman se mue en cousin éloigné de King Kong sur sa tour funèbre, combattant pour sa survie face à des hommes le raillant et remettant en cause son humanité.

Sublimé par la musique de Danny Elfman en grande forme, Darkman s'impose, après une nouvelle vision, comme un des meilleurs films de super-héros mais surtout comme un des meilleurs films de monstres de l'histoire.


Note : 5 /6

 

BLIND SUN– Soleil grec – 2015 – Grèce/France – Joyce A. Nashawati


En compétition


Pitch : La canicule frappe la Grèce. L'eau se fait rare. La tension est totale. Un immigré taciturne doit veiller sur la luxueuse villa d'une famille française qui l'a embauché. Mais le gardiennage va tourner au cauchemar.


Pour son 1er long-métrage la réalisatrice, présente sur scène pour répondre à des questions des spectateurs, s'attache à décrire un monde dans un futur proche où l'eau devient une denrée rare et génère des conflits. Citant volontiers Le locataire de Polanski ou les œuvres de Ballard, Joyce A. Nashawati a des intentions louables qu'elle aura néanmoins du mal à mettre en pratique à mon sens.

Visuellement, le film est très beau. Les couleurs ocres se fondent dans un paysage désertique méditerranée où la terre et les hommes sont brûlés en permanence par les rayon du soleil. Aveuglé par l'astre brillant, Ashraf (Ziad Bakri) l'est aussi par la réalité qui l'entoure. Venu pour garder la maison d'un couple de français en Grèce, Ashraf commence à apercevoir des ombres, des phénomènes bizarres autour de lui.

Même si la réalisatrice s'en défend, Blind sun est un film éminemment politique. Ashraf a des origines arabes qui lui confèrent un statut d'immigré en Grèce mais aussi auprès des Français qui le traitent comme tel alors qu'eux-mêmes le sont aussi de fait. Apatride, Ashraf semble perdu dans sa solitude et les événements qui se déroulent au-dehors. Blind sun est avant tout un film sur l'isolement physique et moral et fait écho à des sentiments de n'être chez soi nulle part.

Une fois ce background posé, Blind sun a bien du mal à s'extirper de son script. Le problème est que le film ne recèle aucun enjeu majeur susceptible d'être développé. Le fantastique n'est qu'effleuré pour montrer la descente aux enfers de la folie du personnage, tout comme la mainmise de l'eau par une multinationale ou encore le racisme évident de la population envers Ashraf. Peut-être par manque de moyens ou d'ambition, le film se cantonne à la maison et l'atmosphère brûlante régnant comme si l'apocalypse n'était pas loin.

Du coup et à l'image du personnage, Blind sun tourne en rond en restant coincé dans son postulat de film d'ambiance chaud et éthéré. C'est d'autant plus dommage qu'il y avait certainement tous les éléments à disposition pour développer une histoire plus ancrée dans le fantastique ou le film sociétal. Mais, sans un choix précis, le film se perd dans les propres limbes qu'il a crée.


Note : 3-/ 6


Le Complexe de Frankenstein– Documentaire – France – 2015 – Alexandre Poncet et Gilles Penso


Après un premier essai réussi sur un des maîtres et précurseurs des effets spéciaux (Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux), Alexandre Poncet et Gilles Penso remettent le couvert avec un documentaire sur les concepteurs d'effets spéciaux à l'ancienne comme Rick Baker ou Phil Tippett. Pour se faire, ils ont interroger une dizaine de spécialiste anciens et plus jeunes.

Très attendu par les amoureux du genre, Le Complexe de Frankenstein ne déçoit pas. Construit autour d'interviews des plus grands acteurs des effets spéciaux organiques et pas numériques, le film est un plaidoyer pour un cinéma aujourd'hui un peu dépassé. Il montre surtout la passion de ces artisans pour la conception de créatures. Comme ils le disent tous, pour eux c'est un mode de vie.

Au fil des conversations, les différents artistes remontent le temps des effets visuels. De Willis O'Brien à Ray Harryhausen en passant par Stan Winston, l'histoire de l'origine à l'évolution des techniques est racontée simplement et avec brio. Le film s'enchaîne sans temps morts alternant les dialogues entre un Phil Tippet semblant désespéré par la fin de son art, un Tom Woodruff Jr goguenard ou un Guillermo del Toro croyant en l'avenir des effets spéciaux. Ce qui ressort surtout du documentaire c'est l'amour du cinéma lors de la conception de ces créatures merveilleuses. Tous le répètent, il faut envisager le monstre comme un personnage et non l'insérer dans un film comme un décors.

Les réalisateurs parviennent à mettre en confiance tous ces magiciens, à tel point qu'ils se lâchent et racontent leur métier, et leur vie, sur un ton enjoué provoquant les rires. Notamment lorsqu'ils racontent des anecdotes de tournage ou cet échange savoureux entre Joe Dante et John Landis au sujet de Hurlments et Le loup-garou de Londres. Le document est alors passionnant parce qu'il met en lumière des gens passés d'un statut de star à celui de disparus des radars.

Empreint de nostalgie, Le Complexe de Frankenstein dresse un constat assez triste sur la disparition de la plupart de ces techniques mécaniques au profit de CGI certes de plus en plus beaux. Sans angélisme, le film fait le portrait de la situation actuelle sans omettre que l'avenir passe par une fusion de toutes ces techniques (mécaniques et numériques) pour que le cinéma fantastique ne perde pas sa magie générée par des films comme The Thing ou Alien ont contribué à créer. Seul petit bémol, j'aurai aimé voir plus d'extraits de films pour illustrer les propos, mais le film aurait duré 2 heures de plus !


Note : 5 /6

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Commentaires: 13
  • #1

    Alice In Oliver (vendredi, 20 novembre 2015 12:35)

    Content que tu aies apprécié le superbe Darkman, un film de super héros hélas méconnu

  • #2

    Roggy (vendredi, 20 novembre 2015 12:47)

    C'est un excellent film à revoir ou à découvrir pour les jeunes cinéphiles !

  • #3

    Alice In Oliver (vendredi, 20 novembre 2015 21:05)

    Personnellement, je le préfère largement à la trilogie Spider-Man du même réalisateur

  • #4

    Rigs Mordo (vendredi, 20 novembre 2015 23:11)

    Très bon report! Bien sûr, c'est le docu qui me branche le plus et je serai très heureux quand Mad le proposera en DVD (enfin, j'espère qu'ils le feront mais l'inverse me surprendrait). Très chouette aussi de proposer Darkman, que j'aime beaucoup tout comme toi, tu m'as donné envie de le revoir!

  • #5

    Roggy (samedi, 21 novembre 2015 00:26)

    A Alice in Oliver,
    Je n'ai pas vraiment réfléchi à la question, mais c'est possible :)

  • #6

    Roggy (samedi, 21 novembre 2015 00:28)

    A Rigs Mordo,
    J'ai été vraiment surpris de redécouvrir la qualité de "Darkman" qui mérite vraiment une nouvelle vision ! Quant au documentaire, comme je ne pense pas qu'il sorte, tu devrais le trouver en DVD.

  • #7

    Avel (samedi, 21 novembre 2015 16:23)

    Oh faut que je vois "Le Complexe de Frankenstein" ! Ça va me plaire ^^

  • #8

    Roggy (samedi, 21 novembre 2015 16:44)

    Tout à fait Avel ! J'espère que tu auras la chance de le voir !

  • #9

    2flicsamiami (dimanche, 22 novembre 2015 16:10)

    Je ne sais pas pourquoi, mais Curtain me fait penser à l'univers si particulier de Clive Barker (le côté surnaturelle et monde parallèle malfaisant). En tout cas, son pitch me plaît beaucoup.

  • #10

    Roggy (lundi, 23 novembre 2015 00:40)

    Je ne sais pas si ça ressemble à du Clive Barker, mais c'est quand même très cheap et j'ai bien aimé :)

  • #11

    Nola Carveth (lundi, 23 novembre 2015 19:55)

    Je ne sais pas pourquoi, mais ce Curtain est tentant ! En effet, il fallait oser, et qui n'a pas peur du ridicule peut faire un joli coup !
    J'ai découvert Darkman il y a peu, et je l'ai trouvé excellent. J'ai eu du mal avec Liam Neeson, comme d'habitude, mais passons, et en dehors de ça, le film est en effet une belle réflexion sur la monstruosité (un brassage de plusieurs "icônes" mais un nouveau personnage à part entière) et sur le mal, dans un style qui parvient sans mal et avec une patte toute personnelle à offrir une nouvelle mythologie. Une belle surprise.
    Et j'ai hâte de voir Le Complexe de Frankenstein, et les interventions de ces magiciens. Est-ce que Rob Bottin intervient ? Je précise que j'adore son travail, mais je trouve surtout qu'il a une manière de s'exprimer absolument tordante (ou alors il avait pris des substances quand ils ont tourné les bonus de The Thing...).
    Et merci Roggy de nous faire partager tout ça !

  • #12

    Roggy (lundi, 23 novembre 2015 20:20)

    Je t'avoue que "Curtain" n'a pas fait l'unanimité, mais moi j'ai bien aimé ! Quant à "Darkman", j'ai vraiment redécouvert le film avec un œil différent. Et, il y a bien Rob Bottin qui intervient dans cet excellent document où il y a une vraie interactivité avec les intervenants.
    Et merci Nola pour ton commentaire, c'est aussi le but de faire découvrir des films.

  • #13

    Nola Carveth (lundi, 23 novembre 2015 22:47)

    Super pour Rob, encore plus hâte !