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2e jour à l'Etrange festival

Pour ce premier jour après l'ouverture, le festival frappe déjà fort. Pas forcément avec le film horrifique allemand Luz, mais plus avec le poétique film espagnol Up among the stars et surtout avec l’uppercut norvégien Utoya, 22 juillet qui revient de manière réaliste avec un seul plan-séquence sur la tuerie de 2011 en Norvège.

 

 

LUZ – Eteins la lumière – Allemagne – 2018 - Tilman Singer

Pitch : Luz, une jeune conductrice de taxi, se rend en transe dans un poste de police. Les policiers décident de mettre la jeune fille sous hypnose pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé. Rapidement, les réalités se confondent...

 

Avec ce premier long-métrage (apparemment de fin d'études), Tilman Singer prend le spectateur à rebrousse poils en convoquant les figures du fantastique pour les déstructurer jusqu'à perdre toute cohérence et la plupart des festivaliers. Il faut dire qu'un film dans la langue de Goethe sous-titré en anglais n'est pas forcément des plus aisés à comprendre notamment pour votre serviteur, d'autant plus que Luz est particulièrement étrange.

Si le titre renvoie au nom du personnage principal, il est antinomique avec le reste du métrage, son image granuleuse et sombre digne d'une série allemande et la propension à faire apparaître des halos lumineux comme des passages vers l'inconnu ou un moyen de posséder l'autre grâce à un baiser charnel digne d'une bande des années 80. Sur le fond, pourquoi pas. Mais la forme et le propos du film restent très abscons. Singer utilise un long plan séquence très lents dès la scène d'ouverture voyant l'arrivée de Luz (Luana Vellis) à la police complètement apathique. A ce moment-là, le Docteur Rossini (Jan Bluthardt) la prend en charge et l'hypnotise pour une régression mentale afin de comprendre l'origine des événements.

Le metteur en scène nous avait déjà perdu avec une scène surréaliste où le Docteur rencontrait la mystérieuse Nora (Julia Riedler) qui s'avère être la cliente de Nora dans son taxi. Un bric-à-brac d'éléments narratifs que le scénario tente de raccorder lors de la séance d'hypnose où la bonne idée est de fusionner les éléments auditifs du passé avec la reconstitution du présent. Pour le reste, Tilman Singer laisse le spectateur sur le bord de la route entre une iconographie satanique, les effluves d'un cinéma fantastique des années 70 et les psalmodies récurrentes de Luz en espagnol trahissant son changement de personnalités et sa capacité de médium qui fait d'elle une espèce de réceptacle où les identités se bousculent.

Malgré une durée assez courte (1h10 au compteur) Luz est très long à s'enfiler entre le surjeu des acteurs tour à tour possédés et les attitudes désinvoltes d'autres personnages au milieu d'un scénario franchissant en permanence les frontières de l'absurde et du n'importe quoi (voire du ridicule pour certains acteurs). Si on couple cet ensemble à une réalisation hyper lente, un décorum épuré de film est-allemand et un script n'expliquant quasiment rien, Luz est une expérience difficile qui mérite sa place dans le festival en tant qu’œuvre bizarre. A l’opposé d'un Eraserhead de David Lynch fascinant et dérangeant, Luz semble fait uniquement pour son réalisateur (et ses délires) et une poignée de spectateurs qui ont dû comprendre et adhéré au concept. Tant mieux pour eux.

 

2/6

 

UP AMONG THE STARS - Espagne – 2018 - Zoe Berriatúa

Pitch : Depuis la mort de sa femme, Victor a sombré dans l’alcoolisme. Il a perdu son travail de réalisateur et passe ses journées à imaginer des scénarios qu’il raconte à Ingmar, son fils de neuf ans.

 

Cornaqué par le facétieux Alex de la Iglesia (Le jour de la bête), l'acteur-réalisateur Zoe Berriatúa (Los héroes del mal) signe avec Up among the stars (En las estrellas en vo), une œuvre à la fois nostalgique et péotique sur la relation d'un père et son fils au travers de leur amour d'un cinéma aujourd'hui révolu. Petite pépite comme le cinéma espagnol peut en produire parfois, Up among the stars s'inscrit dans une mine de références, un foisonnement d'idées, porté par un casting au diapason qui rendrait notamment un hommage au Fisher king de Terry Gilliam en passant par tous les films de Georges Méliès.

A l'image de Victor (Luis Callejo, La colère d'un homme patient), ancien concepteur d'effets visuels à l'ancienne (avec maquettes et matte painting), essayant d'élever son fils Ingmar alors qu'il est à moitié SDF et alcoolique notoire, le long-métrage de Berriatúa utilise les ficelles de la comédie fantastique afin de déployer un récit mélancolique. Pour compenser le manque de tout, Victor invente une histoire et improvise un scénario que le réalisateur met en images de manière très poétique. Les frigos volent, les machines à laver sont transformées en capsule spatiale au milieu de robots géants et de monstres réalisés en carton ou en stop-motion. Un imaginaire débridé et féérique qui vient se heurter à une réalité beaucoup crue et tragique. Les services sociaux menacent de lui retirer la garde de son fils et ses problèmes d'argent l'empêchent de sortir de sa situation et de réaliser le film promis à Ingmar.

Au-delà de la réflexion sur le deuil, la disparition de la femme de Victor (Macarena Gómez, Dagon, Musarañas) apparaissant régulièrement comme le fantôme de son amour perdu dont il ne peut se défaire, le long-métrage est avant tout une déclaration d'amour à un cinéma populaire fait de monstres (un ersatz de King Kong), de science-fiction avec des robots de toutes les tailles et de décors réalisés par des artistes. Il n'en reste plus que des photos et des souvenirs désormais effacés au détriment d'une industrie hollywoodienne qui a phagocyté le cinéma grâce à l'arrivée et à la suprématie des nouvelles technologies, reléguant les magiciens de l'image et du trompe-l’œil au rang des oubliés du dernier rang. Bref, Berriatúa (et De la Iglesia avec sa propre société de production) tapent fort sur l'industrie du cinéma actuelle pour dénoncer une réalité où certains réalisateurs comme Victor ne peuvent plus tourner de films.

Si le long-métrage est mélancolique, il reste très drôle par les interactions entre les personnages (les seconds rôles sont moins intéressants), la relation père/fils et la nostalgique qui émanent de Up among the stars, notamment lorsque les deux personnages traversent des décors de cinéma à l'abandon ou quand ils sont seuls à regarder une vieille bobine d'un film de monstres en noir et blanc dans une immense salle vide, au milieu des tenanciers évoquant sans détour la chute irrémédiable de ces salles de quartiers et par là même, un cinéma espagnole voire européen en voie d'extinction. Au final, on ressort de la salle un peu ému par ce joli petit film tout en nostalgie et transpirant à grosses gouttes la passion d'un cinéma du début du 19e siècle avec comme porte-étendard un Méliès, au sein d'un film émouvant et riche de trouvailles visuelles. Une bouffée d’oxygène salutaire.

 

4/6

 

UTOYA, 22 JUILLET - Norvège - 2018 - Erik Poppe

Pitch : Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik se rend au camp d'été de la Ligue des jeunes travaillistes, sur l'île d'Utøya, pour massacrer le plus de personnes possible. Kaja, 19 ans, est sur l’île à ce moment-là, et elle cherche sa sœur quand débutent les événements…

 

Premier choc du festival avec cette reconstitution de l'attentat ayant endeuillé la Norvège en 2011. Une tuerie froide et frontale basée sur une proposition de cinéma originale et casse-gueule, un unique plan-séquence. Et pourtant, c'était sans doute la seule réponse pour relater les faits avec la plus grande exactitude possible. Après une séquence d'introduction montrant en parallèle l'explosion d'une bombe à Oslo, Erik Poppe (En eaux troubles) pose sa caméra sur le visage de Kaja (formidable Andrea Berntzen) qui se tourne vers nous pour la première et la dernière fois et, par le biais d'une conversation téléphonique adressée à une autre personne, passe indirectement un message au spectateur.

L'instant d'après, ce dernier est immergé dans le camp de jeunes travaillistes réunis pour l'été sur l'île d'Utoya. Très vite, les premiers coups de feu retentissent et avec eux la terreur invisible se propage à l'ensemble des personnes présentes. Le travail sur le son est à ce titre extraordinaire. Chaque tir retentit avec une violence sourde comme un écho à l'horreur perpétré. Si on pense forcément à Elephant de Gus Van Sant, Utoya, 22 juillet va plus loin dans la mesure où la caméra ne fait pas juste qu'accompagner les protagonistes, elle est un personnage à part entière s'immisçant au plus près de ces adolescents en panique. Et le spectateur de participer avec eux à ce chaos sans nom et sans visage, de se blottir contre les arbres ou les rochers avec le désespoir de l'urgence.

Le film prend ainsi aux tripes dès le départ et ne lâchera pas le spectateur balloté comme les personnages d'un lieu à l'autre en suivant le parcours désespéré de Kaja à la recherche de sa sœur Emilie. On suffoque avec eux, pris à la gorge par les tirs incessants qui s'approchent ou s'éloignent sans jamais (presque) voir le tueur, même si nous connaissons les origines du drame à l'inverse des personnages. Une souffrance partagée de 72 minutes (la durée de l'assaut) filmé, a priori, en un seul plan-séquence dont la mise en scène forcément très contraignante sied à merveille pour représenter cette véritable séquence de combat à l'issue tragique. On n'oublie littéralement la caméra portée, elle n'a pas les inconvénients des found footage donnant la gerbe.

Par cet effet de style, le film évite surtout le voyeurisme et décrit avec froideur cette tuerie qui aura fait au total 77 morts, une centaine de blessés et 300 personnes en choc post-traumatique. On pourra reprocher au film sur la fin une chute de la tension à cause d'une discussion un peu longue (peut-être pour tenir sur les 72 minutes), mais l'instant suivant la tragédie reprend ses droits avec une séquence choc amenant jusqu'aux ultimes cris et cet écran noir salvateur mais pesant lorsque les lumières se rallument. Pas envie d'applaudir mais de digérer un film ultra violent au niveau sonore (le réalisateur montre peu l'impact des balles mais quand il le fait, c'est très explicite). Présenté récemment à Berlin, Utoya, 22 juillet a été montré à des associations de victimes d'Utoya (toutes n'ont pas pu le regarder) et va s'en doute déclencher des polémiques. Fallait-il le tourner si tôt ? Difficile de répondre mais le choc de cinéma est sec et brutal, le spectateur reste accroché à son siège et y repense bien après la séance.

 

4,5/6

 

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