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5e jour à l'Etrange festival

 

Fin du week-end avec 3 films, le très bon coréen d'espionnage The spy gone north de Yoon Jong-bin, le thriller français L'heure de la sortie de Sébastien Marnier et un film d'horreur tunisien Dachra d'Abdelhamid Bouchnak.

 

THE SPY GONE NORTH – Espionnage – Corée-du-Sud - Yoon Jong-bin

 

En compétition

 

Pitch : Au début des années 90, un agent secret, Black Venus, infiltre des hauts dirigeants de la Corée du Nord dans le but de recueillir des informations sur la course à l’armement nucléaire du pays.

 

A l'Etrange festival, il n'est pas rare de trouver un film coréen en haut de l'affiche. Cette année encore, The spy gone north de Yoon Jong-bin (Nameless Gangster) vient remplir les quotas, et de quelle manière avec ce thriller d'espionnage de haute volée. Inspiré d'une histoire vraie, GongJak (en vo) est construit comme un thriller politique haletant malgré l'absence de scènes d'action à proprement parlé, tout se passe dans les hôtels et les palais du pouvoir autour de négociations et d'espions envoyés par la Corée-du-Sud afin de savoir si le voisin du Nord possède la bombe atomique.

Suk-young Park (Jung-min Hwang), un ancien militaire est ainsi envoyé en Corée-du-Nord comme sous-marin en se faisant passer pour un businessman et convaincre les autorités d'ouvrir le pays à la publicité et faciliter les échanges avec l'ancien ennemi du Sud. L'objectif étant de s'approcher au plus près des dirigeants pour connaître leurs intentions. D'autant plus qu'en parallèle, l'élection présidentielle en Corée-du-Sud se prépare et des émissaires tentent de soudoyer le dirigeant communiste grâce à une grosse somme d'argent pour qu'il lance une fausse attaque sur le pays afin d'être élu sous couvert d'une menace de guerre. Bref, les deux histoires s'entremêlent avec une justesse, un découpage et un sens du scénario particulièrement bien mis en images.

Malgré le sujet et la longueur du film (2h20), on ne s'ennuie pas car The spy gone north reste passionnant de bout en bout. Cette infiltration dans les arcanes du pouvoir est ciselée avec une précision diabolique, et rappelle les grandes heures du cinéma d'espionnage américain des années 70 ou plus récemment du coréen JSA : Joint Security Area de Park Chan-Wook. Toujours sur un fil, la caméra suit les avancées et les tentatives du héros pour convaincre toute la clique de militaires et de représentants du pouvoir de sa bonne foi. Progressivement, Park se fait adopter et prouve sa loyauté au prix d'un engagement sans faille et de subterfuges d'espionnage avec les techniques du début des années 90.

Le long-métrage s'avère immersif à l'image de la découverte de la Corée-du-Nord en même temps que le personnage principal. Si la population des villes semble vivre à peu près correctement, les ruraux crèvent de faim et sont jetés dans des charniers à ciel ouvert dans les campagnes. Un hiatus de vie caché par les autorités d'une population sous le joug du dictateur Kim Jong-Il. Ce dernier est montré comme une caricature, buveur et accompagné de son petit chien. L'arrivée et les séquences dans l'antre du tyran font à la rire et glacent le sang face à des personnes apeurées et dévouées à leur chef sans sourciller.

Au final, cette plongée en Corée-du-Nord il y a plus de 20 ans montre un pays déjà exsangue, au bord du précipice diplomatique dont le sort est réglé par une seule personne. Un espion qui prend des initiatives, s'investit plus que de mesure, noue une amitié avec un responsable du Nord, le Directeur Ri, dans une atmosphère tendue et mise en scène de manière magistrale par Yoon Jong-bin convoquant même l'émotion sur la fin. Malgré son sujet austère, The spy gone north est passionnant, foisonnant et monté comme un orfèvre.

 

4,5/6

 

 

L'HEURE DE LA SORTIE - Rentrée des classes - France – 2018 – Sébastien Marnier

 

En compétition et en présence de l'équipe

 

Pitch : Remplaçant un de ses collègues qui s’est récemment défenestré, Pierre Hoffman est rapidement saisi d’un sentiment de malaise. Sa classe composée d’élèves surdoués s’avère de plus en plus inquiétante...

 

Après Irréprochable avec Marina Foïs qui prenait déjà les chemins de traverse du drame mâtiné de thriller lié à la folie d'une femme, Sébastien Marnier revient avec un projet confirmant que le réalisateur aime mélanger les genres pour surprendre le spectateur. Car ce nouveau long-métrage est assez différent de la palanquée de comédies et de drames intimistes qui inondent le cinéma français actuel. L'heure de la sortie n'est pas une simple photographie d'une collège et des atermoiements de ses élèves, il est beaucoup plus référentiel entre Le village des damnées et Quien puede matar a un nino, où il puise cette atmosphère très particulière de menace permanente.

Quand Pierre Hoffman (Laurent Lafitte, Elle) débarque dans une classe de douze élèves surdoués, il entrevoit une faille, un malaise. Certes, le professeur précédent s'est tué sous leurs yeux, mais il y a visiblement autre chose et Hoffman, bien malgré lui, remonte la pelote de l'histoire en les espionnant pour découvrir leurs activités très étranges en dehors des cours. Dans cet établissement privé catholique, les enseignants (on reconnaît Emmanuel Bercot et Gringe) ainsi que le directeur (Pascal Greggory) ne semblent pas trop perturbés par l'attitude de ces garçons et de ces filles notamment face aux relations très tendues avec les autres élèves.

Dans cette première partie, le scénario prend le temps d'exposer les situations, présenter les personnages sans se priver de lancer une charge contre l'éducation et les clichés qui peuvent en découler, tout en se faisant l'écho à la dégradation de notre environnement et de la société en utilisant des images issues de documentaires. Ces points d'ancrage avec la réalité influent sur le caractère presque surnaturel qui envahi l'écran dans une atmosphère proche par instants de la série Les revenants. Laurent Lafitte est excellent dans ce rôle de professeur perdu dans son désir d'enseigner et sa confrontation avec des élèves frondeurs qui le reprennent souvent avec arrogance cachant en eux un secret et une attitude décalés jusqu'à l’obsession.

Si on peut regretter le manque d'ampleur de la réalisation et une absence de basculement vers la série B plus graphique, L'heure de la sortie réussit son pari de l'hybridation grâce notamment à la musique très carpentienne de Zombie Zombie, proche du travail de François Ozon et d'un cinéma français des années 70 désormais révolu, surtout dans la dernière partie révélant les enjeux et les objectifs de ces adolescents quelque peu perturbés. La dernière séquence est magnifique de noirceur et de nihilisme et montre le sentier vers lequel le film aurait pu tendre. Mais, ne boudons pas notre plaisir pour ce long-métrage réussi qui nous réconcilierait presque avec le cinéma hexagonal. C'est déjà beaucoup pour moi.

 

4/6

 

 

DACHRA - Blues Djinns - 2018 – Tunisie - Abdelhamid Bouchnak

 

En compétition et en présence de l'équipe

 

Pitch : Yasmine est étudiante en journalisme. Avec deux camarades, elle va enquêter sur un meurtre particulièrement sanglant survenu il y a un quart de siècle et toujours irrésolu à ce jour. Les macabres recherches entraînent le trio dans la ville de Dachra...

Les films d'horreur de l'autre côté de la méditerranée sont assez rares, on se souvient en 2009 de Mirages de Talal Selhami, petite bande franco-marocaine qui trahissait surtout son manque de moyens. Pour son premier long-métrage, Abdelhamid Bouchnak part d'événements réels, soit la disparition d'enfants et leurs sorts tragiques dans les campagnes tunisiennes. Pour réaliser un reportage étudiant, Yasmine (Yassmine Dimassi) et ses deux amis Bilel et Walid partent filmer une femme enfermée dans un hôpital psychiatrique après avoir été retrouvée défigurée 20 années auparavant sur le bord d'une route. Sur ce postulat assez simple, nos trois étudiants partent un peu à l'aventure en mode Le projet Blair witch et atterrissent dans un village perdu, lieu très particulier où aurait été retrouvé la jeune femme.

On sent bien que le réalisateur a voulu tout insérer ce qu'il aime dans ce premier essai de long-métrage référentiel entre les fantômes asiatiques, l'horreur viscérale des années 70 américaines avec Massacre à la tronçonneuse ou le cinéma d'horreur indien. Un mélange très généreux à l'écran, perclus de défauts et de maladresses (des jumpscares sans doute inutiles mais dans l'air du temps), mais adossé à une bonne volonté, à l'image du trio d'acteurs sympathiques entre humour (surtout au début) et croyances en des forces obscures. Des clichés relayés par des séquences de cauchemars faits par Yasmine au sein d'un pays, et même d'un continent, baignant dans cette ambiance de Djinns et de mauvais sorts.

Malgré le peu de moyens financés, Dachra s'en sort avec les honneurs et distribue son lot de surprises et de personnages troubles comme l'apparition de cette petite fille bien étrange dans un village composé de femmes mutiques et de boyaux d'animaux séchant devant les maisons. Une ambiance malaisante qui monte crescendo accompagné d'une horreur graphique bien plus violente et d'une succession de rebondissement un peu faciles, mais n’entachant en rien la progression de l'intrigue. Il faut donc saluer cette tentative d'un cinéma extrême et la dénonciation, par le biais du genre, d'événements tragiques, bien réels comme ces exactions envers une population oubliée.

 

3,5/6

 

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