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10e Jour

10ème Jour : Samedi 12 septembre 2015


Pour mon dernier jour à l'Etrange festival, l'ultime fournée est copieuse, voire gastronomique avec quatre films au menu. En entrée, une série B des années 80 (Rêves sanglants), peut-être le meilleur film du festival avec de l'indien en 1er plat de résistance (Sunrise), une bizarrerie poétique venu du Canada pour continuer (La chambre interdite) et pour finir une sucrerie sanglante turque (Baskin). J'y ajoute un digestif colombien (Carne de tu carne) que je n'avais pu caser auparavant.



REVES SANGLANTS (THE SENDER) – Horreur – UK - 1982 – Roger Christian

Pitch : Pour avoir tenté de se suicider, un homme se retrouve interné dans un établissement psychiatrique. Amnésique, cet étrange patient a la capacité de transmettre de manière incontrôlable ses cauchemars dans la tête des personnes qui l’entourent.


Premier film de Roger Christian, le réalisateur britannique à la carrière très particulière dont on ressortira l'inénarrable Battlefield Earth, vaisseau-mère d'une Scientologie prosélyte ou plus récemment le DTV Prisonners of the sun. En 1982, il tourne certainement son premier et meilleur essai avec ce Rêves sanglants à l'esthétique soigné et aux thématiques communes à cette époque.

Le film débute par une très belle scène avec un homme (Zeljko Ivanek) cherchant à se suicider en noyant dans un lac. Ayant perdu la mémoire et amené dans un hopital psychiatrique, John Doe (nom générique donné à ceux qui n'ont pas de patronyme) recèle des pouvoirs très étranges. Il a la capacité de communiquer ses propres rêves (ou plutôt cauchemars) à d'autres personnes, en l'occurrence le Dr Farmer, la psychiatre qui s'occupe de lui (excellente Karthyn harrold qui n'a sans doute pas eu la carrière qu'elle méritait). Entre rêve et réalité, le film déploie ses ailes de manière très lente et vaut pour ses scènes chocs fantasmées par l'esprit de Doe. Des séquences marquantes comme ces rats par dizaine dans une chambre où la poursuite en voiture.

La plus réussie étant celle où Doe subit des électrochocs. Le personnel médical est littéralement propulsé dans les airs comme expulsé par l'esprit du patient à la manière de Scanners mais sans aller aussi loin. Film sur l'impossibilité de se détacher de la cellule familiale (les apparitions de la mère toujours opportunes), Rêves sanglants annonce déjà Les griffes de la nuit dans cet établissement cousin de Vol au-dessus d'un nid de coucou où les patients entretiennent également ce sentiment de folie ambiante. Dotée d'une mise en scène efficace sans effets racoleurs, Rêves sanglants est un petit film oublié qui reste très réussi dans les thèmes abordés et son esthétique du début des années 80.


Note : 4 / 6

 

SUNRISE - Polar noir – Inde - 2014 – Partho Sen-Gupta

Pitch : À Bombay, l’inspecteur Joshi a du mal à accepter la disparition de sa fille de six ans, enlevée il y a une décennie. Persuadé que le mystère se trouve dans le Paradise, night club peu recommandable, il enquête la nuit à la recherche de la vérité.


Battu par une pluie continu, Sunrise évolue dans un contexte sombre, loin des amours et des danses Bollywoodiennes. Le Bombay du monde de la nuit et en particulier celui de la prostitution y compris celle des enfants. Au milieu de ce chaos nocturne organisé, Joshi (Adil Hussain vu dans L’Odyssée de Pi) cherche sa fille disparu depuis cinq années ou plutôt une rédemption entre sa femme au bord du gouffre et des meurtres qui s’amoncellent autour de lui.

Sunrise dégage une puissance incroyable grâce à une photographie magnifique où les couleurs primaires sont sublimées par le chef opérateur français Jean-Marc Ferrière (qui a reçu le prix mérité au festival de Durban), contrastant avec la noirceur des âmes et de l'atmosphère pesante. A cela, il faut ajouter la mise en scène et le cadrage au diapason de cette histoire sordide où les jeunes filles sont des esclaves sexuelles, subissant l'enfermement et la violence au quotidien. Une vie racontée sans pathos mais au plus près de ces êtres recluses dans un immeuble, alors que l'enquête de l'inspecteur se croise et le ramène inexorablement vers le night club "Le Paraside", où les jeunes filles sont exposées aux clients. Une véritable anti-chambre de l'enfer aux éclairages criards.

Film d'atmosphère et de sensation (les dialogues sont rares), Sunrise se métamorphose alors en film de genre lorsque Joshi, aux confins de son cauchemar éveillé, entame sa quête vengeresse et libératrice. Un adversaire fantomatique qu'on ne verra jamais, dont seule la silhouette à la Murnau se découpe sur les murs délavés de la ville ou dans les chambres d'enfants, tel un croquemitaine chimérique. Dans son ultime bobine, le film convoque les esprits de l'expressionnisme allemand avec cet affrontement en ombre chinoise à la beauté fascinante, plongeant encore plus le film dans l'irréalité à mesure où Joshi s'enfonce dans les entrailles de la ville. Une scène à la beauté sépulcrale portée par une musique d'outre-tombe et les gémissements des enfants.

Brillant techniquement, éblouissant visuellement, Sunrise s'impose définitivement comme LA découverte de cette 21e édition, dans une Inde pluvieuse et sans compromis. A Voir est un euphémisme.


Note : 5+ / 6

 

LA CHAMBRE INTERDITE – Fantaisie poétique – Canada – 2015 – Guy Maddin et Evan Johnson

En présence d'un Guy Maddin jovial et de deux de ses acteurs Jacques Nolot et Sliman Dazi.


Pitch : L’équipage de ce sous-marin canadien arrivera-t-il à sauver une demoiselle séquestrée par d’étranges créatures ? À quoi rêve la moustache d’un cadavre ? À quoi pense un volcan en éruption ? Et l’amour, dans tout ça ?


Comme il l'a expliqué avec déférence et en rendant hommage à Luce Vigo (fille de Jean Vigo) présente dans la salle, Guy Maddin est parti à la recherche des films perdus qui le fascinent depuis toujours. Il les ressemble ici pour leur donner vie au travers de courts-métrages s'imbriquant les uns dans les autres. Guy Maddin est un artiste à la marge du système et qui traîne sa poésie depuis maintenant presque 30 ans par exemple avec sa muse Isabella Rosselini, il invita au voyage dans The saddest music in the world en 2003. Un monde où l'onirisme et la poésie vont de pair.

Si le film peut sembler d'accès difficile, il faut pourtant se laisser porter par la beauté des images iconoclastes et bouillonnantes où l'histoire à que peu d'importance. Sans répit pour le spectateur, les réalisateurs projettent à l'écran une fantaisie visuelle dont un Michel Gondry pourrait être un cousin francophone. Un poésie brute, prenant les rivages de l'absurde pour retomber sur ses pieds par un agencement subtil de ces histoires oubliées et jamais tournées. Guy Maddin leur redonne vie dans un maelstrom d'images cathartiques saupoudrées d'une poésie subtile et décalée, accompagné par un casting prestigieux où on reconnaît notamment Mathieu Amalric, Udo Kier ou Charlotte Rampling.

La chambre interdite devient ainsi le réceptacle de l'imaginaire de Maddin qui proposera toute une palette de visions dadaïstes en rendant hommage à un cinéma du passé. On passe ainsi du cinéma muet en noir et blanc à une imagerie plus contemporaine allant du cinéma de Fritz Lang à Hitchcock. Le film est une mosaïque composé de plusieurs tableaux rappelant les films d'épouvante, de savants fous ou de serials, avec des intertitres jaillissant sur l'écran et de petits cartons de présentation avec le nom des acteurs. Une poésie absurde et comique servie par un déferlement d'images et de sons comme une vraie déclaration d'amour au cinéma. S'il faudra néanmoins s'accrocher pendant les deux heures de projection, La chambre interdite s'avère une inventive curiosité.


Note : 4 / 6

 

BASKIN – Horreur – Turquie – 2015 – Can Evrenol

Pitch : Durant une ronde nocturne dans la banlieue d’Istanbul, cinq policiers se retrouvent pris au piège dans les décombres d’un vieux bâtiment en ruine et vont devoir affronter une secte menée par un inquiétant gourou.


Annoncé comme une bombe, la première réalisation du turc Can Evrenol est pourtant assez décevante au final. Si le film commence plutôt bien avec ces cinq flics discutant dans un restaurant, le deuxième partie du long-métrage s’essouffle trop rapidement. Can Evrenol veut en mettre plein les yeux du spectateur et son entame rappelle les récents films français, dont apparemment il est fan, en donnant à un personnage un background traumatique. Un choix qu'il traînera comme un boulet tout au long du film en coupant la narration par des flashback sans réel intérêt.

Dommage, car Baskin est intéressant lorsqu'il présente ses protagonistes alternant le dégoût (ce sont de vrais salauds) et l'empathie quand ils chantent dans la voiture. De la même manière, l'atmosphère se fait pesante et dramatique lorsqu'ils pénètrent dans un vieil immeuble délabré. Pourtant, c'est là que les ennuis commencent pour les policiers et pour le scénario qui finit sa course dans les couloirs sombres de la bâtisse. Trop vite des créatures maléfiques sont découvertes et la poursuite s'arrête alors qu'elle vient de débuter. Frustré, le spectateur l'est encore plus quand il s'aperçoit que la fin du film sera un huis-clos où des freaks torturent les survivants, auréolée d'une iconographie se voulant lugubre et transgressive.

Si la photographie est très belle, la caméra du jeune réalisateur a du mal à donner une force au film et générer la peur (ce qui est grave pour un film d'horreur) du fait de cadrages trop serrés et d'enjeux limités. On ne comprendra rien à l'existence de cette secte sataniste autour d'un petit personnage au visage déformé, gourou d'anciens êtres humains s'exprimant par de simples borborygmes. Là encore, cette partie frôle le ridicule alors qu'elle renvoie potentiellement aux cénobites de Clive Barker. Et ce ne sont pas ces quelques saillies gores qui donneront plus un cachet d'horreur à Baskin qui, au final est une grande déception pour un film ambitieux qui se délite progressivement.


Note : 3-/ 6

 

CARNE DE TU CARNE – Epouvante – Colombie - 1983 – Carlos Mayolo

Pitch : 1956. En pleine dictature colombienne, une famille se réunit à l’occasion d’une veillée funèbre. Mais des explosions dans la ville vont obliger les membres du clan à s’éparpiller dans les décombres et à vivre des aventures différentes.


Comme il est mentionné sur la 1ère image, le réalisateur Carlos Mayolo (également scénariste) veut rendre un hommage à Roger Corman et Roman Polanski avec son Carne de tu carne. Des intentions louables qu’on entrevoit avec parcimonie dans ce film colombien assez étrange aux influences finalement diverses. Parce qu’il faudra que le spectateur s’accroche et accepte une première moitié de film très lente (après le décès de la grand-mère) où l’action va se résumer à de longues palabres entre les membres de la famille sur les réminiscences de son passé et à des séances de vieux films familiaux. Entre temps, on aura bien eu une explosion de tête d’un dindon vivant par un gars qui lui aura fourré son fusil dans le bec (gratuit et sans effet spécial comme dans un film de cannibale italien ! ).

Et puis, tout à coup la maison familiale explose, la grand-mère réapparaît dans un coin et la famille déménage à la campagne. C’est à partir de là que les événements bizarres s’enchaînent à un rythme certes lent mais crescendo. Si le film semblait s’en tenir à un drame où les histoires du clan familial ne sont pas toujours bonnes à dire, Carne de tu carne prend les chemins du fantastique. Aux abords d’une nature luxuriante, les apparitions de personnages fantomatiques rythment alors la vie de la communauté. Mais les changements les plus étonnants concernent les deux pré-ados qui, au départ se bécotent gentiment. Une relation incestueuse se noue progressivement lorsque la très jeune fille cherche à avoir des relations sexuelles avec son jeune compagnon. Comme possédée, elle entraîne son amant à commettre le péché de chair sous les yeux des revenants (et de la grand-mère !) venus assister au spectacle. Le ton devient ainsi plus transgressif, d’autant que les deux tourtereaux commettent des exactions, volent des enfants en bas âge. Leurs jeux innocents du début laissent la place à une violence latente. La jeune fille n’hésite pas à tuer et à se goûter le sang de sa victime. Les deux enfants sont désormais passés dans une autre réalité. Même leur apparence s’est transformée comme s’ils devenaient des zombies.

Au final, Carne de tu carne est un film assez particulier (à la limite de l’ennui par moment), entre naturalisme et fantastique local, naviguant entre plusieurs genres. On est presque plus dans Carnival of souls que chez Corman ou Polanski comme énoncé dès le départ.


Note : 3-/ 6


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Commentaires: 4
  • #1

    Rigs Mordo (dimanche, 13 septembre 2015 17:22)

    Beau report, once again! Dommage pour Baskin, le pitch donnait bien envie! Je note aussi The Sender qui semble bien cool également !

  • #2

    Roggy (dimanche, 13 septembre 2015 17:54)

    Comme tu l'écris, "Baskin" est une vraie déception au vu de son sujet et du visuel. "The sender" est un film que tu pourrais voir et nous donner une belle chronique dont tu as le secret.

  • #3

    Nola Carveth (mardi, 15 septembre 2015 22:02)

    Très bonne découverte que ce Rêves Sanglants, qui dans sa narration, m'a fait pensé à Chromosome 3. Dommage qu'on soit passés à côté de ton coup de coeur du festival, à surveiller pour la suite ! Je repasse une couche sur La Chambre Interdite ?^^ Bien contente que tu aies apprécié. En revanche, je ne vois pas Gondry, car l'aspect artisanal n'est pas dans les décors, mais dans l'image. Mais on est d'accord sur le bel hommage au cinéma qu'il constitue. Intrigant, Carne de Tu Carne ! Là comme ça (mais ça n'a sûrement rien à voir), ça me fait penser à un autre film colombien, The Crack, qui commence lentement avant de virer vers l'étrangeté.

  • #4

    Roggy (mercredi, 16 septembre 2015 18:09)

    J'espère que tu pourras voir "Sunrise" et qu'il te plaira. Quant à "La chambre interdite", ma comparaison était une sensation générale visuelle. Je ne connais pas "The Crack" mais "Carne de tu carne" est assez particulier dans son traitement politique et de la sexualité.