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COLOSSAL

 

GENRE : Je suis un monstre

REALISATEUR : Nacho Vigalondo

ANNEE : 2016

PAYS : USA/Japon/Espagne/Canada

BUDGET : 15 000 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Dan Stevens...

 

RESUME : Gloria est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville.

 

MON HUMBLE AVIS

A l’image de Colossal, Nacho Vigalondo trace une route cinématographique sinueuse et hors des sentiers battus. On se souvient de son formidable Timecrimes et son voyage dans le temps réussi avec peu de moyens. Il récidiva avec le sympathique Extraterrestre avant un virage moins abouti et son concept hype Open windows. Avec son quatrième film, Vigalondo explore à nouveau une cinéphilie hybride et originale convoquant à la fois le Kaiju Eiga et le drame intimiste. Un pari osé mais globalement réussi.

Quand on ne connaît pas l’intrigue de Colossal, rien ne prédispose le spectateur à imaginer ce qui suivra hormis cette courte séquence introductive montrant l’apparition furtive d’un monstre géant quelque part en Corée dans les années 80. 25 ans plus tard, on retrouve Gloria (Excellente Anne Hathaway qu’on a toujours préférée dans The dark knight rises que dans Princesse malgré elle) mise à la porte par son mari Tim (Dan The guest Stevens) suite à son alcoolisme répété. De retour dans sa ville d’enfance, Gloria retrouve un ami d’enfance Oscar (Jason Sudeikis, Comment tuer son boss) tenancier d’un bar miteux et accompagné de deux paumés sifflant avec lui des bières lors de ses soirées de beuverie.

Colossal est ainsi avant tout un film traitant du mal-être au sein d’une société américaine engoncée dans ses certitudes comme si certains membres s’en étaient exclu et vivaient en dehors de la réalité. L’intrusion du fantastique est encore plus énigmatique car il vient désorganiser cette petite vie réglée sous les assauts de l’alcool, éternel lien social mais finalement destructeur. Si l’apparition en Corée d’un monstre détruisant des immeubles semble bien lointaine, il s’avère pourtant lié inexorablement à ce petit patelin paumé de l’Amérique. Gloria découvre rapidement que la créature possède les mêmes gestes que cette dernière comme si elle le commandait à distance. Pire, cet alter ego monstrueux apparaît toujours à la même heure quand elle met le pied sur le sable d’un jardin d’enfants.

Une situation qui frôlerait presque le grotesque si Vigalondo ne l’utilisait pas pour évoquer la petite vie de Gloria au travers d’un véritable film de monstres entre un émule de Godzilla et Pacific Rim. Ce mélange détonnant fonctionne parfaitement à l’écran dans la mesure où le réalisateur (par ailleurs scénariste) ne se moque jamais de ses personnages et de la situation pour le moins incongrue, traitant sur un même pied d’égalité aussi bien la comédie romantique que le film de monstres particulièrement bien rendu malgré le budget à disposition. Au fond, la créature géante, rejointe bientôt par un robot de la même hauteur, n’est pas le sujet principal du film mais cristallise les aléas et les états d'âme d’une jeune femme perdue dans ses aspirations et mue par ses choix instinctifs. Un personnage féminin émancipée dépeint sans manichéisme, couchant avec qui bon lui semble et plus ou moins maîtresse de sa vie.

Vigalondo aurait pu se contenter de ces monstres géants alors que l’exploration de la psyché des personnages continue dans cette comédie aux accents romantiques et à l’humour entretenu par la situation et les relations exacerbées entre les personnages. Sous les yeux d’un monde dubitatif, voire hilare, les événements s’accélèrent au fil de la relation entre Gloria et Oscar et de l’affrontement entre le monstre et le robot géants. Un parallèle à la fois héroïque mais forcément émouvant où les personnalités s’affrontent autour de l’arrivée de la jeune femme ne laissant pas insensible les hommes du groupe et ayant chamboulé un quotidien monotone, simplement régi par l’abus d’alcool. Un traitement déjà utilisé par Vigalondo dans Extraterrestre.

La force du film est de parvenir à combiner tous ses éléments et ses deux genres diamétralement opposés dans un script resserré en lieux mais paradoxalement très ambitieux quant à ses thématiques. Les amoureux de films de monstres ne se sentiront pas trahis par cette proposition de cinéma atypique où les sentiments se mélangent avec une originalité rafraîchissante. Les autres y trouveront leur compte avec cette étude assez drôle de personnages coincés par leurs sentiments passés à la moulinette de l’alcool et faisant subir à leurs proches les conséquences de leurs actes. Le parallèle avec les dégâts collatéraux commis par les monstres est évident et s’avère particulièrement adapté dans cette métaphore de combats pour trouver sa place dans la société. Le climax prend alors tout son sens et semble même à contre-courant des blockbusters ou des comédies romantiques en ne cherchant pas à se faire consensuel ou moralisateur. Les personnages sont ici définis par leur action et non pas leur statut supposé de bons ou de méchants.

Au final, Colossal se déguste avec un plaisir non dissimulé grâce à son scénario original renvoyant avec brio aux sources du fantastique asiatique tout en créant une véritable empathie pour ses personnages filmés à hauteur d’hommes (comme le très bon, j’assume, Godzilla de Gareth Edwards). A la fois film intimiste et movie monster, Colossal ne prend pas son spectateur pour un con et crée une magie presque enfantine (l’origine des monstres tout en poésie finalement très sombre) autour de cette histoire de monstres géants et d’humains sous l’emprise de leurs affections. Jamais complaisant, le long-métrage se nourrit de sa propre mythologie et égratigne au passage l’utilisation des connections à outrance tout en se faisant l’écho des excès de l’alcool faisant ressortir les émotions véritables des personnages. C’est peut-être pour cela que le film est sorti directement en e-cinéma et pas au cinéma…

 

4,5/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Alice In Oliver (mercredi, 18 octobre 2017 15:53)

    Alors là, connais pas ! Mais les thématiques abordées par ce film de SF ont l'air très intéressantes, dépassant largement le cadre du film de "monstre"

  • #2

    Roggy (mercredi, 18 octobre 2017 19:39)

    Je te conseille ce film passé inaperçu malheureusement pour lui...