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THE EXORCIST

 

Saison 1 : 10 épisodes

Durée : 45 min/épisode

Date de création : 2016

Créateur : Jeremy Slater

 

Note : 4/6

 

 

 

La machine à recycler les concepts et les grands mythes à succès s’étaient déjà emparée de quelques œuvres cinématographiques comme Fargo des frères Cohen, L’arme fatale ou Une nuit en enfer. L’annonce de l’adaptation en série du roman The Exorcist de William Peter Blatty ne pouvait que donner des sueurs froides, surtout à l’aune du chef-d’œuvre de William Friedkin. Contre toute attente, le pari est globalement réussi et s’avère un parfait pendant d’une histoire passée depuis à la postérité.

 

Rendez-vous en terre connue

inspirée du roman culte de Blatty, la situation de départ de cette première saison n’a rien de particulièrement originale. A Chicago, la famille Rance vit tout à fait normalement tandis que des phénomènes étranges commencent à perturber leur équilibre. Angela, la mère de famille pense qu’une de ses filles est possédée par un démon suite à un choc traumatique et un comportement d’humeur changeant voire violent. Convaincue, elle en parle au jeune prêtre Thomas de la paroisse locale qui, suite à une petite enquête, décide d’alerter sa hiérarchie quant à la possible possession de la jeune fille. Pourtant, l’Église ne semble pas décider à passer le Rubicon et dépêcher un exorciste si facilement. Qu’à cela ne tienne, le père Thomas fait appel à un exorciste spécialisé, le Père Marcus. Le décor est vite planté dans ce premier épisode où Marcus apparaît pratiquant un exorcisme au chevet d’un enfant possédé dans les favelas de Mexico. On pense bien évidemment au Père Merrin comme un lien indélébile entre le film et la série. D’ailleurs, les notes célèbres de la musique de Mike Oldfield résonneront quelques secondes pour marquer encore plus la filiation entre les deux.

Sous la houlette de Jeremy Slater, créateur et showrunner de la série, The Exorcist reprend les mêmes ingrédients du livre ainsi que les codes bien connus du film connaissant l’impact de celui-ci sur les spectateurs. Le long-métrage de Friedkin est devenu le maître étalon du film de possession. Sans chercher à le copier, Slater crée son propre univers (forcément similaire) en y injectant d’autres lignes directrices horrifiques venant alimenter une trame classique d’humains sous l’influence d’une entité maléfique. La série s’adjoint aussi dans ce premier épisode le concours de Rupert Wyatt, réalisateur notamment de La Planète des Singes : Les Origines, ce qui donne déjà un gage de qualité visuelle et une mise en scène parfaitement maîtrisée. Mais la réalisation ne fait pas tout, il faut une écriture de qualité et des personnages consistants et cohérents.

Un casting du diable

On peut affirmer que le casting est une des qualités principales du show. Dès le départ, le spectateur se prend d’affection pour ces personnages et notamment le duo formé du jeune Père Thomas interprété par le mexicain Alfonso Herrara (aperçu dans la série Senso 8). Il possède ce petit charme naturel latino à la "Antonia Banderas" et s’avère crédible dans son rôle de candide confronté au mal. Face à lui, Ben Daniels aux faux airs de Michael Fassbender (la série Flesh and bones) est formidable en Père Marcus, sorte d’exorciste violent et prêt à tout pour arriver à ses fins. On retrouve aussi avec bonheur l’impeccable Geena Davis (La mouche, Thelma et Louise) en mère courage et obstinée pour défendre ses enfants et combattre le soi-disant démon planant au-dessus d’une famille en perdition, avec un père absent suite à un accident vasculaire. Un trio principal au charisme très fort qui gravite autour d’une multitude de seconds rôles au sein de sous-intrigues plus ou moins réussies.

Un fauteuil pour deux

La relation ambiguë nouée entre les deux prêtres donne toute sa saveur à la série. Marcus est un homme d’Église traumatisé par la mort d’un enfant suite à un exorcisme ayant mal tourné et transporte avec lui ses propres démons intérieurs. Exclu de l’Église, il continue de pratiquer en free-lance cet exercice sulfureux avec des méthodes musclées à l’instar de sa cohabitation avec le Père Thomas. Un homme tourmenté quant à lui par une belle paroissienne avec laquelle il a déjà fauté et dont les apparitions le troublent inexorablement. Des êtres à l’âme perdue tentant de s’entraider pour sauver la jeune et jolie Casey (Hannah Kasulka), en mode Linda Blair. C’est surtout la rencontre de l’eau et du feu provoquant des étincelles car les deux prêtres n’ont pas les mêmes visions et approches de leur fonction. Marcus faisant office de professeur à la hussarde (limite attiré par les hommes dans les bars) tandis que Thomas, en pleine remise en question, se forme à l’exorcisme sous les auspices d’une hiérarchie voyant d’un mauvais œil l’intervention d’un prêtre excommunié et de ses fréquentations douteuses.

Chicago ne répond plus

L’autre prise de risque de la série est la radicalité dans les propos et le visuel très sombre voire sanglant (certains plans sont vraiment sanguinolents et les cadavres mutilés abondent), avec une absence d’humour déplacé et rédempteur à l’instar du film initial. Ici, les enfants sont torturés par le mal jusqu’à la mort dans de violentes souffrances. Les réalisateurs ne nous épargnent rien et ne se gênent pas pour taper sur l’institution religieuse. Sous couvert de la venue du Pape à Chicago, la série montre une facette très négative de l’Église entre luttes d’influences, de pouvoir et manigances pour étouffer les affaires qui pourraient éclabousser le Saint-Siège. Tout au long de la saison, la menace d’attentat et les conspirations flottent dans l’air à l’image de la venue d’un Président, renvoyant par instant The Exorcist à des séries politiques. Une histoire parallèle assez ambitieuse et relayée par la secte démoniaque recrutant ses adeptes parmi la population des sans-abris. On pense aussi à John Carpenter avec Prince des ténèbres.

Sors de mon corps

La mise en place de la série est particulièrement prenante et les enjeux se définissent de façon claire pendant que chaque personnage prend de l’épaisseur au travers de l’exploration de leur psyché personnelle. Mieux encore, à la moitié du show, une révélation fracassante remet encore plus l’histoire sur les mêmes rails que le film de Friedkin, comme une filiation inattendue et amenée avec subtilité, avant une deuxième moitié de saison plus classique. En effet, la dernière partie fera la part belle à l’exorcisme en lui-même au cours duquel nos deux héros sont aidés par une religieuse (la sœur Bernadette) pratiquant cet exercice au sein d’une congrégation accueillant des personnes sous emprise démoniaque, laissant presque penser que toute la ville est contrôlée par des entités maléfiques. Des séquences n’évitant pas les clichés des films d’exorcisme, quelquefois un peu longuettes et outrancières, où on retrouve les éternelles voix caverneuses, les contorsions de corps et les stigmates sur un visage meurtri par la douleur et la possession.

Pazuzu la sortie

Le scénario adopte aussi un autre point de vue avec la matérialisation du démon ayant investi le corps de Casey. Invisible pour le commun des mortels, il lui apparaît sous les traits d’un vieil homme (Robert Emmet Lunney) plus ou moins agressif lors de séquences cauchemardesques. Ce combat intérieur se retrouve alors en première ligne et crédibilise de fait la situation vécue par la jeune fille. On n’est pas loin par instant d’un Insidious avec cette volonté d’aller au-delà des apparences et de s’immiscer dans la tête des personnages. A l’image de toute la série cherchant à éprouver ses protagonistes et les titiller jusque dans leurs peurs les plus profondes à l’aide de flash-back ou d’apparitions fantomatiques. Si la série a forcément une atmosphère panthéisme récurrente, elle s’avère néanmoins très psychologique en interrogeant les prêtres sur leur foi, le sens de la vie, avec des humains finalement dévolus à devenir les serviteurs du Diable.

On sera peut-être un peu plus réservé sur les histoires parallèles notamment liées à la secte qui, d’un côté alourdissent le récit, mais d’un autre permettent une respiration salutaire entre chaque scène d’exorcisme (la série compte un grand nombre de personnages secondaires). A ce titre, le scénario se permet quelques facéties et débordements lorsque Casey s’échappe et sème la terreur en ville comme dans un slasher des 80’s. Certes, c’est plaisant et violent mais pas forcément très crédible et à la limite hors de propos. Sans compter la fuite façon "araignée" comme dans la version longue de Friedkin. Dispensable et visuellement ratée.

Quelques scories n’entachant en rien la qualité générale de l'ensemble qui vaut vraiment le coup d’œil dans une série s’apparentant à une véritable suite réussie de l’œuvre de William Peter Blatty. Sans atteindre les sommets d’un film au statut iconique, La première saison de The Exorcist est une bonne surprise grâce à un casting de qualité totalement crédible, en réelle interaction et générant une empathie immédiate. On pardonnera du coup, certaines digressions décalées montrant surtout la richesse d’un univers qui aura visiblement une saison 2 d’après les souhaits de la Fox.

 

Commentaires : 6
  • #6

    Roggy (mercredi, 18 octobre 2017 19:41)

    C'est vrai que ce n'est pas forcément novateur mais pour une série consacrée à un livre si connu, je trouve que ce n'est pas si mal.

  • #5

    Dragonnette (mercredi, 18 octobre 2017 14:53)

    Pour ma part j'ai regardé cette saison, et je l'ai aimé sans plus.... Mais elle se laisse regarder, on a des moments de tension, du stress, un peu d'angoisse aussi, mais au bout de quelques épisodes (et pour avoir vu le film) j'ai eu l'impression que c'était redondant : rien de nouveau, au final.

  • #4

    Roggy (mercredi, 30 août 2017 22:50)

    Comme Rigs, je ne trouve pas "L'Exorciste 3" si mauvais mais difficile de faire mieux que le premier à mon sens.

  • #3

    Alice In Oliver (mercredi, 30 août 2017 22:20)

    Il aura donc fallu attendre la série pour que l'exorciste retrouve quelques couleurs car les suites sont unanimement médiocres !

  • #2

    Roggy (mercredi, 30 août 2017 20:08)

    Merci Rigs. Je ne sais pas si la série te plaira (elle est assez proche du premier film) mais ceux qui aiment les films pourront y trouver leur compte à mon sens.
    Je sais que tu préfère le 3 :)

  • #1

    Rigs Mordo (mercredi, 30 août 2017 20:00)

    Je ne savais pas que Geena Davis était dedans! Tu es la première personne à me rendre curieux sur cette série, tu sais que c'est pas mon fort, et que je suis pas plus branché Exorcist que ça (d'ailleurs je préfère le 3 au premier, que je n'aime pas outre mesure). Belle chro en tous cas!