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SORCERER (LE CONVOI DE LA PEUR)

 

GENRE : L’enfer de Friedkin

REALISATEUR : William Friedkin

ANNEE : 1977

PAYS : USA

BUDGET : 22 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Roy Scheider, Bruno Cremer, Amidou...

 

RESUME : Quatre étrangers de nationalités différentes, chacun recherché dans son pays, s'associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine… Un voyage au cœur des ténèbres…

 

MON HUMBLE AVIS

Relecture du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot de 1953, qui était déjà une adaptation du roman de Georges Arnaud, Sorcerer (Le convoi de la peur) possède toujours la même puissance presque 40 ans après sa sortie. Surtout, il confirme que William Friedkin est un des derniers grands dinosaures du cinéma américain. Un vieux lion capable d’engendrer des chefs-d’œuvre comme L’Exorciste ou French Connexion et de rugir encore dernièrement avec l’irrévérencieux Killer Joe. Réalisé en 1977, Sorcerer sera un four financier à sa sortie alors qu’une nouvelle vision prouve qu’il est au niveau des meilleures réalisations de son auteur.

Divisé en deux parties distinctes, Sorcerer est un mélange de plusieurs genres. Un film hybride qui commence presque comme un documentaire sans parole à Jérusalem, puis on se retrouve dans le XVIe arrondissement de Paris dans un drame familial à la Sautet, pour finir dans un New-Jersey plus vrai que nature au plus près de gangsters en plein braquage. Une longue présentation qui aura le mérite de créer une réelle empathie pour les personnages bien qu’ils soient tous de vrais salauds. Mais, Friedkin n’en a cure et ne les juge pas. C’est le lieu de leur exil forcé qui sera leur purgatoire Sisyphien. Un village paumé d’Amérique du Sud, isolé où seules la chaleur et l’humidité sont les gardiennes de cette prison à ciel ouvert. C’est dans cet endroit insalubre, antichambre de l’enfer, que le deuxième acte commence.

Pour s’enfuir de cet entre-deux mondes, où les corps calcinés des ouvriers annoncent déjà les brulures abyssales de l’enfer, proche de l’ambiance post-apocalyptique (on pense beaucoup au formidable Wake in fright), les personnages de Friedkin vont se transformer en gladiateurs pour gagner leur liberté et plus que tout, leur rédemption. Une troupe hétéroclite d’anti-héros. Pas de jeunes premiers, mais des gueules cassées à l’image des acteurs totalement habités par leurs rôles. Roy Scheider (French Connexion, Les dents de la mer. Et dire que Friedkin voulait Steve McQueen !), Bruno Cremer (La 317e section), Amidou (Le voyou) ou Francesco Rabal (Dagon) donnent leurs corps et même leurs âmes comme rarement dans un film. C’est justement parce qu’ils sont humains et proches de nous, que le spectateur s’identifie et souffre avec eux dans leur périple maudit.

Les deux véhicules qu’ils construisent, en les raccommodant pièce par pièce comme le Docteur Frankenstein, ont pour nom prophétique "Sorcerer" et "Lazaro". Des camions au visuel maléfique et Madmaxien dont les silhouettes noires s’engouffrent dans une jungle inextricable et sans fin. A mesure qu’ils pénètrent cette zone diabolique, ils se transforment un peu plus en monstres d’acier, avec pour seul fanal, les phares éclairant la nature hostile, à la dangerosité exacerbée par des intempéries homériques. Un voyage au bout de l’enfer vert dont l’acmé se situe lors de la traversée des ponts suspendus. Des morceaux d’anthologie où les véhicules tanguent comme des navires abandonnés en pleine mer au son de murmures vespéraux funèbres. Battus par le vent et la pluie, ces hommes perdus au milieu de ce chaos dantesque se battent pour sauver leur vie et traverser le Styx de leurs illusions perdues.

Pas le choix, il faut continuer à avancer malgré la tempête et les obstacles, comme cet arbre gigantesque leur barrant la route, où cet indien dansant devant eux tel un prophète de mauvaise augure détournant, l’espace d’un instant, le récit sur les sentiers du film de cannibales. Ici, ils ne sont plus que de simples humains, prisonniers de leurs sorts mais débarrassés de leurs oripeaux d’humanité vile, tandis que les camions errent désormais sur une terre fantasmagorique. Sont-ils encore sur Terre ou ont-ils atteint les limites du monde, dans ce paysage final blanc et pierreux presque lunaire, où tout semble avoir sombré dans un cauchemar éveillé, entre folie et irréalité. L’enfer est sous leurs pieds avec de la nitroglycérine comme seul bagage, finalement l’ultime contingence qui les ramène à la réalité.

Sorcerer est encore d’une incroyable intensité, transperçant l’écran de son magnétisme sombre et douloureux, à l’instar des problèmes médicaux graves subis par toute l’équipe du film, créant une filiation directe avec le magnifique Apocalypse now. Sublimé par la musique synthétique et spectrale aux accents Carpenterien du groupe Tangerine Dream, le métrage oscille entre le drame intimiste, l’onirisme, l’horreur et la tragédie grecque, où ces "Ulysse" volontaires rampent péniblement de Charribe en Sylla dans un film dingue et merveilleux, tout simplement.

 

NOTE : 6 / 6

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Commentaires: 25
  • #1

    Mr Vladdy (lundi, 27 juillet 2015 19:21)

    Un film qui me fait de l’œil et que je tenterai dès que j'aurais l'occasion. Malheureusement, pas de ressortie en salles pour le moment de mon côté mais bon, je finirais bien par tomber dessus un jour ;-)

  • #2

    Roggy (lundi, 27 juillet 2015 19:24)

    J'espère vraiment que tu le verras. Il me semble qu'il doit sortir en Blu-ray en fin d'année :)

  • #3

    Rigs Mordo (lundi, 27 juillet 2015)

    J'aimerais dire un truc intelligent ou quoi mais ya rien à ajouter à ta chro, impeccable. Une traversée du Styx comme tu le dis. Bruno Cremer is god! :)

  • #4

    Nola Carveth (lundi, 27 juillet 2015 20:58)

    La tension au cinéma. En une scène. C'est incroyable, ce passage sur le pont !
    Tournage apocalyptique (j'ai lu aussi le renvoi par les autorités locales d'une partie de l'équipe technique pour consommation de drogue) pour un film qui l'est tout autant. Et l'ironie finale. J'ai aussi envie de parler d'une autre scène mais ce serait spoiler :) Grand grand film, dont la restauration est une formidable nouvelle. Belle chronique sur cet Enfer sur Terre, en tout cas.

  • #5

    Alice In Oliver (lundi, 27 juillet 2015 21:30)

    j'avoue que je ne me souviens plus trop de ce remake, visiblement d'excellente qualité. Ce qui est peu surprenant de la part de Friedkin. J'avais bcp apprécié le film de Clouzot

  • #6

    Roggy (lundi, 27 juillet 2015 22:02)

    A Rigs Mordo,
    Merci l'ami pour ton commentaire ! Tous les acteurs, y compris Bruno Cremer, sont parfaits chacun dans leur rôle.

  • #7

    Roggy (lundi, 27 juillet 2015 22:05)

    A Nola Carveth,
    Merci pour ton passage et d'avoir lu ma chronique pour ce film qui est effectivement un chef-d’œuvre. J'aurai pu déflorer beaucoup d'autres scènes comme celle de l'arbre, mais je préfère que ceux qui ne connaissent pas encore, ou ont envie de (re)voir le film en profitent totalement.

  • #8

    Roggy (lundi, 27 juillet 2015 22:07)

    A Alice in Oliver,
    Si tu n'as plus de souvenirs, c'est parfait pour faire à nouveau ce voyage en enfer. Profite de la ressortie si c'est possible.

  • #9

    Alice In Oliver (mardi, 28 juillet 2015 11:33)

    Je le reverrai un jour ou l'autre. Tu peux en être sûr !

  • #10

    Dirty Max (mardi, 28 juillet 2015 17:32)

    Sur grand écran, ça doit être quelque chose... On ne revient jamais de "Sorcerer", tout à l'air vrai dans ce film, l'apocalypse et la douleur d'être un homme se lisent dans le regard de chaque acteur. L'Enfer n'a jamais été filmé comme ça. Bref, il faut absolument voir "Sorcerer", il faut absolument vivre cette expérience éprouvante, vertigineuse, puissante, totale ! Du 6/6 cash, absolument Roggy !

  • #11

    Roggy (mardi, 28 juillet 2015 19:56)

    On est bien d'accord Max. Le film est une tuerie du début à la fin. Une expérience à vivre sur grand écran absolument !

  • #12

    Nola Carveth (mardi, 28 juillet 2015 20:47)

    Bien dit, Dirty Max !
    Mais avec plaisir, Roggy, et évidemment pour les spoilers !

  • #13

    princécranoir (vendredi, 31 juillet 2015)

    A ma grande honte, je n'ai toujours pas vu ce chef d'œuvre unanimement acclamé et vénéré. Pourtant, le DVD de la version non restauré continue de prendre la poussière sur mon étagère. Allez, je m'engage ici, devant témoin, de me le programmer avant la fin du mois d'août ! (et je reviendrai mettre une bafouille au bas de cette chronique qui m'aura fait baver)

  • #14

    dr frankNfurter (vendredi, 31 juillet 2015 14:39)

    Revu sur grand écran il y a 10 jours au Max Linder.
    Toujours aussi fort.
    Ajoutons le son et l'image dépoussiérée (que le sang est rouge !), grosse claque.
    Et puis Bruno Cremer, toujours aussi impeccable, et toujours le même constat que cet homme fut sous employé...

  • #15

    Roggy (vendredi, 31 juillet 2015 19:34)

    A Princécranoir,
    J'espère que le DVD fonctionne toujours :) et, j'attends donc tes impressions avec impatience.

  • #16

    Roggy (vendredi, 31 juillet 2015 19:35)

    A dr frankNfurter,
    Le revoir en salle est vraiment un privilège et je suis bien d'accord avec toi sur Bruno Cremer...

  • #17

    tinalakiller (vendredi, 31 juillet 2015 23:13)

    Je n'ai pas encore eu l'occasion de découvrir Le Salaire de la peur (boooouh, on ne m'engueule pas) mais quand j'ai vu que ce "remake" sortait dans mon cinéma, j'ai tout de suite foncé pour aller le voir et je ne le regrette pas ! Quel chef-d'oeuvre, quelle tension que j'ai ressentie tout le long du film, quelle ironie aussi, esthétiquement le film est sublime et les acteurs sont nickels.

  • #18

    Roggy (samedi, 01 août 2015 09:59)

    Tu as très bien résumé le film :). "Le salaire de la peur" est assez différent et complète bien l’œuvre de de Friedkin.

  • #19

    princécranoir (mercredi, 19 août 2015 14:50)

    J'ai revu le Clouzot hier soir : grand film très noir qui allie le naturalisme du début à une science métrique du suspense dans la seconde partie (et qui ferait pleurer de jalousie sir Alfred). "The sorcerer" devrait suivre d'ici peu.

  • #20

    Roggy (mercredi, 19 août 2015 18:14)

    Il y a longtemps que je ne l'ai pas revu le film de Clouzot. Mais, je pense que les deux films sont complémentaires l'un de l'autre.

  • #21

    princécranoir (vendredi, 21 août 2015 17:49)

    ça y est, j'ai enfin fait le voyage ! Et je peux dire que je ne le regrette pas. Tout ce que tu as écrit est juste, du passage du Styx aux aléas de Charybde en Scylla ! Friedkin possède parfaitement son sujet, à moins que ce ne soit tout bonnement l'inverse. Un chef d'œuvre qui transcende les limites du réel pour nous conduire sur des chemins encore non répertoriés.

  • #22

    Roggy (vendredi, 21 août 2015 19:11)

    Très heureux que le film t'ait plu à ce point. Un chef-d’œuvre bien d'accord ! Et, j'espère que tu en feras un billet chez toi.

  • #23

    princecranoir (vendredi, 21 août 2015 19:50)

    Je viens de me confesser a mon ordinateur mais je vais attendre encore un peu avant de livrer le fond de ma pensée sur la blogosphere, histoire de refaire une fois encore le parcours dans ma jungle cérébrale.

  • #24

    Black Screen (lundi, 30 novembre 2015 22:52)

    Excellente critique !
    En ce qui me concerne, j'ai toujours une préférence pour le film de Clouzot, mais j'avoue que ce "remake" (Friedkin déteste ce terme) m'a bluffé la première fois que je l'ai visionné. Plus sombre, plus violent et surtout plus fantastique (les dernières bobines donnent le sentiment de se passer sur la Lune), The Sorcerer a vraiment plus d'une corde à son arc pour nous suprendre.
    Comble du bonheur, la copie Blu-ray est saisissante de beauté.

  • #25

    Roggy (dimanche, 06 décembre 2015 19:42)

    Merci pour le compliment mais j'ai été inspiré par le film que j'ai eu la chance de voir au cinéma. J'imagine que le Blu-ray vaut le coup !