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GET OUT

 

GENRE : Devine qui vient dîner ?

REALISATEUR : Jordan Peele

ANNEE : 2017

PAYS : USA

BUDGET : 4 500 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener...

 

RESUME : Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

 

MON HUMBLE AVIS

J’ai l’impression que c’est la 125e fois que je chronique un film issu de la Team Blumhouse (et encore, je n’ai vu aucun Paranormal activity). S’il y a souvent à boire de la piquette et à bouffer des raviolis en conserve, force est de constater que quelquefois le repas dépasse le niveau de la cantine scolaire et flirte avec la nourriture estampillée « fait maison ». C’est le cas de Get out qui, même s’il possède un défaut important, mérite d’être dégusté avec plaisir.

Et pourtant, qui aurait pu se douter que cette production, budgétée à 4,5 M $ et réalisée par un presque inconnu auteur de sketchs pour la série comique Key & Peele, dépasserait les 200 millions au pays de l’Oncle Sam. A y regarder de plus près, on comprend le succès du film par le reflet qu’il renvoie à cette Amérique divisée en communautés et n’ayant visiblement pas encore réglé ses problèmes d’identité. Comme un prisme sociétal à l’instar du documentaire I’m not your negro de Raoul Peck présent en même temps sur les écrans. Le cinéma US a toujours su s’interroger sur les cendres encore rougeoyantes de son histoire (la guerre du Vietnam, le Watergate, le 11 Septembre…). Il en est de même sur son rapport à l’étranger et aux discriminations. Quand l’Amérique noire (le réalisateur est afro-américain) tend un miroir à son pendant blanc, cela donne une fiction comme Get out qui, sous ses allures de série B, délivre un message revendicatif et politique (en France, on a A bras ouverts avec Clavier...).

Le film débute par un plan séquence "dramatico-ironique" avec cet homme noir se faisant enlever en pleine rue. La suite sera plus légère puisqu’on va suivre Chris (Daniel Kaluuya Kick ass 2, la série Black mirror) passer le week-end chez les parents de sa petite amie Rose (Allison Williams, la série Girls). Si Chris a légitimement peur de la réaction de ses possibles beaux-parents, il est vite rassuré par l’accueil bienveillant de la part du père (Bradley Whitford, La Cabane dans les bois) et de la mère (Catherine Keener, Max et les maximonstres). Un peu trop appuyé d’ailleurs avec des photos sur les murs de Jesse Owens en 1936 à Berlin jusqu’à l’élection d’Obama considéré tel un Président héros. Il règne en fait une ambiance très particulière voire irréelle, d’autant plus que les deux employés du couple sont des noirs et semblent complètement à l’ouest comme s’ils étaient shootés (le côté colonial est vite démonté par le père pour justifier leur présence). Dans cette première partie, Jordan Peele (également acteur dans la comédie Keanu) construit son film en cherchant à tordre les clichés entre les noirs et les blancs. La confrontation avec un policier blanc lors d’un simple contrôle tourne à la réflexion politique comme un écho aux problèmes récurrents entre les afro-américains et la police. Le réalisateur se moque aussi de sa propre communauté avec le personnage de Rod (Lil Rel Howery), ami parano de Chris, arguant de manière caricaturale que tous les blancs sont mauvais et vont l’utiliser comme esclave sexuel. Le réalisateur essaie aussi de dénoncer une certaine pensée anticonformiste blanche démocrate et antiraciste qui aura finalement eu du mal à se faire entendre dans l’Amérique de Trump.

Pour un premier film, le résultat est assez bluffant car la mise en scène et le scénario donnent un sentiment de maîtrise. Certaines scènes sont particulièrement réussies à l’image de la séance d’hypnose de Chris censé le faire arrêter de fumer mais révélant au final un trauma enfantin. Parce que Peele joue aussi avec les codes du film d’horreur et notamment de La nuit des morts-vivants de Romero, avec son personnage principal noir aux prises avec des zombies, dont il dit s’inspirer. Ici, Chris se retrouve esseulé au milieu d’un parterre de blancs tandis que l’atmosphère change avec l’arrivée de Jérémy le frère de Rose (Caleb Landry Jones, Antiviral) trublion alcoolisé commençant à titiller son invité sur ses origines. Le basculement se fait encore plus avec la fête organisée par la famille et réunissant une foule de WASP qui feraient presque penser à un succédané de 2000 Maniacs. Sans aller jusque là, les invités, par leurs réflexions, développent la facette d’un racisme ordinaire, des préjugés sur les origines humaines et de la place des noirs dans la société nord-américaine.

Si formellement il n’y a rien à reprocher, Get out s’avère très prévisible sur la durée comme s'il avait été fait pour un public non initié à ce type de sujet. On comprend bien vite que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille trop parfaite pour être honnête. En fait, la sauce monte bien au début avec ses ingrédients sociaux et la réflexion sur l’incompréhension entre communautés dans cette Amérique divisée. En revanche, le soufflet retombe assez vite dans la dernière bobine dans la mesure où il arrive vraiment ce qu’on imaginait dès le départ. Aucune surprise alors que les clichés initiaux sont finalement mis en pratique pour justifier la défiance mutuelle. De fait, la dernière demi-heure tourne à l’affrontement sanglant, où toute réflexion a disparu comme si la seule réponse était la violence. Get out navigue clairement entre le film d’horreur et le slasher aux accents sciences-fictionnels, même si la résolution de l’énigme et les motivations des blancs n’emportent pas forcément l’adhésion des spectateurs (quand on y réfléchit, c’est un peu tiré par les cheveux...). Get out s’aventure ainsi sur les chemins de la série B tranchant allègrement avec la première partie beaucoup plus sobre. De Devine qui vient dîner ? avec Sidney Poitier on passe à un revenge movie sympathique et brutal mais relativement lambda. Ce qui est véritablement dommage car le film possède de réelles qualités (l’empathie pour Chris, la qualité des dialogues et de l’interprétation…). Le film reste un brûlot contestataire dénonçant, avec plus ou moins de subtilité, le racisme ambiant dans un pays reclus dans ses frayeurs et nourri de contradiction. En terme de cinéma, le scénario reste trop prévisible pour en faire une référence absolue et ce, malgré un final se voulant iconoclaste et qui aura vraisemblablement parlé à beaucoup d’Américains.

 

4/6

 

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Commentaires : 12
  • #1

    tinalakiller (mercredi, 17 mai 2017 19:48)

    J'ai énormément aimé ce film efficace et profond qui a l'air simple et accessible mais qui est bien plus riche, rempli de plusieurs niveaux de lecture.

  • #2

    Roggy (mercredi, 17 mai 2017 19:54)

    Il y a peut-être plusieurs niveaux de lecture dans le film mais il me semble qu'il traite surtout de la condition des afro-américains dans un pays perdu au milieu de plusieurs communautés.

  • #3

    Rigs Mordo (mercredi, 17 mai 2017 21:35)

    Belle chro pour un film que je testerai mais qui me fait un peu peur, toujours peur de me faire un peu chier devant les films un peu politique. Mais vu que tu dis que l'on tombe clairement dans la Série B en deuxième partie, je dis pourquoi pas ?

  • #4

    Roggy (mercredi, 17 mai 2017 21:59)

    La dernière partie fait mal en effet avec un côté un peu fantastique. Quant à la première, malgré le côté politique, le film est agréable à suivre.

  • #5

    Mr Vladdy (jeudi, 18 mai 2017 16:06)

    Toujours pas vu mais il me tente de plus en plus surtout qu'il possède vraiment un très bon bouche à oreilles. Je suis vraiment curieux de pouvoir le voir.

  • #6

    Alice In Oliver (jeudi, 18 mai 2017 16:51)

    Ce n'est pas le 1er dithyrambe que je lis à son sujet et ce film me tente de plus en plus

  • #7

    Roggy (jeudi, 18 mai 2017 18:51)

    A Mr Vladdy,
    Le film a le buzz (et pas qu'au box-office) et je pense qu'il pourra vraiment te plaire :)

  • #8

    Roggy (jeudi, 18 mai 2017 18:52)

    A Alice In Oliver,
    Tu remarqueras que je ne suis pas que dithyrambique sur le film (Comme je l'écris, c'est trop prévisible), mais le rendu final s'avère tout à fait correct.

  • #9

    Alice In Oliver (vendredi, 19 mai 2017 11:32)

    oui mais en revanche, tu apprécies les nombreuses qualités du film et puis 4/6, ce n'est quand même pas si mal

  • #10

    Roggy (vendredi, 19 mai 2017 14:00)

    Pour le coup, je t'avoue avoir hésité avec 3,5/6 mais comme le film est globalement réussi, j'ai penché sur 4/6.

  • #11

    princécranoir (lundi, 05 juin 2017 22:46)

    Très bonne surprise en ce qui me concerne ce Get Out. Ce que tu reproches à la fin est pour moi un véritable hommage à toute une culture de série B mise en sourdine durant le minutieux développement qui précède (dont tu as parfaitement décrit la teneur politique dans ton texte). Il y a un côté "dernière maison sur la gauche" mais aussi, pourquoi pas, "cabane dans les bois" avec sa somme référentielle (et la présence de Bradley Whitford). Le seul truc que j'ai trouvé un peu inutile, c'est le versant freudien avec la mère, ça passe néanmoins grâce à son visuel très Twilight Zone. Blum avait déjà mis en selle Damien Chazelle. Est-ce qu'il en sera de même avec Jordan Peele ? je serai curieux de voir ça en tous cas.

  • #12

    Roggy (mardi, 06 juin 2017 21:32)

    Je comprends ton enthousiasme pour le film qui est franchement réussi. En revanche, je reste un peu déçu par la fin, pas par le fait qu'elle soit ratée (tu as raison sur toutes les références) mais sur la façon dont cela est amené. Il me semble que l'on voit le pot aux roses très vite et qu'il n'y a pas de surprise au final.