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THE HAUNTING OF HILL HOUSE

 

 

Saison 1 : 10 épisodes

Durée : entre 45 et 70 min par épisode

Date de création : 2018

Créateurs : Mike Flanagan

Réalisateur : Mike Flanagan

 

Note : 5/6

 

 

Pitch : Plusieurs frères et sœurs qui, enfants, ont grandi dans la demeure qui allait devenir la maison hantée la plus célèbre des États-Unis sont contraints de se retrouver pour faire face à cette tragédie ensemble. La famille doit enfin affronter les fantômes de son passé, dont certains sont encore bien présents dans leurs esprits alors que d’autres continuent de traquer Hill House.

 

The haunting of hill house est une nouvelle adaptation de La Maison Hantée de Shirley Jackson après l’emblématique long-métrage de Robert Wise en 1963. La maison du diable qui, sans rien montrer et en faisant appel à la suggestion du spectateur, donnait le frisson grâce à la mise en scène du réalisateur de Audrey Rose. La plateforme Netflix est encore à l’origine de cette relecture d’un classique de l’épouvante, confie la production et la réalisation à Mike Flanagan surtout connu pour avoir mis en image la séquelle à Ouija, un des pires films d’horreur de ses dernières années. Avec Ouija, les origines, Flanagan ne s’en tirait pas trop mal avec derrière lui l’écurie de Jason Blum. Un jockey capable d’amener sa monture vers la victoire sans aucun moyen. Avec The haunting of hill house, Mike Flanagan va encore plus loin en prenant le temps de développer ses personnages et son récit.

 

Contrairement au film de Wise, The haunting of hill house n’est pas juste un exercice de style au service de la peur. Cette première saison n’hésite pas à montrer les prémices de la terreur en distillant ses effets avec parcimonie tout au long des épisodes. L’histoire se déroule à la fois pendant l’été 1992, où le couple Crain et ses cinq enfants s’installent dans le manoir de Hill house et en 2018, où devenus adultes le père et la phratrie se retrouvent suite au décès d’une des leurs. Flanagan découpe ainsi son récit en deux temporalités et n’aura de cesse de faire l’aller-retour entre les époques au travers du regard de chaque protagoniste. Ainsi, les segments se succèdent au rythme du prisme des membres de la famille finissant d’achever le puzzle dispersé au milieu de cette demeure maléfique.

Famille au bord de la crise de nerf

La série est avant tout le parcours de vie d’une famille ordinaire avec un père attentionné Hugh (Henry Thomas, le petit garçon dans ET) et une mère un peu perturbée Olivia (Carla Cugino, Spy kids). Cette dernière se suicide un soir très particulier qui reste la pierre angulaire du récit. Cette nuit-là, le père s’enfuit avec ses enfants (Steven, Shirley, Theo, Luke et Nell) afin de les sauver d’un péril qu’il juge suffisamment important au point de laisser sa femme seule dans la maison. Une séquence choc refaisant surface régulièrement comme point d’ancrage du futur des enfants. Et on comprend mieux pourquoi 26 années plus tard les cinq rejetons sont quelque peu perturbés. Steven l’aîné (Michiel Huisman, Game of thrones) est un écrivain célèbre ayant relaté l’histoire de sa famille et de la maison au grand désespoir de Shirley (Elizabeth Reaser, Grey's anatomy) devenue croque-mort, de Theo (Kate Siegel) pédopsychiatre obligée de porter des gants pour éviter d’entrer en contact avec les gens et ressentir leurs angoisses. Enfin, les deux jumeaux Luke (Oliver Jackson-Cohen) et Nell (Victoria Pedretti) sont peut-être ceux qui ont le plus souffert. Luke est toxicomane et Nell au bord de la folie du fait de visions horrifiques récurrentes. Dans ce contexte, le suicide de Nell remet les cartes sur le tapis comme si les événements se produisaient à nouveau à l’ombre de cette satané demeure. Elle contraint surtout la phratrie désorganisée et n’ayant jamais réglé ses problèmes à se rapprocher autour du père (Timothy Hutton, La part des ténèbres) désormais le patriarche absent d’une famille en décomposition.

 

Tempus fugit

La force de la série est de créer une réelle empathie pour ses personnages en prenant suffisamment le temps de les caractériser, de montrer leur faiblesse telle une épée de Damoclès au-dessus de la tête, s’abattant sur eux en toute occasion. Grâce à la construction en tiroirs et dans le temps, chaque personnage prend de l’épaisseur et le spectateur reconstitue au fur et à mesure le fil de leur existence en récoltant les éclats de vie éparpillés depuis l’enfance. Certaines séquences prennent ainsi une autre tournure en fonction de l’angle de vue privilégié, l’histoire se recompose entre le début des apparitions dans la maison et les conséquences de leurs actes à l’âge adulte. Car si The haunting of hill house est une série sur une maison hantée avec fantômes de circonstance, elle est également le récit de l’érosion d’une famille face à ces réminiscences spectrales. Des entités qui sont le terreau permettant de faire ressortir les non-dits, les ressentiments suite aux événements développés pendant leur séjour à Hill house. Les souvenirs remontent à la surface comme les cadavres qui viennent s’entrechoquer dans les esprits des protagonistes.

 

Le château de la peur

Il faut dire que le manoir en question s’apparente à un personnage à part entière, un château gothique digne de la Hammer ou du récent Crimson peak se dressant avec prestance dans la campagne américaine. Dans ce dédale de pièces, elle recèle en son cœur les mystères les plus sombres d’un passé enfoui, symbolisés par une chambre rouge énigmatique, impossible à ouvrir. Le lieu rêvé pour les apparitions imaginaires et les interactions avec ces nouveaux habitants lors de scènes bien flippantes sans appuyer sur les jumpscares. On sait gré au réalisateur de minimiser ses effets au profit d’une mise en scène s’immisçant dans chaque recoin de la demeure au plus près des héros. La caméra capture ainsi les frayeurs par le truchement d’un placement judicieux et l’utilisation optimale de la personnalité de la maison. Elle semble vivre, respirer autour des immenses pièces dans lesquelles trônent des statuts antiques ou cet escalier en colimaçon desservant la fameuse pièce interdite.

 

Episode 6

Ce segment est à marquer d’une pierre blanche. Filmé en 5 plans-séquences, L’éloge funèbre suit la famille réunie autour du corps de Nell pour la veillée avant l’enterrement. Comme dans une pièce de théâtre, cet épisode ressemble presque un huis-clos, une sorte de purgatoire battu par l’orage à l’extérieur où les destins se croisent à nouveau pour une confrontation salutaire, constituant in fine un des meilleurs moments de cette saison. Sans précipitation, la caméra se love autour des personnages et recueille leurs impressions dans ce moment funeste. Les langues se délient alors que le fantastique n’est jamais très loin, tapi dans un coin. Même si les hallucinations sont fugaces, la qualité de la mise en scène rend les images à la fois oppressantes et attirantes. L’envie de connaître le dénouement se fait alors de plus en plus fort tandis que les retours en arrière répondent aux interrogations et augurent d’une tragédie inéluctable face à la question, comment en est-on arrivé là ?

House of the dead

Porté par un casting irréprochable et complémentaire, The haunting of hill house rapproche les personnages autour de la mort et des révélations finales. Tel un aimant, la maison les fait venir à nouveau vers elle pour à la fois conjurer et accepter le sort qui s’est abattu sur eux. Point d’échappatoire, et la route vers le retour au bercail est semé d’embûches, de visions impromptues et de souvenirs insondables. Les deux récits entremêlés dans ces ramifications temporelles se rejoignent au gré des derniers épisodes. Les fantômes du passé se font à nouveau jour et avec eux leurs cortèges de frustration et de souffrance. Bien que présents, ils sont en fait les métaphores, les aléas de la famille Crain, leurs sentiments refoulés depuis le décès de la mère, jamais remplacée. De fait, les personnages sont foisonnants mais trouvent une place idéale dans la conclusion nous renvoyant tout autant à Shining, Silent hill ou Interstellar. De belles références pour une série qui fera date dans le monde du drame et de l’épouvante télévisuelle.

Au final, The haunting of hill house est une vraie belle surprise dont on n’attendait pas forcément cette qualité narrative et visuelle dans un genre trop souvent engoncé dans des codes établis par les références cinématographiques. Grâce au format du petit écran, Mike Flanagan peut travailler ses personnages (le casting est parfait) et faire évoluer son histoire par le biais de séquences chocs mais également de moments plus intimes afin de mieux ressentir les peurs comme cette femme à la tête tordue qui prend tout son sens dans le climax. Bref, de la belle ouvrage malgré sans doute quelques scènes ralentissant le rythme, notamment le dernier épisode un peu long et trop sirupeux pour conclure le show. Juste un péché véniel au regard de la qualité de la série dont les initiateurs réfléchissent forcément à lui donner une suite.

 

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Commentaires: 2
  • #1

    titi70 (mercredi, 19 décembre 2018 13:14)

    Plutôt que de refaire une nouvelle version du roman de Shirley Jackson (et du film de Robert Wise), Mike Flanagan préfère s'en servir pour apporter sa propre sensibilité. Le résultat est une excellente série dont, contrairement à ce que tu dis, il n'y aura pas de suite. Une saison 2 a bien été annoncé, mais, elle racontera une nouvelle histoire avec de nouveaux personnages et certains murmurent que Mike Flanagan n'y serait plus rattaché, trop occupé par son adaptation de Docteur Sleep.

  • #2

    Roggy (mercredi, 19 décembre 2018 19:56)

    Je pense au final que c'est mieux qu'il n'y ait pas de suite directe. Et même une saison 2 avec une autre histoire, je ne sais pas si ce sera aussi intéressant, comme l'avait été la suite à "True detective".