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3e jour à l'Etrange festival

 

A la veille du week-end, deux films dans la musette avec le très étrange Meurs, monstre, meurs long-métrage d'horreur Argentino, franco chilien d'Alejandro Fadel et Mandy, la nouvelle folie passionnante du réalisateur grec Panos Cosmatos avec Nicolas Cage !

 

 

MEURS, MONSTRE, MEURS – Argentine/France/Chili - Alejandro Fadel

Pitch : Alors qu’une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes, on y retrouve le corps d’une femme décapitée. L’agent Cruz enquête. Mais tandis que tout le monde semble cacher de lourds secrets, l’affaire se trouble quand David, le principal suspect, et époux de l’amante de Cruz, est interné.

 

Le film d'Alejandro Fadel fait partie de cette nouvelle mouvance du cinéma de genre sud-américain très ancré dans le réalisme pour évoquer des situations horrifiques et perturbantes. En l'occurrence, la découverte de corps de jeunes femmes décapitées (difficile quelquefois de retrouver la tête) représentant ici le point de départ du récit. La succession de ces exactions horribles poussent les autorités à soupçonner David d'être l'auteur des faits, d'autant plus que ce dernier affirme entendre des voix et notamment une phrase récurrente "Meurs, monstre, meurs".

Sur ce postulat assez simple, Alejandro Fadel (Los salvajes) construit un récit sombre et lent situé dans la Cordillère des Andes au sein d'un paysage montagneux régulièrement battu par des pluies torrentielles. Même la police est rurale et semble assez dépassée par les événements alors que les meurtres s'enchaînent et que les passions se nouent entre le policier Cruz et Francisca, la femme de David. Bref, on est bien loin de Plus belle la vie, les corps sont mutilés, la bave du tueur coule des cadavres encore chauds et Cruz découvre une dent animale sur une tête attestant la thèse du suspect, désormais enfermé à l'hôpital psychiatrique, sur l'existence d'un monstre.

Doté d'une photographie magnifique mettant bien en valeur les paysages, Meurs, monstre, meurs, n'est pourtant pas facile d'accès et laissera nombre de spectateurs sur le bord de la route. En effet, si au départ le récit se laisse suivre avec envie autour de l'enquête, le film perd son rythme initial pour se lancer dans de grandes scènes d'exposition à la fois lentes et crues et s'avère perclus de ce « défaut » des films auteurisant qui aiment bien se regarder le nombril avant de penser aux autres. Il faut dire que le film est co-produit pas la société Rouge International à laquelle on doit Grave et ses afféteries de « film français » plombant un script par ailleurs alléchant. Si certaines séquences sont réussies, la tension redescend rapidement la séquence suivante avec des acteurs prostrés comme si le temps s'était arrêté.

Dommage, car le long-métrage possède quelques beaux moments d'expositions serti par une humanité de gueules ressemblant eux-mêmes à des monstres avec des visages burinés, des yeux rougis et des corps hors des standards classiques du cinéma. Un sens du cadrage qui aurait pu emporter le spectateur vers les cimes de l'horreur avec le monstre du film et sa tentacule très phallique. A ce titre, il entretient pas mal de rapport avec La region salvaje du mexicain Amat Escalante vu l'an dernier au festival, plus qu'avec The strangers du coréen Na Hong-jin évoqué partout mais aux antipodes du film de Fadel. Surtout quand on pense à la créature découverte dans la dernière bobine mélange de Casimir et d'un hippopotame avec une énorme gueule en forme de vagin denté. Un monstre très particulier aux frontières du ridicule et apportant un semblant de réponse quant à l'origine des contaminations entre symbolisme millénaire et schizophrénie, à l'image du spectateur très indécis sur la qualité du visionnage.

 

3,5/6

 

MANDY – USA/Belgique – 2018 - Panos Cosmatos

Pitch : En 1983, Red Miller, bûcheron taciturne, vit tranquillement avec sa compagne Mandy. Un jour débarque le mystique et charismatique Jeremiah Sand, accompagné d’une bande de hippies fanatiques et de motards inquiétants, qui s’en prend au couple. Ce sera le début d’une vengeance sans pitié.

 

Nouvelle bombe du festival avec ce deuxième film du réalisateur grec Panos Cosmatos après Beyond The Black Rainbow. Il nous revient avec cette œuvre hybride (il en est aussi le scénariste) dont le pitch initial est assez simple. Un homme se venge du meurtre de sa femme. Mais, la force du film de Cosmatos est de partir d'un postulat basique pour l'emmener vers des contrées hallucinatoires. Chaque plan, chaque séquence semble travaillé jusqu'au détail avec une maîtrise impressionnante. Foisonnant, Mandy pullule de références et d'hommages à plusieurs genres de cinéma et notamment ceux que son père, George Pan Cosmatos, a pu mettre en valeur au travers de Le pont de Cassandra, Rambo II, Cobra ou Leviathan. Une filmographie éclectique dont les fragrances inondent le cinéma de son fils.

Mandy est avant tout une expérience sensorielle avec un travail sur le son, la musique entêtante et quasi permanente de Jóhann Jóhannsson et un mise en image du même acabit, saturée de couleurs criardes quand elles ne tournent pas au rouge sang comme dans un giallo. Situé au début des années 80, le film embrasse surtout au départ l'iconographie des années 70 avec cette secte post Charles Manson qui débarque dans la vie de Red et Mandy après que le gourou Jeremiah (Linus Roache, Les chroniques de Riddick) s'entiche de la jeune femme croisée par hasard qui prend ici les traits de la fascinante Andrea Riseborough (Birdman). Enlevée, Mandy subit les tortures de barjots sous drogue devant un impuissant Red (Nicolas Cage).

Bourré d'idées et d'une mise en scène judicieuse, le film de Cosmatos est dans sa première partie très atmosphérique, empreint de mysticisme autour de la secte destructrice n'hésitant pas à invoquer une horde de bikers certainement satanistes grâce à une espèce de flute magique. Impossible me direz-vous, et pourtant le film roule du feu de Dieu. Les motards, revêtus de clous et de cuirs semblent tout droit sortis de l'antre de Clive Baker, et font basculer le film dans une série B ricaine des années 80. Ce mélange irise l'écran avec un bonheur et une générosité pantagruélique adossé à une maîtrise visuelle impressionnante. Un véritable hommage et pas un pillage pour des plans iconiques lorsque par exemple les bikers apparaissent dans la brume nocturne.

Si Nicolas Cage n'est pas trop présent au départ, son personnage prend de l'épaisseur quand il se relève de l'assassinat de sa femme pour partir se venger. Et le film encore de muer en revenge movie brutal et sanglant à coups de duels à la tronçonneuses, Red forge lui-même une hache imposante à l'image du père de Conan le barbare, après avoir chevauché une moto comme un cheval. Dans le rôle, Cage passe de sa posture d'homme simple à la Joe à celui de héros bad ass façon Ghost rider (mais en beaucoup mieux hein) pour dessouder ses ennemis. Entre quelques mimiques décalés, Nico le vengeur est excellent, et qui d'autre que lui aurait pu accepter un tel personnage à la frontière de la folie scénaristique et du concept casse-gueule. Parce que Mandy tourne à plein régime passant du thriller, au film satanique et au bis gore crapoteux grâce au génie d'un réalisateur généreux avec les spectateurs. Jamais foutraque, le film tient sur un fil et apporte son lot de séquences magnifiques sur la fin quand Red s'enfonce dans une terre fulcienne devenue une porte de l'enfer post-apocalyptique.

Tourné entièrement en Belgique (Yeah !) pour juste 6 millions de dollars (avec le concours de la boîte de prod d'Elijah Wood, décidément toujours dans les bons coups), Mandy est une vraie proposition de cinéma convoquant les fantômes de plusieurs univers et les mettant en lumière dans un long-métrage certes très particulier et métissé qui emporte l'adhésion finale (les apparitions de Richard Brake et Bill Duke en forme de clins d'oeil sont vraiment réussies). Apparemment, Mandy ne sortira pas en salle alors qu'il est fait pour être vu sur grand écran afin de profiter du son et de la beauté des images. Un crime.

 

5/6

 

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Commentaires: 8
  • #1

    alice in oliver (dimanche, 09 septembre 2018 12:32)

    Un rape and revenge avec Nicolas Cage et des combats avec des tronçonneuses ? Je suis preneur ! C'est bien que Cage accepte de tourner dans des productions subalternes, un choix qu'il devrait réitérer

  • #2

    Roggy (dimanche, 09 septembre 2018 12:51)

    C'est effectivement un choix judicieux, un de ses meilleurs rôles. Ce qui nous change de ses DTV parfois très mauvais.

  • #3

    titi70 (dimanche, 09 septembre 2018 17:49)

    Tu est plutôt enthousiaste concernant Mandy, bien plus que les journaleux de Mad qui ont parlé d'une vrai daube. Perso, rien que pour Nic Cage, ce film me tente. En esperant une sortie dtv bientôt.

  • #4

    Roggy (lundi, 10 septembre 2018 08:43)

    Ecoute, je suis un peu le seul en effet car au festival, c'est mitigé. Soit on déteste, soit on adore. Pas de juste milieu. Il est possible que tu détestes :)

  • #5

    Adrien (vendredi, 14 septembre 2018 11:54)

    Tellement ravi par ta chro de Mandy, tu ne peux pas savoir :D

    Beau boulot de suivi de festival, je n'imagine pas le boulot pour se souvenir des détails de plusieurs films vu à la chaine @_@

  • #6

    Roggy (vendredi, 14 septembre 2018 11:59)

    Merci Adrien. Il y a beaucoup de festivaliers qui n'ont pas aimé "Mandy", mais pour ma part, j'ai adhéré avec bonheur. Quant aux comptes-rendus, je les réalise dès le lendemain matin, sinon tu penses bien que ce serait trop difficile pour moi ;)

  • #7

    Princécranoir (samedi, 15 septembre 2018 10:01)

    Je me suis surtout intéressé à ton article sur "Meurs, montre, meurs" (encore que Cage couvert de sang, ça me parle aussi beaucoup !).
    Pas de lien apparent donc avec "la couleur tombée du ciel" jusqu'à ce qu'apparaisse dans ton commentaire ce tentacule qui réveille le Lovecraft en sommeil. Suffisant pour m'inciter à guetter la diffusion de ce film franco-argentino-chilien. :-)

  • #8

    Roggy (samedi, 15 septembre 2018 10:17)

    Si tu as le courage de le voir, "Meurs, monstre, meurs" pourra te plaire même si la structure du film et la créature de fin ne sont pas forcément les meilleurs arguments du long-métrage :)