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L’ILE SANGLANTE

 

GENRE : Pirates des Bermudes

REALISATEUR : Michael Ritchie

ANNEE : 1980

PAYS : USA

BUDGET : 22 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Michael Caine, David Warner, Jeffrey Franck...

 

RESUME : Au XXème siècle, un père et son fils ont été enlevés par des pirates, qui vivent comme leurs ancêtres sur une île inconnue.

 

MON HUMBLE AVIS

On connaît surtout Peter Benchley pour l’adaptation de son roman aquatique et mordant, le bien nommé Les dents de la mer, mis en image en 1977 par un juvénile Steven Spielberg. Devenu très bancable, l’auteur de Jaws sorti plus tard un nouveau livre lui aussi retranscrit au cinéma dans un film d’aventures un peu oublié Les grands fonds avec Jacqueline Bisset. C’est dire si la Universal s’est jetée sur les droits de son troisième roman The island, publié en 1979, croyant flairer la bonne affaire. Il en résulte un blockbuster d’été complètement atypique aux antipodes de ceux qu’on nous sert aujourd’hui.

En effet, dès les premières minutes, on a l’impression d’être dans un slasher très classique lorsqu’un inconnu (son visage est hors champs) armé d’une hache déboule dans un petit bateau de pêche pour trucider du touriste fortuné. Gros plan sur l’arme qui viendra se loger dans le crâne dégarni d’un invité en goguette avant que son voisin de chambrée ne se fasse ouvrir le bide comme un fruit trop mûr. Fichtre ! se dit le spectateur de plus de 4O ans qui pourrait imaginer que la vieille de Vendredi 13 s’est invitée à l’hallali (les deux longs-métrages sont sortis la même année) avec ses plans gores du plus bel effet, réalisé par Michael Ritchie (Votez McKay, La nuit des défis).

Et pourtant, on est bien dans un film plus standard avec une star Michael Caine (Ipcress, danger immédiat) interprétant Blair Meynard, un reporter s’intéressant à ces affaires de disparitions de touristes de plus en plus nombreuses dans un Triangle des Bermudes de sinistre réputation. Désireux d’enquêter sur le sujet, il profite de la garde partagée de son fils Justin (Jeffrey Franck) pour l’emmener en vacances dans le coin sous un prétexte fallacieux. Il faut dire que leur relation est difficile, ce qui aura son importance pour la suite. Dans une ambiance assez décontractée, la petite famille recomposée pour l’occasion prend un avion de fortune à destination d'une petite île. Entre les bagages et un cochon endormi pour la durée du vol, le pilote oublie le train d’atterrissage et l’avion se crashe à l’arrivée sans faire de victime. Cette scène, assez anodine, donne le ton du film et les réactions des personnages qui le prennent d’une manière assez détachée comme si tout était normal, alors que le zingue explose avec fracas !

Un aléa qui oblige Blair et son fils à coucher dans un hôtel abandonné avant de faire la rencontre d’un vieil excentrique qui leur louera un bateau le lendemain. Le début des emmerdes, puisque les deux citadins seront harponnés par des pirates (dont un à la tête en feu) et ramenés captifs sur une île. A ce moment-là, L’île sanglante bascule dans une sorte de film hybride entre Sa majesté des mouches et un épisode de La quatrième dimension. Blair et Justin sont prisonniers d’une bande de pouilleux descendants de pirates établis là depuis le XVIe siècle. Des loups de mer vivant comme s’ils étaient encore à l’époque des flibustiers, et se référant en permanence à un vieux grimoire comme juge de paix et diffuseur de lois. Pour survivre, ces pirates anachroniques attaquent les navires circulant dans le coin afin de se nourrir mais aussi pour enrôler du sang neuf et trouver des étalons chargés de l’engrossement des quelques femmes présentes (la consanguinité ne génère pas que des beaux gosses). C’est donc le sort qui attend Blair Maynard, portant en plus le même nom que l’assassin de Barbe noire (dans la réalité c’est Robert Maynard le tueur, comme l’ancien reporter qui a depuis perdu le sens de ses frontières), « confié » à Beth (Angela Punch McGregor) à des fins de reproduction, tandis que son fils est chaperonné par le chef de ce clan de naufrageurs, Nau (David Warner, La malédiction).

Si le film est enlevé, le scénario multiplie les événements entre les tentatives de fuite de Blair et le passage de Justin du côté obscur du tricorne sur une île devenue une prison à ciel ouvert. A l’instar des protagonistes, le spectateur perd la notion du temps au gré de la vie cette communauté de pirates d’un autre âge, apportant une atmosphère étrange et surréaliste au projet. Pour un film destiné à la famille, on est surpris par sa violence et le message qu’il délivre. Justin est fasciné par les armes et se trouve un père de substitution en la personne de Nau. Il commence à se radicaliser avec une certaine délectation perverse détruisant une cellule familiale déjà éclatée. Il s’émancipe et pourchasse même son père lorsqu’il s’échappe. Une vision iconoclaste de la société américaine qui s’échoue sur les rivages bien mal en point de l’American way of life comme si Peter Benchley (ici aussi scénariste) cherchait à faire voler en éclat un Occident tourné vers un consumérisme exacerbé au profit d’un retour à la nature primaire de l’homme. La scène où Justin achète une arme comme si c’était un jouet résonne d’autant plus comme une charge contre cette pratique gangrenant l’Amérique.

Le problème principal est, qu’à bouffer à tous les râteliers, le côté irréaliste (il est impossible qu’ils aient survécu ainsi depuis des siècles) prend le dessus et génère une série d’ellipses au profit d’une gestion du temps et d’événements devenus chaotiques. A l’instar de l’attaque d’un croiseur militaire sur des embarcations de fortune où on retrouve notre bande de zozos, à la fois excentriques et joyeux, s’approcher très (trop) facilement pour l’aborder. Si au départ les embuscades étaient violentes, on se retrouve désormais avec des personnages débarrassés de tout côté effrayant plus proches de ceux du Pirates de Polanski (notamment la scène décalée de harponnage d’un bateau de jeunes touristes et du combat contre un karatéka).

Cette dernière partie est pourtant excellente car elle tranche dans le vif avec cette scène d’attaques entre les pirates et les marins surarmés et la tuerie rédemptrice qui s’ensuit. Débarrassés de leurs oripeaux de la société moderne, les personnages n’hésitent pas à tuer pour survivre et le réalisateur ne se prive pas pour montrer le résultat sanglant à l’image d’un western des 70’s. Au final, L’île sanglante laisse une saveur singulière au spectateur entre le film de pirates, le slasher et des scènes d’aventures dignes d’un film familial. Une vraie découverte.

 

4/6

 

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Commentaires : 5
  • #1

    Rigs Mordo (mercredi, 26 juillet 2017 20:12)

    Ca fait longtemps que je pense le voir, cette belle chro me donne envie, je me sens l'âme d'un pirate :) Du bon taf encore, Roggy.

  • #2

    Roggy (mercredi, 26 juillet 2017 20:19)

    Merci Rigs ! et te connaissant, je suis certain que le film te plaira ;)

  • #3

    Alice In Oliver (jeudi, 27 juillet 2017 13:03)

    Oui ça a l'air sympathique et je dois avouer que je ne connaissais pas. Après, je ne suis pas un grand amateur de pirates, mais sait-on jamais...

  • #4

    Roggy (jeudi, 27 juillet 2017 13:48)

    L'île sanglante va bien au-delà du film de pirates et ce mélange très particulier s'avère intéressant.

  • #5

    Alice In Oliver (vendredi, 28 juillet 2017 18:11)

    et rien à voir avec ce film mais je t'invite à lire ma chronique de Sorgoï Prakov qui devrait logiquement attiser ta curiosité...