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THE WITCH

 

GENRE : Bouc et misère

REALISATEUR : Robert Eggers

ANNEE : 2016

PAYS : USA/Canada

BUDGET : 1 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie...

 

RESUME : Dans la Nouvelle-Angleterre de 1630, une famille de colons est bannie de sa communauté et doit bientôt se confronter à une force maléfique qui hante la forêt.

 

MON HUMBLE AVIS

Pour son premier film, Robert Eggers frappe fort avec The Witch car, avec peu de moyens, il parvient à créer une atmosphère anxiogène et propice à l’arrivée d’événements maléfiques. The Witch ne traite pas seulement de sorcellerie mais aussi de l’éclatement d’une famille puritaine dans la Nouvelle-Angleterre du début du XVIIe siècle. Une contrée encore vierge de conquête où la religion se heurte de plein fouet aux croyances locales et aux mythes ancestraux.

Pour préparer son film, Robert Eggers a apparemment passé beaucoup de temps à se documenter sur la période, les récits et les légendes de l’époque entourant la venue des puritains Anglais dans l’Amérique d’avant la Conquête de l’Ouest. Chassée de sa communauté, cette famille se fixe aux abords d’une forêt, véritable anti-chambre de l’enfer ou, à l’inverse ouverture sur la vraie vie. Parce que cette famille de colons, peut-être débarquée avec le Mayflower en 1620, est aussi ouverte d’esprit que la forêt semble impénétrable. Imprégnés de religiosité jusqu’à la moelle, le couple et ses cinq enfants semblent même se prosterner devant la majesté de la nature en arrivant vers leur nouvelle vie. Une existence réglée comme du papier à musique au son d’une ritournelle hiératique organisant la vie autour des travaux de la ferme, de la subsistance quotidienne et des prières constantes à Dieu. Un labeur journalier offrant peu de loisirs sans possibilités de pensées mécréantes sous peine de colère divine.

La force du film est de créer un climat lourd dans cette nature sauvage très épurée et de générer un malaise prégnant. Un simple arbre ou l’apparition d’un animal devient ainsi source d’un danger irrationnel grâce à la photographie en lumière naturelle de Jarin Blaschke et à la mise en image construite comme un tableau, nous renvoyant par instant au travail de Kubrick ou de Malick. Au plus près des personnages, le réalisateur immisce le spectateur dans ce monde brut, presque trop réel où le fantastique jaillit au détour d’un champ-contrechamp à l’instar de la disparition soudaine du nouveau-né de la maison bouleversant l’ordre établi. Sans effet spécial, Robert Eggers bascule son récit dans la fantasmagorie. En quelques plans horrifiques, il nous montre le sort de l’enfant dans les mains de la sorcière se réfugiant dans son antre au fin fond des bois. Une séquence terrible aux antipodes du drame tout en retenue dépeint de l’autre côté de la forêt comme si deux mondes se faisaient face. Cette disparition va commencer à fissurer la cellule familiale se renfermant encore plus dans sa religiosité exacerbée comme seule alternative aux problèmes.

Si le film a chaviré dans le surnaturel, le réalisateur n’a pas eu besoin de jumps-scares artificiels ou d’effets numériques. Sa mise en scène et son travail sur la nature instillent la terreur comme le fait très bien Kyoshi Kurosawa qui, avec un simple mouvement de caméra et le souffle du vent dans les branches provoquent le basculement dans l’irréel. Un tour de force permanent relayé par la qualité de l’interprétation telle celle de William (Ralph Ineson) père aimant mais dépassé par les événements et sa femme Catherine (Kate Dickie) perclus dans sa bigoterie jusqu’à la folie. Des personnages secs physiquement comme leur esprit qui s’opposent à la beauté juvénile et incandescente de Thomassine (La révélation Anya Taylor-Joy), semblant penser par elle-même et devenant une potentielle sorcière. Parce que The Witch est aussi une charge contre la religion, notamment celle qui, trop rigoriste, a tellement peur du changement (Thomassine devient une femme) qu’elle se replie sur elle-même.

Le film s’apparente aussi à un conte comme une relecture du Petit chaperon rouge avec la forêt maudite, la sorcière à la cape rouge ou la pomme ayant empoisonné le fils Caleb (Harvey Scrimshaw). Plutôt un conte horrifique où la peur du mal, de la sexualité et de l’ouverture au monde se propagent insidieusement dans chaque membre de la famille, comme cette séquence de possession démoniaque effrayante, sans effet de manche, réalisée grâce à la qualité de l’acteur. La dernière partie du film vire ainsi à la folie. On a l’impression de croiser un plan de L’Exorciste ou de Shining tandis que la gangrène maléfique se diffuse, érodant les certitudes de chacun jusqu’à ne plus savoir qui est possédé ou seulement qui se retrouve au bord du précipice de l’émancipation intellectuelle et physique qui se font jour en filigrane dans tout le film. Dans sa dernière bobine, le film ne fait aucune concession et les personnages expient leur faute dans une violence cathartique, seule capable d’expurger leur véritable nature. L’horreur se véhicule alors au travers du bouc qui devient un personnage important et un vecteur de trouble et de dangerosité.

The Witch s’avère donc une bonne surprise dont on sort éreinté et fourbu à l’image de l’épreuve subie par les personnages. Certes, il faudra s’habituer au départ à l’ambiance mortifère et lente du métrage, mais nécessaire car elle reste empreinte de réalisme lié à la vie des puritains de l’époque. Très vite, le surnaturel fait irruption de façon irrémédiable et prend les atours d’un conte morbide esquissant déjà les contours de la lutte des religieux contre la sorcellerie, et les femmes en particulier, à la fin de ce siècle. Le film se termine sur une très belle séquence fantastique aux essences vénéneuses et ésotériques irradiant d’une beauté maléfique entre réalité prosaïque et aspirations chimériques.

 

4,5 /6

 

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Commentaires: 14
  • #1

    Rigs Mordo (lundi, 29 août 2016 19:21)

    Ta belle chro me donne bien envie, même si je continue de me méfier du bouzin! On verra quand j'aurai foutu la main sur le dvd, mais belle chro en tout cas!

  • #2

    Roggy (lundi, 29 août 2016 19:40)

    Merci Rigs pour ton commentaire. J'espère vraiment que le film te plaira car il a de réelles qualités. En revanche, si tu n'aimes pas (ce qui est fort probable au vu du rythme), je ne te rembourserai pas le dvd :)

  • #3

    Nola (lundi, 29 août 2016 19:40)

    Très belle chronique, Roggy, pour un avis que je partage entièrement. On a vu exactement le même film, et tu cernes très bien tout ce qui m'a plu dedans. Bien vu, le parallèle avec Kurosawa. Un surnaturel furtif qui naît de peu de choses (avec en contrepoint quelques scènes ou visions plus frontales), et qui témoignent d'une belle et prometteuse maitrise de la part du réalisateur.

  • #4

    Roggy (lundi, 29 août 2016 19:48)

    Merci Nola et je suis content que tu l'aies apprécié. Le parallèle avec Kurosawa me semblait évident notamment avec "Vers l'autre rive" et le rapport avec la nature. J'imagine aussi que c'est un réalisateur à suivre.

  • #5

    ChonchonAelezig (mardi, 30 août 2016 11:15)

    Bonne nouvelle, car j'ai lu des critiques sévères. Ton billet me donne envie de persévérer. Je le verrai sûrement un de ces jours (le film ; pas ton billet, que j'ai lu...).

  • #6

    Alice In Oliver (mardi, 30 août 2016 11:28)

    pas encore vu mais il va falloir que je m'y intéresse. Au moins, le film se démarque des productions récentes et habituelles

  • #7

    Roggy (mardi, 30 août 2016 14:22)

    A ChonchonAelezig,
    J'avais bien compris :) et j'espère que le film te plaira !

  • #8

    Roggy (mardi, 30 août 2016 14:24)

    A Alice In Oliver,
    Pour se démarquer, "The Witch" fait dans l'original mais de ce fait, devient forcément clivant.

  • #9

    princécranoir (mardi, 30 août 2016 17:44)

    N'as-tu pas honte de me tourmenter avec ce texte où chaque phrase vient, comme la lame de Lucifer, se planter dans mes regrets ! Moi qui n'ai pas pris la peine de me rendre en salle et être ensorcelé à mon tour ! Ton évocation me fait penser à un croisement (réussi) de Black Death et Lord of Salem. J'espère ne pas brûler en enfer pour cette comparaison audacieuse. Je sais aussi ce qui me reste à faire pour communier comme toi avec le démon : ne pas rater l'édition sur galette.

  • #10

    Roggy (mardi, 30 août 2016 18:55)

    Le croisement que tu évoques est tout à fait adéquate sur la forme comme le fond, en beaucoup mieux que pour "Lord of Salem" dont je ne suis pas fan. Et, désolé si je t'ai fait regretter ta non vision du film, mais il est aussi possible que tu me maudisses en achetant le dvd. J'ai peut-être donné l'envie mais il y en a beaucoup qui détestent le film. Choisis ton camp l'ami :)

  • #11

    Mr Vladdy (jeudi, 08 septembre 2016 17:35)

    Un peu peur de m'ennuyer devant ce film. C'est pour cela que je ne l'ai pas vu en salles mais j'essaierais d'y jeter un oeil quand il passera à la télé ;-)

  • #12

    Roggy (vendredi, 09 septembre 2016 11:40)

    Comme pour les autres, je te le conseille à tes risques et périls ;)

  • #13

    Avel (dimanche, 25 septembre 2016 16:36)

    Belle critique ! ^^
    Je l'ai vu cette semaine et j'ai adoré. Je me suis sentie mal à l'aise à plusieurs moments. J'avais lu certaines critiques et du coup j'avais peur de m'ennuyer mais ce ne fut pas le cas parce que l'ambiance du film m'a "coincée" dedans. Des frissons, des malaises, "The Witch" est assez remuant.

  • #14

    Roggy (mardi, 27 septembre 2016 18:34)

    Comme toi, j'ai apprécié le film et merci pour ton commentaire :)