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SPLIT

 

GENRE : La personne aux 23 personnes

REALISATEUR : M. Night Shyamalan

ANNEE : 2017

PAYS : USA

BUDGET : 9 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley...

 

RESUME : Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

 

MON HUMBLE AVIS

Blacklisté par le système Hollywoodien après ses échecs consécutifs (notamment Les derniers maîtres de l’air et After earth), M. Night Shyamalan revient aux origines de son cinéma avec de plus petits budgets. Une rédemption commencée en 2015 grâce au found footage The visit et continuée avec Split toujours sous la houlette de la société de Jason Blum. Une alliance prometteuse et salutaire dans laquelle Shyamalan retrouve son originalité et transforme avec Split un de ses meilleurs essais.

Le scénario expose très vite ses enjeux lorsqu’un inconnu prend la place d’un père de famille dans sa voiture et kidnappe les adolescentes ainsi qu’une camarade de classe. Enfermées dans une pièce, ces dernières se retrouvent face un homme ne leur expliquant pas ses objectifs dès le départ. Progressivement, le spectateur comprend l’origine du mal et subodore les desseins engendrés par cet individu presque lambda mais possédant plusieurs personnalités. Un personnage ambigu changeant régulièrement d’humeur au gré des costumes humains revêtu avec une facilité faisant froid dans le dos. Split dépasse pourtant son statut de huis-clos pour aller traîner ses guêtres dans le passé d’une des détenues Casey et accompagner le kidnappeur dans ses virées diurnes lors des consultations avec sa psychiatre attitrée, et de multiplier de fait les possibilités d’évolution d’un scénario très solide.

La réussite du film est également dû à la qualité des acteurs. James McAvoy (X-men) est excellent en psychopathe changeant de personnalité comme de chemise sans effet spécial, juste en jouant sur les intonations et les postures. Capable d’endosser les oripeaux d’un enfant de 9 ans ou ceux d’une femme plus mûre, McAvoy est totalement crédible sans jamais tomber dans la caricature ou le cabotinage grâce à un simple accessoire tel un châle. Face à lui, Anya Taylor-Joy (The witch) compose une adolescente au lourd passé détaillé par quelques flash-back dévoilant une enfance aux contours violents et terribles. Shyamalan, également scénariste, ajoute à ce duel un contrepoint scientifique avec la Docteur Karen Fletcher (Betty Buckley, Phénomènes) lui permettant de rationaliser et d’expliciter le comportement d’un personnage se présentant respectivement sous les traits de Barry, Dennis, Patricia ou Hedwig le gamin.

De film d’enfermement physique, Split se mue en une réflexion sur la nature humaine et ses déchirures mentales comme une étape ultime de la schizophrénie où chaque personnalité aurait sa propre vie, ses propres caractéristiques physiques, mais reclus dans un même corps. Car à la base, c’est un certain Kevin qui est phagocyté par une pléiade de différentes personnalités émergeant "dans la lumière" pour exister le temps qu’une autre identité prenne la place. Le bâtiment des prisonnières devient ainsi le symbole de cette prison mentale dans laquelle le jeune homme est cloîtré passant d’une pièce à l'autre par un enchevêtrement de couloirs comme autant de circonvolutions dans son esprit malade.

Malgré ce sujet casse-gueule, le réalisateur du Sixième sens s’en tire avec les honneurs, débarrassé des afféteries qui pouvaient distinguer son cinéma. Sa mise en image est sobre et au service d’une histoire construite à l’instar d’un escalier en colimaçon avec au bout une irrépressible envie de connaître le dénouement. Avec justesse, Split dévoile et caractérise ses personnages, sans surenchère visuelle ou jumpscare intempestif comme Casey dans un sens très proche psychologiquement de son bourreau. Le film fait l’aller-retour entre le thriller, le drame intimiste notamment lors des séances avec la psychiatre, des confrontations entre Casey et les différentes personnalités d’un James McAvoy bluffant de réalisme en toute simplicité (on pense à la composition extraordinaire de James Nesbitt dans la mini-série Jekyll).

Dans la dernière bobine, Split se métamorphose une fois de plus en modifiant sa tonalité et joue clairement sur la corde du fantastique au travers de l’évolution du personnage de Kevin. Une terreur sous-jacente émanant des profondeurs d’une âme tourmentée faisant virer de bord le film pour le plonger dans un surnaturel aux accents horrifiques sonnant très juste malgré la situation. Certes, on pourra reprocher au film une certaine prévisibilité ou se demander comme un tel dément parvient à subsister parmi ses congénères, mais ce serait tomber dans la facilité et ne pas reconnaître les qualités d’une œuvre composée d’une mise en scène, d’un casting, de dialogue et d’un scénario original foutrement bien foutus, surtout au regard de son budget très restreint. Conçu pour devenir une trilogie, Split passe largement le cut et semble se diriger sur un terrain emprunté précédemment si on pense à l’ultime apparition d’un personnage déjà aperçu chez Shyamalan.

 

4,5/6

 

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Commentaires: 10
  • #1

    Alice In Oliver (mercredi, 08 novembre 2017 11:13)

    Pas vu mais j'ai eu d'excellents échos de ce film qui signe, à priori, le grand retour de Shyamalan. Il aura traversé une sacrée traversée du désert, celui-là !

  • #2

    Roggy (mercredi, 08 novembre 2017 13:51)

    Le film est effectivement réussi, surtout si on le compare à ses dernières tentatives avant "The visit".

  • #3

    Rigs Mordo (mercredi, 08 novembre 2017 18:23)

    Visiblement il revient en force car on m'a dit du bien de Visit aussi, mais voilà, à part Incassable je n'aime pas trop son style... Parait que celui-ci va avoir un crossover avec Incassable justement, donc je tenterai ptet, mais je dois dire que rien ne m'y attire si ce n'est ça. Super chro, cependant, mais ça c'est habituel !

  • #4

    Roggy (mercredi, 08 novembre 2017 19:56)

    Merci beaucoup Rigs. Je n'ai pas encore vu "The visit" mais ça me donne encore plus envie du coup. Split ne fait pas l'unanimité. En gros, ou tu détestes ou tu adores. C'est donc à double tranchant. Quant à la dernière séquence, elle renvoie effectivement à "Incassable".

  • #5

    princécranoir (samedi, 11 novembre 2017 11:50)

    Retour en grâce critique de Shyamalan, y compris sous les fourches caudines de ta très belle chronique, mais j'ai encore des réticences à me remettre à son cinéma. J'y reviendrai sans doute, comme Rigs, un de ces quatre.

  • #6

    Roggy (samedi, 11 novembre 2017 12:31)

    Si tu vois le film, j'espère que tu ne seras pas déçu alors :)

  • #7

    Moskau (dimanche, 12 novembre 2017 19:23)

    Un poil déçu par la dernière partie et l'apparition de "la bête". Et puis des 23 personnalités, seules une poignée sont réellement présentées, ce qui n'enlève rien à la performance de McAvoy.

  • #8

    Roggy (lundi, 13 novembre 2017 07:30)

    Je pense qu'il aurait été difficile de présenter toutes les personnalités composant son personnage (on y serait encore...) et le choix de se focaliser sur certaines me paraît plus judicieux. A l'inverse de toi, j'ai bien aimé la dernière partie avec cette plongée plus prégnante dans le fantastique.

  • #9

    tinalakiller (mardi, 21 novembre 2017 19:29)

    Une excellente surprise qui oscille sans cesse entre l'imagination du spectateur, la suggestion voire même le fantastique. Et McAvoy et Anya Taylor-Joy sont tous les deux formidables !

  • #10

    Roggy (mardi, 21 novembre 2017 20:07)

    Pas grand chose à ajouter :)