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6e jour à l'Etrange festival

Début de semaine avec deux longs-métrages pour le moins étranges, aux antipodes géographiques et culturelles avec l'autrichien Life guidance de Ruth Mader et l'iranien Invasion de Shahram Mokri.

 

 

LIFE GUIDANCE – Sans vie - Autriche – 2018 - Ruth Mader

En compétition

 

Pitch : Alexander Dworsky mène une vie parfaitement réglée. Sa carrière professionnelle et familiale est une réussite, tout semble se passer à merveille dans cet univers à la gloire de la réussite et de la productivité. Mais un jour, Alexander commence à douter...

 

Une des premières scènes montre une chorale d'enfants entonnant une chanson sur le dépassement de soi avec un ton enfantin décalé et anachronique face à une assistance stoïque. C'est le monde décrit par Ruth Mader (Struggle) froid et austère, où les sentiments et les émotions semblent bannis. Le seul objectif s'avère la réussite et le dépassement de soi. L'Etat cautionne cette pensée mais sous-traite son application par le biais d'une agence privée Life guidance, chargée de remettre sur les rails la population en leur envoyant des conseillers souriant mais flippant avec leur imperméable gris et le reste à dominante orange, y compris la voiture de service.

Sur ce postulat de film d'anticipation, du contrôle des masses par un système forcément un peu totalitaire, le réalisateur construit un long-métrage très hiératique. Les lignes sont épurées jusque dans les sentiments, les déclarations d'amour sont mécaniques comme si elles émanaient d'androïdes. Un monde où rien ne dépasse, même la nature paraît figée, pas de vent pour faire bouger les feuilles. Au milieu de cette vie terne, dominé par le noir et le gris des costumes et des intérieurs des maisons, Alexander (Fritz Karl, avec son faux air de Colin Firth) joue les moutons noirs en refusant de participer au programme proposé par Life guidance. Un réfractaire perdu dans sa vie conjugale et son travail monotone se posant des questions au point de suivre l'agent Gregor (Florian Teichtmeister) qui le harcèle régulièrement et mener l'enquête.

Si la première partie du film reste mystérieuse dans cet univers aseptisé proche de Bienvenue à Gattaca, elle intrigue à mesure où on découvert les travers d'une société normée à l'extrême où ceux qui dépassent les limites sont envoyés dans une sorte d'hôpital psychiatrique, la "Forteresse du sommeil" surveillée par des gardes immobiles au regard inquisiteur à croire que Brazil s'est invitée au programme. Une fois les enjeux posés, Life guidance ne parvient à s'extraire de son concept de base afin d'aller plus loin dans la réflexion tandis qu'Alexander poursuit ses investigations jusque dans les locaux de l'Agence. Ses découvertes ne sont pas de nature à éclairer et le film s'enferre dans un épais brouillard où le héros craque face à une femme rencontrée dans un restaurant ou se bat dans la forêt comme un exutoire à cette existence sans futur.

Si la photographie est magnifique avec la description d'un monde faisant froid dans le dos, le film perd haleine dans la dernière partie. Life guidance multiplie les scènes étranges sans apporter un semblant de réponse et tourne un peu en rond à l'image de la vie de cette population semblant complètement chloroformée. La dernière est ainsi assez énigmatique et renvoie le personnage principal à sa vie d'avant comme si rien ne s'était passé dans un scénario de SF qui aurait mérité, à mon sens, d'être resserré et plus explicatif.

 

3/6

 

 

INVASION – Théâtre filmé - Iran – 2017 - Shahram Mokri

 

Focus sur le réalisateur en sa présence

 

Pitch : Dans un stade mystérieux sur lequel plane un étrange brouillard, un meurtre a eu lieu. Tandis qu’une reconstitution est organisée par la police, le tueur et ses complices mettent en place un autre assassinat. Mais peu à peu, tout ce petit monde semble pris dans une boucle temporelle infernale.

 

Le sympathique auteur iranien nous avait prévenu avant la séance sur la complexité de son film et de tenir jusqu'au bout de la séance. Shahram Mokri (Fish & cat) n'avait pas menti, il faut s'accrocher pour suivre ce huis-clos situé dans un gymnase où on suit le parcours d'Ali (Abed Abest) venu reconstituer le meurtre qu'il aurait commis à la demande de la police et en compagnie d'un groupe d'hommes certainement complices. Tourné en un seul plan-séquence, Invasion n'est pas facile d'accès et s'apparente à du théâtre filmé au sein d'un univers post-apocalyptique avec un virus qui rôde. Mokri ne nous donne pas les clés pour comprendre, il faudra accepter de suivre le héros dans ses perpétuels allers-retours dans les couloirs et les dialogues avec les personnages pour fomenter un autre assassinat.

Avouons que l'on ne comprend pas grand-chose, le scénario nous perd entre la multitude d'acteurs (travaillant tous pour le théâtre iranien) dans cette pièce filmée aux frontières du fantastique avec le vampirisme comme symbole érotique. Ali doit choisir son amour entre un homme et une femme dans ce film où le symbolisme est fortement appuyé et renvoie à la situation politique de l'Iran. Comme le dira le réalisateur après la séance, l'artiste doit accepter son sort et composer avec la censure et les différentes étapes à franchir pour faire du cinéma. S'il a réussi à le monter, c'est peut-être parce qu'il traite d'un célèbre meurtre mythologique traditionnellement joué en Iran tous les ans.

Du coup, Invasion est assez libre dans son propos et ressasse des idées de boucles temporelles et de dédoublement de personnalités, notamment dans la deuxième partie du film où l'intrigue est revue par le prisme d'un autre personnage, au sein d'un long-métrage fermé à double tour et à l'intrigue particulièrement touffue laissant plusieurs spectateurs sur le bord du chemin ou plutôt vers la sortie. Très compréhensible car Invasion est long, hermétique et répétitif même si le discours politique en filigrane irise le film avec cette valise où se cachent certains protagonistes pour s'enfuir et retrouver une forme de liberté perdue.

 

3,5/6

 

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